Chute du mur de Berlin, merci pour ce moment!

9 novembre. Ce jour a profondément marqué l'histoire de l'Allemagne, où se mêlent le pire et le meilleur. 1848 est une année révolutionnaire en Europe. Le 9 novembre, l'assassinat de Robert Blum, leader de la révolution en Allemagne, sonne le glas de la Märzrevolution. En 1918, le 9 novembre, Philipp Scheidermann proclame la République libérale et démocratique et Karl Liebknecht la République socialiste, signes précurseurs de la Révolution de novembre qui se terminera quelques mois plus tard par l'assassinat notamment de ses leaders Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Le 9 novembre 1923, c'est le jour du fameux putsch raté d'Hitler à Munich, qui met son incacération à profit pour écrire Mein Kampf. C'est le 9 novembre 1938 qu'eut lieu la Nuit du Cristal, nom donné au violent pogrome qui a sévi dans toute l'Allemagne et les territoires annexés.

 

Le 9 novembre 1989 de Gregor Gysi, Willi Brandt, Helmut Kohl, Dany Cohn-Bendit

Et pourtant un 9 novembre fait exception à la règle, celui qui fut l'apothéose d'un énorme mouvement populaire pour la liberté, d'une révolution non-violente, il s'agit du 9 novembre 1989. Le mur de Berlin tombe. Rien n'avait été planifié. D'ailleurs, ce soir là, Gregor Gysi qui allait devenir très vite la figure charismatique de la gauche allemande et l'ancien chancelier Willi Brandt dorment. Le chancelier Helmut Kohl est tout simplement à Varsovie en visite officielle chez son homologue polonais Tadeusz Mazowiecki qui a été investi quelques mois auparavant Premier ministre d'un gouvernement non communiste dans un pays membre du Pacte de Varsovie. Les collaborateurs d'Helmut Kohl tentent de l'appeler pendant des heures. Une fois informé de la chute du mur, le chancelier n'y croit pas. Dany Cohn-Bendit,  lui, regarde, effaré, ce qu'il se passe à la télévision : Une Conférence de presse est retransmise sur toutes les chaines. Günther Schabowski, poids lourd du régime, membre du Politburo du SED, parti communiste au pouvoir en RDA, relate dans une langue de bois parfaite les dernières décisions du conseil des ministres. Au moment où il présente un nouveau décret, aménageant les conditions de voyage vers l'Ouest pour les Allemands de l'Est, les choses prennent une tournure stupéfiante. Au journaliste qui lui demande quand les citoyens de la RDA auront le droit d'aller à l'Ouest, il saisit un bout de papier qui lui est tendu, et dont personne n'en connaîtra jamais l'origine, et se met à bredouiller : « Autant que je sache, immédiatement, oui, immédiatement ». Cette réponse diffusée en direct provoque la ruée de plusieurs dizaines de milliers de Berlinois de l'Est vers le mur de Berlin qui ouvre dans les heures qui suivent.

 

Mon 9 novembre 1989, à moi

Et moi pendant ce temps là, j'étais au Kino International, le grand cinéma de Berlin Est près de l'Alexanderplatz, à la Première du film « Coming Out » de Heiner Carow, premier film homosexuel est-allemand qui avait été tourné dans la semi-clandestinité. Soudain quelqu'un crie dans la salle : « la frontière est ouverte » et reçoit comme réponse : « chut », « ta gueule ! ». Le film est émouvent, captivant. Une discussion s'engage avec le réalisateur qui déborde sur les événements. A la sortie, contrairement à d'habitude, la rue est noire de monde. Tous vont dans la même direction. « Vous allez où ? "On ne sait pas, on suit » dit l'un. « Il paraît que la frontière est ouverte », dit l'autre. La foule s'agglutine au check point de la Heinrich-Heine-Strasse. Une Trabant revient... de Berlin-Ouest. « Wahnsinn » ! (c'est fou!) crient les passagers. Ce mot résonnera des dizaines, des centaines de fois. Tout le monde s'embrasse. Puis je rencontre une grande reporter française qui me dit : « je reviens d'Afghanistan et ma rédaction m'a envoyée à Berlin, m'assurant qu'il n' y aurait pas de rebondissements ». Elle retourne à l'hôtel chercher son dictaphone. J'essaie de passer à l'Ouest avec les Allemands de l'Est qui, dans leur joie, offrent des fleurs à des soldats et douaniers. Mais ceux-ci m'arrêtent : « la frontière est ouverte uniquement aux citoyens de la RDA. Pour les étrangers, c'est aux endroits habituels ». Incroyable ! Le monde est à l'envers ! Le mur de Berlin tombe... vraiment.

