Une première étude complète (ici en anglais) a été menée auprès de réfugiés syriens en Allemagne, portant sur les points suivants : causes de l’exode et perspectives d’avenir – le retour en Syrie ?

Cette première étude a débouché sur une conférence de presse nationale le 7 octobre à Berlin avec

Elias Perabo, spécialiste en sciences politiques, co-fondateur de « Adopt a Revolution ». Cette initiative germano-syrienne de solidarité soutient depuis 2011 la société civile syrienne dans son soulèvement contre la dictature d’Assad et la terreur radicale islamiste et informe en Allemagne sur la situation en Syrie

Haid Haid, activiste, porte-parole des campagnes « Planet Syria » et « The Syria Campaign ». Jusqu’en 2015, il était le coordinateur du programme de l’office régional de la Fondation Heinrich-Böll à Beyrouth. Haid Haid se trouve actuellement à Londres  pour effectuer son Master au King’s College.

Heiko Giebler, conseiller scientifique du Département Démocratie et Démocratisation au Centre scientifique de recherches sociales à Berlin


A. OBJECTIF DE L'ETUDE

L’arrivée de dizaines de milliers de réfugiés syriens en Europe a modifié le débat sur les causes de l’exode  et soulève des questions sur la politique européenne  vis-à-vis de la Syrie. Jusqu’ici, le débat portait principalement sur les réfugiés syriens avec très peu d’espaces pour l’opinion des réfugiés. Cette première étude complète parmi les réfugiés syriens en Allemagne vise à combler ce fossé. Il s ont été interrogés sur les raisons de leur exode, sur la façon dont ils se représentent leur avenir.

Par conséquent l’étude englobe deux grands thèmes de questions : le premier porte sur les raisons qui les ont amenés à fuir voire même sur les causes de leur expulsion de Syrie. Le second porte sur la façon dont la Syrie devrait changer pour empêcher l’exode voire pour retourner en Syrie.  Par ailleurs, des questions leur ont été posées sur la politique internationale vis-à-vis de la Syrie.


B. ELEMENTS-CLEFS

1. Les réfugiés fuient avant tout les menaces directes qui pèsent sur leur vie.

La cause principale de l’exode est le danger de mort. D’autres causes, comme les raisons économiques ou l’objectif d’obtenir un passeport européen, jouent peu de rôle.

 Quelle est pour vous la raison principale de fuir la Syrie ?

Danger de mort immédiat : 68,6%

Raisons économiques : 13,3%

Regroupement familial : 6,5%

Eviter le recrutement : 8,1%

Passeport européen : 0,9%

Autres : 2,5%


2. La violence du régime d’Assad est la cause centrale de l’exode

Les personnes interrogées considèrent le conflit armé (92%), la peur d’être arrêtés ou d’être pris en otage (86%) ainsi que les bombes à barils (73%) comme la menace directe pour leur vie.  Les responsabilités principales de ces causes de l’exode  sont attribuées directement  au Gouvernement de Bashir El Assad. Plus des deux-tiers indiquent que l’armée d’Assad et ses alliés sont responsables des violents conflits, alors que moins de la moitié mettent la responsabilité sur DAECH. Le régime d’Assad est de loin l’acteur qui inspire le plus de peur d’être arrêtés ou d’être pris en otage (77%) suivi par DAECH (42%). Seule l’armée syrienne utilise des bombes à barils, cette cause d’exode est donc attribuée au régime d’Assad.  Moins de 20% ont répondu que d’autres groupes armés sont responsables des combats, des arrestations et des prises d’otage.

Qui porte la responsabilité des luttes armées ?

Régime et alliés : 69,5%

DAECH : 31,6%

Front Al Nosra : 16,3%

YPG : 8,3% (Unités de protection du peuple kurde)

FSA : 17,8% (Armée syrienne libre)

Autres groupes rebelles : 8,2%

Je ne sais pas : 16,3%


3. Plus de la moitié des personnes interrogées ne retournerait que dans une Syrie sans Assad. Seulement 8% ne reviendraient pas.

Pour 52%, la condition d’un retour est le départ de Bashir El Assad, clairement plus que le départ de DAECH (44%). L'alternative serait la démocratie , puisque pour 42% des élections libres sont le préalable au retour en Syrie. Ce qui ontient le plus de faveur (68%), c'est la condition que « la guerre doit s'arrêter »

 Qu'est-ce qui doit changer en Syrie, pour que vous puissiez y retourner ?

