Drame syrien - la légalité internationale, c'est refuser à tout prix le recours à l'arme chimique

Concernant la Syrie, nous nous trouvons dans un piège politique, à savoir le piège du choix entre d'une part les frappes illégales avec le blocage du Conseil de sécurité par la Russie et la Chine et d'autre part l'inaction de la communauté internationale face à des crimes contre l'humanité, inaction qui nous jette dans les bras de Poutine. Des experts le disent, notamment Pascal Boniface. Il n' y a pas d'autre choix. Ceci n'est pas fait pour nous remplir d'optimisme. Mais c'est une question de fond essentielle.

Concernant la Syrie, nous nous trouvons dans un piège politique, à savoir le piège du choix entre d'une part les frappes illégales avec le blocage du Conseil de sécurité par la Russie et la Chine et d'autre part l'inaction de la communauté internationale face à des crimes contre l'humanité, inaction qui nous jette dans les bras de Poutine. Des experts le disent, notamment Pascal Boniface. Il n' y a pas d'autre choix. Ceci n'est pas fait pour nous remplir d'optimisme. Mais c'est une question de fond essentielle.

Le communiqué EELV d'Europe Ecologie-les verts « Syrie: le 21 août 2013 change la nature du conflit syrien » est une prise de position par rapport à l'un de ces choix, un choix légitime qui n'est précisément pas celui de l'inaction, ce que j'approuve. Il s'agit du choix de l'inéluctabilité d'intervention militaire, pas en tant que solution, mais en tant que réaction limitée, ciblée, la solution étant politique, comme le montre le reste du communiqué. Il est signé par le secrétaire national d'EELV, Pascal Durand, les présidents des groupes parlementaires. Donc, Parti et groupes parlementaires sont à l'unisson. Très important, car il s'agit du conflit le plus compliqué quant à sa lisibilité et parce qu'il y a utilisation d'armes chimiques. Ce n'est ni la Libye, ni l'irak, ni l'Afghanistan, ni le Mali.

Il est temps de protéger les populations au plus vite. Avec le drame du 21 août, la ligne rouge a été franchie, les images insoutenables de nombreux enfants victimes des attaques chimiques le montrent. Le protocole de 1925 sur l'interdiction des armes chimiques a été violé. L'étau se resserre autour de Bachar El Assad. Si l'on suit un certain nombre d'experts, seule l'opposition démocratique est à Damas, les forces obscures n'ont pas encore atteint la capitale, sans doute parce qu'elles craignent le rapport de forces, même s'il peut y avoir des infiltrations isolées. Les preuves que les attaques chimiques viennent du régime syrien sont flagrantes, comme le montre également la note des services secrets français. D'ailleurs, le régime syrien ne se cache pas pour affirmer qu'il dispose de stocks d'armes chimiques.

Oui, je suis pour une intervention militaire comme réaction courte, ciblée. Cette position est très difficile pour moi, très attachée à la paix. Je ne l'ai pas prise parce qu'un matin j'aurais décidé d'être pour la guerre. Et comme le mentionne Rony Brauman, ancien Président de Médecins sans Frontières dans son interview à RFI, « il faut une intervention ciblée, très limitée, mais qui soit quand même significative ». « Quels sont les raisons et quels sont les objectifs ? C’est ça qu’il faut cerner. Les raisons, elles sont claires : c’est l’emploi massif d’armes chimiques, c’est à dire l’usage militaire d’armes qui sont destinées à semer la terreur voire l’épouvante ».

Maintenant, une telle intervention ne doit avoir lieu qu'avec le vote du parlement, comme le demande Europe Ecologie-les Verts, d'abord parce qu'il s'agit d'une position écologiste constante pour chaque conflit dans lequel la France prévoit de s'engager, ensuite parce que ce serait la première fois que la France interviendrait militairement en dehors du mandat de l'ONU.

Cependant, le Président de la République croit renforcer son autorité, en appliquant l'article 35 de la constitution qui stipule «... Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l'étranger, au plus tard trois jours après le début de l'intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n'est suivi d'aucun vote. Lorsque la durée de l'intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l'autorisation du parlement....».