 

La peur est vaincue

 Si le 9 novembre en a surpris plus d'un, cette révolution pacifique non violente n'a pas émergé d'un seul coup. Et pour cause, il fallait un sacré courage face à la Stasi, la police secrète de la RDA, pour braver les interdictions, surtout que la direction du SED brandissait la menace, en soutenant la répression armée de Tian'anmen. Combien de manifestants furent arrêtés pour avoir inscrit sur une banderole cette phrase célèbre de Rosa Luxemburg : « La liberté est toujours la liberté de ceux qui pensent autrement ».Ce fut particulièrement le cas le 15 janvier 1989 à la manifestation annuelle organisée par le régime à Berlin pour commémorer l'assassinat de Karil Liebknecht et Rosa Luxemburg,où furent arrêtés les principaux dissidents comme Wolfgang Templin et sa femme Lotte, Bärbel Bohley, Stephan Krawxzyk, Freya Klier.

Ces arrestations provoquèrent l'indignation. Le 19,janvier, le secrétaire général du SED, Erich Honnecker, déclare que le mur de Berlin durera encore 100 ans. Ceci crée l'électrochoc. De grandes manifestations naissent à Leipzig au cri de « Wir sind das Volk » (nous sommes le peuple), deviennent de plus en plus imposantes et ont lieu tous les lundis. La peur est vaincue

 

Les trains de la liberté

Beaucoup, notamment des jeunes, voulant échapper à 100 ans derrière le mur, décident de fuir. Ils se dirigent vers d'autres pays du bloc socialiste, notamment la Hongrie. En mai, le gouvernement hongrois ouvre sa frontière avec l'Autriche permettant aux Allemands de l'Est de passer à l'Ouest.

La révolution pacifique est-allemande prend un tournant décisif l’été 89 lorsque des jeunes de la RDA arrivèrent par centaines tous les jours à l’ambassade de l’Allemagne de l’Ouest à Prague. Tentant d’échapper à la police tchécoslovaque liée au régime de la RDA, ils lancent leurs valises par-dessus les grilles, y font passer les voitures d’enfants, escaladent les grilles de l’ambassade située dans le Palais baroque Lobkowicz. La grande salle de la coupole, où on donne des concerts de Beethoven entre autres, est pleine de lits à étages très rapprochés, les caves stockent les matelas, les jardins sont bondés de tentes. On y voit de longues queues devant les toilettes et douches, il faut organiser les repas. Ils sont 5000.

 Tout l’été, la RFA négocia des solutions avec la RDA. Le 30 septembre 1989 à 18h59, le ministre ouest-allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher arrivé au Palais, lance dans le noir, dans un mégaphone à peine audible : « Nous venons vous annoncer que votre autorisation de sortie est possible » Cris de joie indescriptibles ! Mais condition du gouvernement est-allemand: les trains doivent transiter par la RDA. Refus des réfugiés, pensant que la sécurité de la RDA les obligerait à descendre. Genscher parvient à les convaincre en plaçant ses diplomates dans les trains qui garantirent la traversée de la RDA, mais sans empêcher des scènes dramatiques.

 L’arrivée des trains de la liberté en Allemagne fédérale allait marquer le début de la fin de la République Démocratique Allemande. 

 

Démocratie, écologie

Avec ce vent de liberté précédant la chute du mur, la RDA se met à grouiller de créativité à tous les niveaux. Les medias est-allemands à qui les Allemands de l'Est tournaient le dos, car haut lieu de la propagande du régime, deviennent du jour au lendemain, inventifs, proches des gens et sont donc très prisés. Des mouvements de citoyens se créent, dont les leaders, dans la dissidence, ont été protégés par l'église protestante : le Nouveau Forum de l'actuel Président de la République : Joachim Gauck, le demokratischer Aufbruch ou réveil démocratique d'Angela Merkel, Demokratie Jetzt ou Démocratie maintenant de Wolfgang Ullmann, qui plus tard sera eurodéputé des Grünen. Les mouvements écologistes se font entendre. Les medias est-allemands mettent en lumière le désastre écologique de la ville de Bitterfeld.

La grande mine de lignite à ciel ouvert, les cheminées des usines chimiques et les déchets industriels déversés dans les cours d'eau avaient fait de Bitterfeld le symbole d'une politique non respectueuse de l'environnement. A l'époque de la RDA, un nuage chargé de poussières de charbon et de cendres industrielles enveloppait presque en permanence la ville. "Il fallait fermer les yeux quand il y avait du vent", se souvient Peter Arning, la cinquantaine, chargé du développement de la ville à la mairie.

