Chute du Mur de Berlin - La peur est vaincue !

Le 9 novembre est une date qui a mêlé le pire et le meilleur dans l'histoire de l'Allemagne: le 9 novembre 1848 sonne le glas de la révolution bourgeoise. En 1918, la révolution gagne Berlin le 9 novembre. La plupart des soldats rejoigne les manifestants. L'empire allemand tombe. La République de Weimar est proclamée. C'est la fin de la Première Guerre mondiale. Mais la révolution se termine quelques mois plus tard dans le sang par l'assassinat de ses leaders: Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Le putsch manqué d'Hitler aura lieu le 9 novembre 1923. La nuit de cristal aura lieu également le 9 novembre, durant laquelle les Nazis organisèrent, en 1938, l'insoutenable pogrome contre les Juifs: des dizaines de milliers sont arrêtés, envoyés dans les camps de concentration. Leurs synagogues et magasins sont pillées, détruits, incendiés.

 

Il faudra attendre 1989, deux cents après la révolution française, pour qu'un grand mouvement populaire, en reprenant à son compte la phrase de Rosa Luxemburg "Si tu ne bouges pas, tu ne sens pas tes chaînes", se mette en marche, pour imposer pacifiquement liberté et démocratie. On en connaît l'issue. Le mur tombe, on est le 9 novembre. Il est 19h. Je suis au "Kino International", le grand cinéma de "Berlin, capitale de la RDA". C'est la Première du film "Coming Out", le premier film de RDA qui traite de l'homosexualité. Au milieu du film, une voix s'élève: "die Grenze ist auf" (La frontière est ouverte). On entend, dans la salle, des murmures et des chut! C'était sans doute une blague! Le film est excellent. Puis une discussion s'engage avec le réalisateur, Heiner Carow, sur le film, bien sûr, mais aussi sur les événements. A la sortie, contrairement à d'habitude, la rue est noire de monde. Tous vont dans la même direction. "Vous allez où?". "On ne sait pas, on suit", dit l'un "il parait que la frontière est ouverte", dit l'autre. La foule s'agglutine à la frontière. Une trabant revient... de Berlin Ouest. "Wahnsinn!"! (c'est fou!), crient les passagers. Tout le monde s'embrasse. Puis, je rencontre une grande reporter française qui me dit: "je reviens d'Afghanistan et ma rédaction m'a envoyé à Berlin, m'assurant qu'il n' y aura pas de rebondissements ». Elle retourne à son hôtel chercher son dictaphone. J'essaie de passer à l'Ouest avec les Allemands de l'Est qui, dans leur joie, offrent des fleurs à leurs soldats et douaniers. Mais ceux-ci m'arrêtent: "la frontière est ouverte uniquement aux citoyens de la RDA. Pour les étrangers, c'est aux endroits habituels". Incroyable ! Le monde est à l'envers ! Le mur de Berlin tombe.

 

Ce mouvement populaire n'a pas émergé d'un seul coup. Il n'était pas spontané. Et pour cause, il fallait un sacré courage face à l'armée et à la stasi, la police secrète, pour braver les interdictions, surtout que le parti (SED) brandissait la menace, en soutenant la répression armée de Tian'anmen. Combien de manifestants à Berlin, Halle etc.. furent arrêtés pour avoir inscrit sur une banderole cette phrase célèbre de Rosa Luxemburg : « La liberté est toujours la liberté de ceux qui pensent autrement ». Ces arrestations provoquent l'indignation. La Hongrie ouvre ses frontières. A Leipzig, d'où est parti le mouvement, les manifestations hebdomadaires du lundi sont de plus en plus imposantes : Wir sind das Volk ! (Nous sommes le peuple !) scandent les manifestants. Ils défient leur dirigeant Erich Honecker pour qui le mur restera encore 50ans, 100 ans. La peur est vaincue. La RDA se met à grouiller de créativité. Des mouvements de citoyens émergent. Un slogan fait son apparition : « keine Gewalt ! » (pas de violence). Il s'agit, dans l'histoire de ce pays, du premier grand mouvement qui, pacifiquement et de plus porté par la Perestroïka, fera chuter ses dirigeants, imposera une Table Ronde avec les mouvements de citoyens qui siègera autour du nouveau Premier ministre de l'époque, Hans Modrow, appartenant au courant réformateur au sein du SED. Une autre façon de gouverner est entrain de naître. La RDA devient démocratique.

 

Le SED ,lui, fait sa révolution. Ce sont les forces réformatrices en son sein, qui dans leur lutte contre le stalinisme et le totalitarisme, joueront un rôle déterminant dans la création du Parti du Socialisme Démocratique (PDS). Lors de son Congrès fondateur, les militants offrent symboliquement un balai à son chef charismatique, l'avocat Gregor Gysi, qui réhabilite de nombreuses personnalités qui avaient été exclues du SED, voire emprisonnées. Les réformateurs conduiront l'analyse de ce qui s'est passé, analyse qui se fera dans la douleur, mais o combien nécessaire ! La preuve ! le PDS, en se fécondant sur l'analyse de l'histoire, a su se projeter dans la réunification allemande, malgré l'isolement dont il a été l'objet. On connaît la suite... Die LINKE est née.

 

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