La fin de la guerre : 67,8%

Des élections libres : 41,7%

La Syrie sans Assad : 51,5%

De meilleures conditions économiques : 25,9%

La Syrie sans DAECH : 43,8%

La réconciliation des différents groupes : 28,8%

L'autonomie pour les Kurdes : 16,1%

Je ne veux pas revenir : 8,4%


4. Pour la majorité, une zone d'exclusion aérienne est le moyen le plus efficace, pour réduire l'exode

A la question sur les options politiques de l'UE et de la communauté internationale, pour réduire l'exode de Syrie, 58% ont répondu la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, suivi de l'arrêt de livraisons d'armes à tous les belligérants en Syrie (38%) ainsi que davantage d'aide humanitaire pour la Syrie (24%).

Davantage de personnes pourraient rester en Syrie, si l'Europe et la communauté internationale prenaient les mesures suivantes 

Davantage d'aide humanitaire : 24,3%

Zone d'exclusion aérienne : 57,9%

Davantage d'aide financière : 18%

Arrêter les ventes d'armes de toutes sortes : 37,8%

Soutien au gouvernement syrien : 5,8%

Rien de tout cela : 12,1%


C. INFORMATIONS SUR LES PERSONNES INTERROGEES

Les personnes interrogées montrent qu'une large majorité a quitté la Syrie en 2015 (65%) contre 12% en 2013 . Ils étaient 10% en 2014 et 7% en 2012. Une grande majorité (88%) est de sexe masculin. Le plus grand groupe d'âge des interviewés se situe entre 16 et 25 ans (45%). Plus on augmente dans la pyramide des âges, moins ils sont nombreux : 26-35 ans (34%), 46-55 ans (6%). La majorité (61%) indique qu'elle n'a pas d'enfants. Les personnes interrogées viennent de toutes les provinces syriennes

De quelle province syrienne venez vous ?

Idlib : 7,4%

Al Hasaka : 18,6%

Aleppe : 21%

Hama : 4%

Homs : 5,9%

Deraa : 5,1%

Damas:19,3%

Deir ez-Zor : 5,7%

Ar-Raqqa : 2,8%

Rif Damashq : 6,6%

As-Suwayda : 0,5%

Tartous : 0,2%

Quneitra : 1,6%

Lattaquié : 1,5%


D. METHODOLOGIE DE L'ENQUETE

L'enquête s'est déroulée entre le 24 septembre et le 2 octobre 2015. 899 Syriens qui se trouvent en Allemagne ont été interrogés à l'aide d'un questionnaire standardisé. L'enquête s'est déroulée dans 12 structures d'accueil des arrivants, foyers de réfugiés et lieux d'enregistrement pour les réfugiés à Berlin, Hannovren Brême, Leipzig, Eisenhüttenstadt.

Il n'y avait pas à ce moment là de données démoraphiques représentatives (proportion femme/homme, âge etc..). Aussi, les personnes ont été interviewées dans des lieux fréquentés par tous les réfugiés indépendamment des opinions politiques et caractéristiques sociales. C'est le cas notamment pour les lieux d'enregistrement pour les réfugiés, et les foyers, où les réfugiés ont été répartis. Par ailleurs, l'enquête a été menée dans cinq villes d'Allemagne, pour éviter de possibles effets de sélection. Les personnes interrogées ont été approchées en entrant ou en quittant une structure ou lieu d'enregristrement. Il a été demandé à toutes les personnes qui se déclaraient venant de Syrie, de participer à cette enquête.

En raison du manque de données démographiques, il ne s'agit pas d'une enquête représentative au sens propore du terme. Il faut donc voir les interprétations des résultats en lien avec cette limite.

Une combinaison d'interviews en face à face d'une part et de réponse au questionnaire sur des tablettes sur place d'autre part a été utilisée. C'est ainsi que d'un côté la confiance nécessaire a pu être créée et le caractère anonyme être préservé d'un côté et que de l'autre les personnes analphabètes ont pu être incluses dans l'étude. Le questionnaire a été réalisée en coopération avec des spécialistes de la situation actuelle en Syrie et a été traduit par des experts. Les questionnaires sur place ont été réalisés par 18 Syriens.

 

 



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Et 10 jours après, l'enquete est toujours là ...