Pour les habitants, les nuisances étaient innombrables : le linge qui séchait pouvait se couvrir de poussières en cas de bourrasque et les voitures devaient parfois rouler avec les phares allumés en plein jour. Le plan d'eau Silber, où l'industrie photographique déversait ses déchets, était devenu un cloaque à l'odeur pestilentielle. "Quand on circulait en train dans la région, on reconnaissait Bitterfeld à son odeur âcre", raconte au Monde  Uwe Schmorl, 47 ans, président du comité d'entreprise de Q.Cells et originaire du quartier de Wolfen.


Keine Gewalt

« Keine Gewalt » Pas de violence était le mot d'ordre des acteurs de cette révolution. Il s'agit, dans l'histoire de ce pays, du premier grand mouvement qui, pacifiquement, et de plus porté par la perestroïka de Mikhail Gorbatchev, fera chuter ses dirigeants, imposera une table ronde avec l'ensemble des mouvements citoyens et partis politiques se constituant ou se rénovant, autour du Premier ministre de l'époque, Hans Modrow, qui appartenait au courant réformateur au sein du SED. Une autre façon de gouverner est entrain de naître. La RDA devient démocratique. Elle aura ses premières élections démocratiques qui mettront à la tête de l'Etat, un Premier ministre de la CDU de l'Est, Lothar de Maizière, qui dirigera le pays jusqu'à la réunification le 3 octobre 1990.


Le SED fait peau neuve

Ce sont les forces réformatrices en son sein qui, dans leur lutte contre le stalinisme et le totalitarisme, joueront un rôle déterminant dans la la création du Parti du Socialisme Démocratique (PDS). Lors de son congrès fondateur, les militants offrent symboliquement un balai pour faire le ménage à l'avocat Gregor Gysi qu'ils élisent de fait président. Il en devient son chef charismatique. Il réhabilite de nombreuses personnalités qui avaient été exclues du SED, voire emprisonnées... pour des idées. Les réformateurs conduiront l'analyse de de ce qui s'est passé, analyse qui se fera dans la douleur, mais o combien nécessaire, surtout que les nostalgiques de l'ancienne époque montraient les dents. Plus tard, le PDS a fusionné avec un parti de l'Ouest de l'Allemagne, la WASG ou « Alternative électorale travail et justice sociale ». On connaît la suite... Die Linke est née.


Et le PCF dans tout ça ?

Appartenant au courant réfondateur du PCF, je suis en contact régulier avec Jack Ralite et Charles Fiterman pour qui il faut savoir saisir les contradictions et tout ce qui bouge. Nous étions tous animés d'un idéal de réformer ce parti. Mais celui-ci, dirigé par Georges Marchais, emmuré dans son dogmatisme, passait à côté de la Perestroïka et de la chute du mur de Berlin. Il fallait aux yeux de la Direction surtout empêcher par tous les moyens l'émergence des refondateurs et donc une démocratisation du parti.

Pour son Congrès de décembre  1990, la direction du PCF invite Gregor Gysi que j'accompagne surtout pour l'aider dans ces rencontres. Car il en était fini pour lui de ne se limiter qu'à des réunions avec les « partis frères ». Donc, rencontre chez le Président de la république, François Mitterrand, chez Pierre Mauroy, Premier secrétaire du parti socialiste. Tout cela au grand dam de la direction du PCF qui ne comprenait pas que le Président d'un « parti frère » puisse aller rencontrer les sociaux-démocrates et qu'une adhérente du PCF, que je suis encore à ce moment là, se prête à cela, et surtout refuse de raconter la teneur des rencontres à l'Elysée et à Solférino. Mais ce que je vais raconter ici, c'est une partie de la rencontre entre Gregor Gysi et Georges Marchais qui montre que nous étions dans deux mondes. Le Président du PDS demande au Secrétaire général du PCF : « Pourquoi avez-vous peur de l'Europe » ? Réponse de ce dernier : « mais camarade, c'est parce que nous avons peur de l'Allemagne, ». Comme Gregor Gysi craignait, à juste titre, comme d'ailleurs nombre d'Allemads de l'Est, davantage un simple rattachement qu'une véritable réunification, lui répond : « C'est justement parce que nous avons peur de l'Allemagne, que nous sommes POUR l'Europe ». Désarroi au sein de la délégation du PCF, y compris du secrétaire général. Grand moment de flottement à la direction du PCF. L'Europe était l'espoir pour l'un, Gregor Gysi, et le repli pour l'autre, Georges Marchais. C'est là que j'ai compris la rupture féfinitve entre le PCF et moi, duquel j'ai démissionné sur le champ.


Donc l'Europe ! Sans oublier Tchernobyl !

