Le Président Obama et la mort de Ben Laden

Oussama Ben Laden, figure symbolique d'Al-Qaïda, a été tué par un commando de l'armée américaine. Bien sûr, on peut se demander s'il n'aurait pas été préférable qu'il soit arrêté, jugé. Le fait qu'il ait été enseveli en mer peut poser aussi problème culturellement, même si son corps a été traité en accord avec la pratique et la tradition musulmanes.

 

Malgré tout cela, oui, c'est une bonne nouvelle !

 

Certains condamneront cet acte, précisément parce qu'il est réalisé par les Etat-Unis d'Amérique : « le shérif Obama confond justice et vengeance » peut-on entendre ou lire ci et là. Aller dans ce sens, signifierait que nous passons à côté de ce qui se joue aujourd'hui.

 

Cette action est l'oeuvre du Président Obama, de l'Amérique d'Obama. La déclaration du Président américain est très mesurée, elle évite le triomphalisme, car si le raid américain ferme le chapitre Ben Laden, on est confronté à la régionalisation et à la décentralisation d'Al-Qaïda et surtout à l'autonomisation complète d'AQMI en Afrique du Nord et dans le Sahel, pour ne citer que celle-ci. L'attentat de Marrakech en est la preuve. Al Quaida est l'organisation criminelle par excellence, ennemie des droits humains et de la démocratie.

 

Le Président américain a fait passer un message fort, très peu repris dans les grands medias, où il insiste sur le fait que cette action n'était pas menée contre l'Islam : « Nous devons répéter que les Etats-Unis ne sont pas en guerre contre l'islam et ne le seront jamais (...) Ben Laden n'était pas un dirigeant musulman. Il a tué énormément de musulmans (...) Sa fin devrait être saluée par tous ceux qui croient en la paix et la dignité humaine » (Nouvel Observateur).

 

Notre rôle est de faire connaître ce message, à l'heure où la politique de la droite sarkozyste et du FN, consiste à stigmatiser les Musulmans. L'action américaine contre le chef suprême d'Al-Qaïda et le message du Président américain qui est en rupture totale avec la théorie de la guerre des civilisation, propulsent Barack Obama sur le devant de la scène mondiale, aussi parce que les Américains ont été touchés dans leur chair par le 11 septembre. Le Président Obama a maintenant toutes les clefs pour que le multilatéralisme soit vraiment remis à l'ordre du jour de la politique mondiale. Va t-il s'en servir ?

 

Car, il y a urgence !

 

Alors qu'en 2001, Ben Laden avait promis le Djihad aux jeunes du monde arabe, les jeunes d'aujourd'hui mènent une lutte d'un courage sans précédent pour la justice sociale, la liberté et la démocratie, des valeurs à l'opposé de celles d'Al-Qaïda. Les révolutions arabes laissent leur empreinte dans l'échec de Ben Laden.

 

Là où la révolution a réussi, comme en Egypte et en Tunisie, la transition démocratique est difficile, car il s'agit de révolution sans leader. Les peuples yéménite, libyen et syrien vivent une répression extrême.

 

La France qui est soi disant à la pointe de l'intervention en Libye n'a aucune cohérence dans sa politique, puisqu'elle intervient militairement pour, dit-elle, aider l'opposition libyenne, mais dans le même temps, elle n'apporte aucun soutien à la Tunisie, dans le besoin, mais o combien généreuse, et qui accueille 250 000 réfugiés libyens sur son territoire. Pire, la France développe tous les moyens pour remettre en cause Schengen, en surfant sur les nationalismes et les thèses du Front National, voulant faire de l'Europe, une véritable forteresse, refusant d'accueillir 25 000 réfugiés de Lampedusa. L'exemple des centaines de réfugiés tunisiens à la Villette vivant dans une situation de précarité extrême, montre que la politique migratoire de la France se situe dans le choix de nuire. En ne faisant rien, à part envoyer la police, précisément parce que ces Tunisiens sont sans papier, et afin qu'ils partent, le Gouvernement met leur vie en danger. Les principes de santé publique et des droits humains sont purement et simplement bafoués. Il s'agit à travers çela de montrer du doigt les Tunisiens et sans doute demain d'autres populations livrées au même sort. La situation est grave, et la mobilisation des partis politiques à gauche est faible, hormis celle des écologistes. La voix de l'Etat n'est, hélas, vpas celle de la lutte pour l'éradication de la désespérance sociale et de la pauvreté qui constituent des terreaux du fanatisme. Bien au contraire !

 

Le monde, les peuples arabes en lutte qui ont vaincu la peur face aux dictateurs, et qui sont prêts à donner leur vie pour la liberté et la démocratie, ont aujourd'hui besoin d'une voix forte. Pourquoi pas celle du Président Obama ? Bien sûr cela va faire grincer des dent, celles sans aucun doute des anti-américains cheveronnés. Mais rêvons un peu. Le message d'Obama aux Musulmans suite à la mort de Ben Laden, pour être crédible, ne doit pas s'arrêter en cours de chemin. Un signal fort, sur tous les plans, avec des moyens, doit être envoyé à tous ces jeunes en lutte dans les pays arabes ... avec au bout, ce qui n'est pas rien, la reconnaissance de l'Etat palestinien.

 

Ce serait non seulement une réaction forte, face aux dirigeants européens réactionnaires qui se sont mis dans le sillon de l'exxtrême droite, mais le point de départ d'une dynamique, porteuse d'espoir.

 

Et puis, en ce qui nous concerne, n'est-il pas le temps de lancer un grand débat sur la question de l'ouverture totale des frontières, en réaction aux propos de Marine Le Pen, ce qui permettrait enfin de prendre acte de l'état du monde.

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