Francoise Diehlmann
Germaniste, traduis, blogue sur l'Allemagne, également sur la France, l'Europe, le monde, membre du Comité directeur de l'Union des Fédéralistes Européens - France, Ecolo cohn-bendiste, Refugees Welcome, combats les nationalismes et régimes totalitaires, pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine, défense des droits humains
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Billet de blog 8 avr. 2022

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Dimanche, je vote Yannick Jadot sans hésiter

L'élection présidentielle qui a lieu dans un contexte de pandémie, de guerre en Europe et d'une Ve république à bout de souffle nous montre que seule l'écologie politique peut sortir la France des dangers qui la guettent

Francoise Diehlmann
Germaniste, traduis, blogue sur l'Allemagne, également sur la France, l'Europe, le monde, membre du Comité directeur de l'Union des Fédéralistes Européens - France, Ecolo cohn-bendiste, Refugees Welcome, combats les nationalismes et régimes totalitaires, pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine, défense des droits humains
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En 2017, il n' y avait pas de candidat écologiste. Voter pour ses convictions était d'autant plus difficile, que le candidat socialiste de l'époque, Benoît Hamon lorgnait beaucoup vers Jean-Luc Mélenchon et que sa conception européenne, notamment au niveau de la zone euro n'était surtout pas la mienne. Bref, je suis trop pro-européenne et en plus fédéraliste pour me retrouver de ce côté là. Avec l'absence d'un candidat écologiste, l'écologie politique avait disparu des radars. Comme beaucoup, j'ai voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour, pour son engagement européen et parce que je croyais qu'il allait être un grand décentralisateur vu ses références à Michel Rocard. Si je ne renie pas ses convictions européennes aujourd'hui, la décentralisation tant espérée est devenue une hypercentralisation qui aujourd'hui mène la Ve république dans le mur. J'y reviendrai.

Aujourd'hui, le paysage politique français est tellement bousculé qu'il est important de voter pour ses convictions. Je connais Yannick Jadot depuis 2009 lors de la formidable campagne Europe Ecologie pour les élections européennes avec Dany Cohn-Bendit, ainsi que son action au niveau du Parlement européen. Yannick incarne aujourd'hui l'écologie politique qui est la rencontre entre l'environnementalisme et les droits humains et les libertés, qui agit aussi bien aux niveaux mondial, européen, national et local.

Alors rien d'étonnant que sa campagne repose sur une politique offensive avec la nationalisation d'EDF pour plus de renouvelable, ces énergies devant être celles du XXIe siècle, bonnes pour le climat, permettant à terme de sortir du nucléaire. En France, toutes les générations actuelles n'ont connu que le nucléaire dont le lobby est fortement implanté. On le voit avec l'amour que porte Fabien Roussel pour le nucléaire et avec l'avidité dont fait preuve Emmanuel Macron pour cette énergie. Et pourtant, elle fait peur, il y a de quoi!

Rien d'étonnant que soient au centre des préoccupations de Yannick Jadot la rénovation thermique des logements tant attendus notamment par les couches populaires pour baisser les factures et la construction de 700 000 logements sociaux. On ne peut pas dire que ce quinquennat a fait beaucoup pour les quartiers populaires, surtout après que le président sortant a rejeté avec mépris le plan Borloo pour les banlieues qui avait été élaboré avec de nombreux acteurs, loin de l'hypercentralisation. C'est sans doute ce qui a déplu. Et pour ce qui est des mesures de Yannick Jadot, je pourrais continuer ainsi avec l'ISF climatique, l'éducation et la jeunesse etc.. 

Mais faire des propositions pour la France signifie aussi en tant qu'écologiste avoir à l'esprit ce qui se passe à l'autre bout du monde ou chez nos voisins. Penser global, mais agir local, européen et mondial pour les droits et les libertés. Donc,

Rien d'étonnant que Yannick Jadot soit engagé pour l'accueil des migrants. Il fallait faire entendre sa voix, celle de la dignité face à un président et un gouvernements timorés, pour qui migrants = frontières, loin du "Madame, vous nous avez rendu notre dignité" d'Emmanuel Macron à Angela Merkel en 2017. Il fallait faire entendre sa voix face à une droite et une extrême droite qui pendant des mois ont fait croire au grand remplacement relayé activement par les médias. 