Se trouver au cœur de la chute du mur de Berlin, vous rend profondément européen. Vous ne pouvez plus reculer. Surtout quand depuis le début vous soutenez la perestroïka de Mikhail Gorbatchev, que vous allez à Moscou, voir le formillement de créativité sur l'Arbat, rue célèbre de Moscou, ou que vous rendez visite à un correspondant de l'humanité, à la plume fantastique, qui se fera éjecté car trop pro-Gorbatchévien. C'est au début de l'ère Gorbatchev qu'a eu lieu Tchernobyl. C'est un désastre. Si le nuage nucléaire n'a pas passé la frontière française, il n'a pas non plus franchi celle de la RDA. Oui, mais les mouvements antinucléaires se développent en Allemagne avec le « Atomkraft, Nein Danke ». les écologistes sont à la pointe du mouvement. En France, chez les socialistes et les communistes, c'est un autre son de cloche « le nucléaire, quoi ? Un problème ?  Vous avez vu ça où ? ». Et pourtant ça s'est passé à Tchernobyl.

Mais l'ère Gorbatchev c'est aussi la maison commune européenne qu'il appelait de ses vœux et qui avait tout son sens avec la chute du mur de Berlin qui signifiait la fin de la guerre froide. Seul François Mitterrand a compris Mikhaïl Gorbatchev et demande l'organisation d'une conférence européenne. Il se heurte à Margaret Thatcher, pour qui l'Europe signifiait uniquement « give me my money back » et à Helmut Kohl qui avait fini par réaliser le 9 novembre 1989, alors qu'il était en Pologne, que le mur de Berlin était tombé. L'important pour lui n'était pas l'Europe, mais une réunification... à la Helmut Kohl. C'est à partir de ce moment là, qu'aucune politique européenne n'a été menée en direction de l'ex Union soviétique de Gorbattchev et de la Russie ensuite. On le paie aujourd'hui avec le régime autoritaire de Vladimir Poutine.

L'un des principaux dissidents de la RDA, Wolfgang Templin, arrêté le 15 janvier 1989 pour trahison, agent de l'étranger, pour avoir porté une banderole avec la citation de Rosa Luxemburg « La liberté est toujours la liberté de ceux qui pensent autrement » et qui avait créé en 1985, dans les moments les plus durs du régime l' « Initiative Paix et Droits Humains », déclare dans son interview au Süddeutsche Zeitung, qu'il pense beaucoup à l'Ukraine aujourd'hui. La révolution pacifique de 1989 en RDA aurait pu aussi mal se terminer, car les chars étaient là. Pour ce militant des droits humains, la situation dans la région post-soviétique, en Ukraine en particulier ne se réglera pas, tant que la Russie ne prendra pas la voie de la démocratie et de l'Etat de droit.

La présence des chars de l'armée de la RDA montre l'opposition affirmée des dirigeants de la RDA à la perestroïka de Mikhail Gorbatchev. Lors de sa visite en RDA au début de l'automne 1989, Mikhail Gorbatchev prononçe devant les dignitaires du régime la célèbre phrase : « Celui qui arrive trop tard, est puni par la vie », qui marque un véritable tournant, déjà par le flot de sympathie que cela déclenche à l'échelon de toute l'Allemagne – Est et Ouest. A partir de ce moment là, une intervention militaire soviétique n'est plus d'actualité. Le Président soviétique met à l'ordre du jour les valeurs européennes de la liberté et de la démocratie. 

Mitterrand et Gorbatchev étaient les deux seuls chefs d'Etat avec une vision européenne, chacun la leur, mais il aurait été facile de parvenir à des convergences. Seulement voilà... A l'exception des écologistes, et je ne peux pas m'empêcher de citer Dany Cohn-Bendit, aujourd'hui la vision européenne est au niveau de l'encéphalogramme plat, laissant proliférer les anti-européens et eurosceptiques de tout poil de droite comme de gauche.

Le 20eme anniversaire de la chute du mur de Berlin a été grandiose à l'échelon européen. La politique agressive et autoritaire de Vladimir Poutine n'a pas permis que les 25 ans de la chute du mur de Berlin prennent l'ampleur européenne que cet événement aurait devrait avoir et le réduit, de fait, à une histoire allemande et non européenne. Un retour en arrière par rapport à l'ère mitterrandienne !


