Les Grünen opposés à l'engagement militaire de l'Allemagne en Syrie

Le Gouvernement allemand a demandé au Bundestag de lui donner mandat pour un engagement militaire pour soutenir la France dans la lutte contre Daesh avec des Tornado de reconnaissance, des avions-citernes et une frégate pour appuyer le Charles de Gaulle. Beaucoup de questions concernant l'approche militaire et politique étant restées sans réponse, les Grünen se prononcent majoritairement contre.

Voici l'argumentation des députés écologistes allemands

ENGAGEMENT EN SYRIE - CONFUS, SANS STRATEGIE ET CONTRE-PRODUCTIF

LA SOLIDARITE AVEC LA FRANCE A DE NOMBREUSES FACETTES

Les attentats de Paris n'ont pas touché seulement la France, mais nous tous. Nous sommes solidaires de la France. Précisément dans des heures si difficiles, il est décisifif que nous soyons tous unis au sein de l'UE. C'est la raison pour laquelle il est bien que le Gouvernement français ait demandé aux partenaires européens  l'assistance de l'UE conformément à l'article 42 par. 7 du traité de l'UE. Il est également bien que l'Allemagne ait fait des offres concrètes comme le renforcement de son engagement au Mali et en Afrique de l'Ouest, pour soulager les forces françaises sur place. Par ailleurs, la France a fait appel à la compréhension de l'UE, au cas où dans une telle situation elle ne pouvait pas tenir les critères de Maastricht concernant les déficits budgétaires. L'Allemagne devrait aider et soutenir la France dans cette situation difficile.  

La solidarité avec la France est un argument important et de poids et la cohésion européenne est d'une grande importance. Cependant, nous les écologistes, nous devons, pour chaque cas, décider scrupuleusement et sérieusement quels engagements nous considérons comme justifiés et utiles. 

 

DES QUESTIONS RESTENT OUVERTES CONCERNANT LE MANDAT POUR UN ENGAGEMENT EN SYRIE

Même si on doit vaincre Daesh uniquement politiquement, cette organisation terroriste doit être aussi combattue militairement. L'engagement militaire de la Bundeswehr cependant a lieu sans une approche globale politique cohérente. Il n'est pas du tout clair, avec qui l'Allemagne combat contre qui et pour quel objectif politique. 

Le motif de cet engagement, pour ce qui est du droit international est plus que problématique. Il n' y a pas de résolution de l'ONU qui autorise explicitement des mesures coercitives militaires selon le chapitre 7 de la Charte des Nations Unies. Le système de sécurité collective qu'exige la Loi Fondamentale (Grundgesetz) n'existe pas, étant donnée qu'également la clause d'assistance mutuelle de l'UE (Art 42, par 7 du traité de l'UE) d'après même les déclarations de Federica Mogherini, Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et de celles Jean-Yves le Drian, ministre français de la défense, ne doit être comprise que comme acte politique de cohésion et que toutes les aides concrètes doivent être discutées de façon bilatérale. 

le Gouvernement allemand n'a pas précisé, s'il veut agir explicitement ou implicitement aux côtés d'Assad et de la Russie contre Daesh. Une telle coopération renferme le grand danger d'être utilisée pour la propagande de recrutement de Daesh. 

Le Gouvernement fédéral ne donne pas de renseignement sur les réglementations et les limites de l'engagement militaire. Il n'est pas à même de préciser quels groupes rebelles sont considérés comme partenaires, qui doivent profiter du recul de Daesh.

Rien n'est clair sur ce qui se passe avec les zones qui ont été libérées de Daesh et qui parmi les nombreux groupes et acteurs sur place peut et doit doit y prendre le contrôle. Il n'existe aucune stratégie de sortie vers la fin de l'engagement militaire. 

Globalement, le mandat est vague et laisse sans réponse toutes ces questions décisives. C'est particulièrement dangereux, car la situation en Syrie est extrêmement confuse et que de nombreux Etats avec des intérêts contradictoires y pratiquent leur perfide jeu d'influence au mépris des vies humaines et de la stabilité politique de la région. 

Les pourparlers de Vienne pour de possibles avancées vers une solution politique n'en sont qu'au début et donnent lieu cependant à un espoir prudent. On a maintenant enfin besoin d'une solution politique de la guerre en Syrie qui devrait être un premier pas dans la lutte contre Daesh et changer de façon déterminante la situation. Peu d'améliorations concrètes pour la population syrienne ont été obtenues jusqu'à maintenant. 

 

PISTES D'ACTION AU-DELA DE L'ENGAGEMENT EN SYRIE

Nous exigeons par conséquent que le Gouvernement fédéral s'engage pour l'application de la Résolution de l'ONU visant à la fin des bombardements perpétrés par les troupes d'Assad avec des bombes barils. Malheureusement, la Russie par exemple refuse. Au stade actuel, il n'existe aucune amélioration concernant l'accès à l'aide humanitaire. 

En tant que députés écologistes, nous nous sommes prononcés pour un engagement renforcé, notamment politique, en Irak. Daesh contrôle une grande partie du territoire irakien et recrute ses cadres parmi les anciens cadres de Sadam Hussein. Le Président irakien Abadi a besoin d'un soutien actif, pour maintenir son pays et mettre en oeuvre son agenda de réformes. 

Le Gouvernement fédéral doit s'engager plus fortement, pour priver Daesh de son vivier. Les causes sociales et économiques du terrorisme doivent être combattues. Un terme doit être mis aux flux de financement des terroristes et les commerces d'armes que l'Allemagne entretient avec l'Arabie Saoudite et le Qatar doivent cesser.  

 

AGIR A LA HÂTE EST TOUT SAUF APPROPRIE

La démarche du Gouvernement fédéral et des groupes de la grande coalition (CDU/CSU+SPD) concernant la consultation du Bundestag est plus que discutable. La grande coalition veut obtenir à la hâte le mandat du Bundestag. Les Grünen ont fortement critiqué ce délai raccourci pour mener les consultations, alors qu'il n' y a aucune raison objective pour un tel court laps temps. C'est incompréhensible et donner un tel mandat ne répond pas à l'importance politique.

Voici les résultats du vote du 4 décembre 2015 au Bundestag concernant l'engagement de la Bundeswehr en Syrie dans la lutte contre DAESH

 

445 oui

145 non

7 abstentions

33 NPPV

 

             Nombre   Oui    Non   Abst   NPPV

CSU         56          50       0        1        5

CDU        254       239       2        0      13

Grüne        63           3      53       3        4

SPD        193        152      28       3        9

Linke        64           0       62       0        2

 

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