Rien d'étonnant que Yannick Jadot ait fait de la solidarité avec les Ukrainiennes et les Ukrainiens pour leur liberté contre le dictateur Poutine son combat. 

L'antitotalitarisme fait partie des gènes des écologistes. On ne peut pas en dire autant d'autres candidats comme Marine Le Pen, Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon qui ont une préférence certaine pour les autocrates. Ils sont anti-européens, voire parfois germanophobe pour l'un. Ils sont capables de faire volte face comme voudrait le faire croire Jean-Luc Mélenchon. Jusqu'à la veille du déclenchement de la guerre russe en Ukraine, il affirmait que le grand coupable c'est l'OTAN et que les Russes qu'il prétend connaître très bien n'interviendront jamais. Mais comment peut-il se dire solidaires des Ukrainiennes et des Ukrainiens, alors qu'il veut laisser le peuple ukrainien démuni et qu'il se prononce contre les sanctions à l'égard de la Russie.  Une telle attitude est contraire aux valeurs écologistes et de gauche. Yannick Jadot défend la livraisons d'armes de défense pour le peuple ukrainien et se prononce pour l'embargo total immédiat du charbon, du pétrole et du gaz russe. Il reste ferme sur ses valeurs, sur les valeurs écologistes de défense des droits humains et des libertés, sur ses convictions. Ce sont aussi les miennes. 

Aujourd'hui avec son appel au vote utile, Jean-Luc Mélenchon exploite de façon assez vile la situation suivante qui est très dangereuse:

En effet, pendant des mois, comme si la candidate du Rassemblement national n'occupait pas assez les médias, Eric Zemmour, un nazillon, révisionniste, condamné pour haine raciale, est devenu la coqueluche des médias. C'est tout juste si Pétain n'était pas devenu le grand copain, si être antidreyfusard ne devenait pas à la mode et s'il ne fallait pas jeter à la mer tous les migrants musulmans. Les deux candidats d'extrême droite, très aidés, ont très vite trouvé leur marque sous le bruit et la fureur, les grandes questions de notre temps perdaient de leur importance dans le débat comme celle du climat. Et pourtant, il suffit de lire le rapport du GIEC. Aujourd'hui Marine Le Pen est bien installée à la 2e place, talonnant Emanuel Macron. L'extrême droite n'a jamais été aussi menaçante. Mais Jean-Luc Mélenchon décide d'utiliser un pseudo vote utile au 1er tour de l'élection présidentielle, pour tenter de fissurer les écologistes et ce qui reste de la gauche, alors qu'il ne donnera pas de consigne de vote pour le 2e tour, favorisant ainsi Marine Le Pen. Un candidat qui n'appelle pas à battre l'extrême droite ne peut pas être de gauche. Yannick Jadot a raison d'appeler à voter pour ses convictions. 

Mais Jean-Luc Mélenchon n'est pas le seul à ne pas vouloir donner de consigne de vote au 2e tour. Il en est de même pour Valérie Pécresse, une première pour ce parti. Le Général doit se retourner dans sa tombe. 

Alors, parlons des deux ex grands partis qui façonnaient le paysage politique française, LR et le PS, et de la majorité présidentielle. 

Le Parti socialiste est à terre. Après l'impossibilité de François Hollande de se représenter à l'élection présidentielle, une partie des élus socialistes sont partis avec Emmanuel Macron. Depuis, le Parti socialiste a "oublié" volontairement de faire son examen de conscience, l'inventaire de sa débâcle, ce qui est le signe quand même d'une grande arrogance. Ce parti n'a pas travaillé, il n'a plus d'intellectuels. Résultat, il est devenu tout sauf crédible, la campagne d'Anne Hidalgo en est l'exemple flagrant avec un manque criant de vision. Un certain nombre d'élus LR ont couru chez Emmanuel Macron en 2017, certains faisant partie des postes clés des deux gouvernements: que cela soit les deux Premiers ministre, Edouard Philippe et Jean Castex, puis les principaux ministres Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, qui ont incarné le tournant à droite de la politique du Président. 