Or, le fait que la France s'engage en dehors du cadre de l'ONU, mérite bien un vote du Parlement ! Serions-nous le seul pays à ne pas le faire? Un débat au parlement suivi d'un vote, ferait ressortir que le recours à l'arme chimique est un crime contre l'humanité; rappellerait sans doute qu'il aurait fallu armer l'opposition démocratique dès le début, quand il n’était pas encore question des infiltrations d'Al Qaida; soulignerait le fait que le bourreau de Damas dispose d'un arsenal militaire russe, sans doute sophistiqué, dont on ne connait pas la quantité; intègrerait ainsi les contradictions qui émanent de ce conflit, l'avis des populations, les conséquences régionales, le rôle de l’Iran, d’Israël, du Hezbollah, la stratégie poutinienne, et enfin, et tout particulièrement, la question des millions de réfugiés syriens qui, comme l’a dit Dany Cohn-Bendit, dans son billet d'humeur sur Europe 1, ont besoin d'aide. En effet, les pays européens refusent d'ouvrir leurs frontières, alors que la directive 55 de 2001 du Conseil européen stipule qu'en cas de drame humanitaire provoquant l'afflux de personnes déplacées, l'UE pourrait se contenter de normes minimales pour l'octroi d'un permis de séjour temporaire. Seulement, par exemple en France depuis janvier 2013, Les Syriens doivent avoir un visa pour être en transit. La France a durci ses positions face à ceux qui fuient. La demande est faite à la commission européenne d'activer cette directive pour que les Etats européens, notamment la France, donnent des visas aux Syriens en fuite.

Seulement, en s'accrochant à l'article 35 de la constitution, au nom de la légalité, le Président risque de ne pas sortir grandi de cette situation, la démocratie non plus, le débat à l’assemblée nationale n’en sera qu’amoindri.

Ah! La fameuse légalité! Je ne la conteste pas, mais il est parfois plus important de tout faire pour prendre de la hauteur, en insistant sur l'importance de la convocation du Parlement pas pour une simple information, mais pour qu'il vote. Car c'est en faisant des propositions adaptées aux conditions de notre époque, qui peuvent déranger, qu'on avance politiquement. Il y a toujours le risque de subir un échec dans un vote quel qu'il soit, mais c'est la démocratie.

David Cameron a fait voter son Parlement, alors que rien ne l'obligeait. Le Président Obama veut l'avis du Congrès, alors qu’il n’est pas obligé de le faire. En dépit de toute la communication qu'il y a derrière la position américaine, il y a un changement dans la stratégie US. Il en est fini de la vieille tradition yankee qui consistait à aller en guerre à la mode Bush. Obama a décidé de convaincre l’opinion américaine avec le Congrès. Par contre la France, au plus haut sommet de l'Etat, se satisfait d'informer le Parlement, et, demanderait un vote du parlement une fois les frappes commencées. Il y a quelque chose qui ne va pas. Les limites de la Ve République apparaissent au grand jour.

Mais parlons de l’ONU. Le communiqué d'Europe Ecologie-les Verts est un acte politique dans la mesure où il met en avant la nécessité de la réforme de l’ONU, tout comme le dit Dany Cohn-Bendit, toujours sur Europe 1 : « C’est du monde de 2025 qu’il faut parler. Il faut réformer l’ONU, en finir avec le droit de veto qui montre aujourd’hui combien il est inadapté et faire entrer au Conseil de sécurité les pays émergents comme par exemple le Brésil, sinon, nous aurons beaucoup, beaucoup de Syrie ». Cette conception de l’ONU du 21è siècle est celle des écologistes. Nous devons la faire avancer, c’est à dire la mettre en débat non seulement au sein d’EELV, mais aussi au niveau du Parti vert européen, au niveau de la société, en direction du PS etc…

Aujourd’hui hélas, comme l’a dit Denis Baupin, s’en tenir à un mandat de l’ONU, c’est sans remettre à Poutine. Il est vrai que Poutine n'entend que la force et ne se place que dans le rapport de forces. Les positions viriles de Poutine sont connues de toutes et de tous. En demandant des preuves, Poutine ne fait rien d'autre que de renforcer le Président syrien, lequel, tranquille, prétend qu'il répondra à toute attaque.

La pression doit s'accentuer contre Poutine et le régime syrien.

Et comme le dit, Joachim Gauck, le Président de la République Fédérale d'Allemagne, actuellement en visite officielle en France, notamment à Oradour sur Glanes « l''Allemagne trouverait insupportable qu'un dictateur puisse agir impunément, puisse briser un tel tabou qu'est l'utilisation de l'arme chimique contre son propre peuple. J'espère qu'ensemble la communauté des nations réussira à trouver un langage commun à l'endroit de ce dictateur ».

Dans le drame syrien, la légalité internationale, c'est refuser à tout prix le recours à l'arme chimique!

 

 

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