La réunification

François Mitterrand se rend à Berlin en décembre 1989, il est le premier chef d'Etat à rencontrer les nouveaux dirigeants Est-allemands, dont le Premier ministre Hans Modrow, ce qui déplaît à Helmut Kohl. Mais Mitterrand comprend que la réunification doit se faire dans la douceur. Les nombreux intellectuels est-allemands et acteurs de la révolution pacifique lui font part de leur crainte d'une réunification qui pourrait ressembler à un rattachement. Il prend le temps de s'entretenir avec tout le monde et même de disparaître sous la tour de télévision dans les environs pour rencontrer les mouvements de citoyens qui tiennent des stands.

La réunification ne s'est pas passée dans la douceur, car il n'est rien resté de l'ex RDA, d'une certaine identité que les Allemands de l'est aujourd'hui revendiquent. Aujourd'hui quand, dans un sondage, on pose 20 questions aux Allemands de l'Est, à 10 d'entre elles , ils répondent qu'ils préfèrent l'Allemagne réunifiée pour voyager et les les libertés, aux 10 autres, ils répondent qu'ils préfèrent la RDA notamment dans le domaine social et de l'emploi. Les salaires et retraites sont encore différentes entre l'Est et l'Ouest 25 ans après la chute du mur. C'est toujours à l'Est que le taux de chômage est le plus élevé. Dans certains Länder de l'Est, il était de 25% après la chute du mur.


Aujourd'hui

L'Allemagne réunifiée aujourd'hui c'est en même temps un pays en plein mouvement au cœur de l'Europe. Berlin est une ville qui attire les jeunes du monde entier, une ville hybride où chaque rue porte l'histoire du pays. Les 7000 ballons lumineux sur le tracé du mur qui s'envoleront le soir du 9 novembre en présence de Mikhail Gorbatchev sont destinés à la jeunesse, à ceux qui n'ont pas vécu cette époque.

L'Allemagne réunifiée c'est la sortie du nucléaire et une vraie politique en direction des énerrgies renouvelables grâce aux ministres verts Joschka Fischer et Jürgen Trittin qui ont su convaincre les syndicats allemands et le SPD. C'est le gouvernement SPD-Verts de Gerhard Schröder qui ont lancé ce formidable projet.

L'Allemagne réunifiée c'est aussi la mobilisation pour la sortie définitive du charbon aujourd'hui.

L'Allemagne réunifiée c'est aussi hélas un accroissement gigantesque des inégalités dues à la profonde réforme de l'Etat social menée au début des années 2000 par le même Gerhard Schröder, et que François Hollande et Manuel Valls présentent hélas comme modèle. Mais si l'Allemagne réunifiée s'en sort aujourd'hui c'est grâce aux caractéristiques traditionnelles du modèle allemand, comme le décrit si bien Guillaume Duval dans son livre « Made in germany » qui vient d'être traduit en allemand.

L'Allemagne réunifiée, c'est la fin du monopole de la CDU d'Angela Merkel et du SPD quant à la direction des Länder.

Les Grünen dirigent un Land qu'ils ont arraché à la CDU qui le tenait depuis la création de la RFA en 1949, le Bade-Wurttemberg, le Land le plus riche d'Allemagne.

L'Allemagne ré unifiée c'est cela aussi : Hier au Bundestag, on assiste au retour du chanteur Wolf Biermann, père de Nina Hagen, membre du SED à l'époque, et qui s'est vu en 1976 interdit de rentrer en RDA après un concert à Cologne, tout ça pour des idées. Le président du Bundestag l'invite à chanter seulement, mais surtout pas à prendre la parole. C'est mal connaître Biermann. Après avoir accordé sa guitare, Biermann se moque bien de ce que lui a dit le Président du parlement allemand, il déclare, en regardant les députés de die Linke : « ceux qui sont assis ici constituent le misérable résidu de ce qui aujourd'hui a heureusement disparu ». Comme si die Linke c'était le SED, surtout que la co-présidente de die Linke, Katja Kipping, avait 11 ans au moment de la chute du mur de Berlin. Certes la RDA était une dictaure et n'était pas un Etat de droit, certes il ne faut pas oublier à quel prix nombre de ses citoyens ont lutté pour la liberté, certes il faut respecter les souffrances. Mais on voit bien que pour Wolf Biermann, le temps s'est arrêté en 1989. Le 5 décembre 2014, la Thuringe aura sans doute un Ministre-Président de die Linke. Ce sera la première fois dans l'histoire de l'Allemagne... 25 ans après la chute du mur de Berlin, ironie de l'histoire. Mais une coalition Linke-SPD-Verts à la direction d'un Land est considérée à juste titre comme quelque chose d'innovant, ringardisant les coalitions classiques avec la CDU. Wolf Bierman est hors course. Nous sommes en 2014. L'Allemagne n'a pas fini d'inventer.

La chute du mur de Berlin a changé le monde et l'Europe, merci pour ce moment !



 

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