L'élection de 2017 avait permis l'arrivée grâce à LREM d'un renouvellement de l'Assemblée nationale, rajeunissement, féminisation, de nouvelles têtes. 

Le problème est qu'Emmanuel Macron a renforcé la Ve république tellement à bout de souffle qu'elle est devenue une bombe à retardement. Il a refusé toute réforme des institutions, du système électoral. Il a décidé qu'un gros centre pouvait occuper tout l'espace, tentant d'absorber ce qu'il reste du PS et de LR, déjà très mal en point, pensant que lui seul pouvait débattre, après avoir mis au rancart les corps intermédiaires à la veille de la crise des gilets jaunes.

Dernièrement, des figures peu fréquentables de LR l'ont rejoint, je ne citerais que Christian Estrosi, sans oublier la présence pour le moment dans l'ombre d'un ancien président mis en examen, jusqu'à ce qu'il apparaisse au grand soleil, Nicolas Sarkozy. Puis des caciques du PS ont rejoint le Président-candidat.

Cette force dynamique de 2017, féminisée, jeune, est remplacée aujourd'hui par une majorité d'hommes qui viennent du monde d'hier et sont la cause, pour avoir été dans les gouvernements précédents, des problèmes que nous vivons aujourd'hui. Le résultat est qu'on assisté à un débat entre le centre et les extrêmes, ce qui enferme les Français dans un choix cauchemardesque: Quand on n'est plus ou pas d'accord avec le pouvoir en place, on va chez les extrêmes. Emmanuel Macron a de fait renforcer l'extrême droite. Ceci est aussi caractérisé par le fait qu'il n'a pas fait campagne, confisqué le débat. Et sa conférence de presse de présentation du programme fut l'annonce brutale de la retraite à 65 ans et de faire travailler à mi-temps les bénéficiaires du RSA. Qu'il vienne dans ma ville où la grosse majorité des bénéficiaires du RSA sont des mères célibataires, il verra ce que c'est que la vie dans les quartiers populaires. Par ailleurs, Macron à piqué ces mesures à Pécresse. Il aime picorer. Où est SON projet?

Emmanuel Macron a cru pouvoir faire comme ses prédécesseurs, ne pas débattre au 1er tour, sauf que les choses ont changé et qu'il n'est pas bon de faire vivre le monde d'hier. Oui, j'ai l'impression qu'Emmanuel Macron, à qui je ne retire rien de son engagement européen et pour l'Ukraine, nous plonge vraiment dans le monde d'hier. La démocratie française ne se remettra pas facilement d'une absence de débats, de confrontations politiques légitimes dans le cadre de cette présidentielle. 

Il est difficile dans cet espace rigide, fermé, hyper atrophié,  qui permet aux extrêmes de gauche et de droite de se lâcher, de faire son nid, pour une République écologique.  

Et pourtant,  l'élection présidentielle qui a lieu dans un contexte de pandémie, de guerre en Europe et d'une Ve république à bout de souffle, nous montre que seule l'écologie politique pourra sortir la France des dangers qui la guettent. C'est pourquoi je voterai dimanche pour Yannick Jadot 

Alors, pour le deuxième tour. Je ne voterai pas blanc, je ne m'abstiendrai pas.

Commençons par le pire. En cas d'un deuxième tour Le Pen-Mélenchon ce que je ne souhaite vraiment pas pour mon pays, je voterais Jean-Luc Mélenchon pour faire barrage à l'extrême droite.

Je rêve d'un deuxième tour Macron-Jadot où on aurait le vrai débat. Evidemment dans ce cas, je voterai Yannick Jadot.

Sinon, je donnerai ma voix à tout candidat démocrate, en l'occurrence Emmanuel Macron, contre tout candidat des extrêmes de gauche ou de droite. Contre les nationalismes, pour l'Ukraine, pour l'Europe.

Que vos choix reflètent vos espoirs et non vos peurs  (Nelson Mandela)

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