La cagnotte d'Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble

L'Etat allemand a 18,5 Milliards Euro d'excédent budgétaire au 1er semestre 2016. 18.500.000.000 € – une belle somme qui en fait rêver plus d'un. Pas seulement les Allemands mais nous aussi et surtout sans doute le Premier ministre grec, Alexis Tsipras et les Grecs.

Ca veut dire quoi en gros si on suit le Handelsblatt: pour gagner cette somme, toute l'Allemagne devrait travailler plus de deux jours. Pour la dépenser en une fois, les 80 millions d'habitants pourraient aller faire du shopping et dépenser chacun 231,25 €. 

Ce n'est donc pas une année de vaches maigres qui s'annonce pour le ministre des finances Wolfgang Schäuble, mais bien une année d'opulence et ce, un an avant les élections législatives de septembre 2017. Cet excédent sera encore plus important à la fin 2016.

Le Bundestag a commencé son débat budgétaire.

Schaüble a annoncé qu'il fallait donner "au peuple" une partie de cet argent, en baissant les impôts, l'Etat dépenserait ainsi 15 milliards d'euros.

Ah! Oui! Les fameuses élections ! Et puis il faut qu'Angela Merkel sorte par le haut d'élections régionales où le parti d'extrême droite s'est trouvé devant son parti lors de l'élection en Mecklembourg-Pomeranie occidentale, que le parti social-démocrate, SPD, a remporté.

Seulement voilà, ce que nos médias en France ne disent pas, c'est que l'Allemagne a encore une montagne de dettes. 2 000 milliards d'€.

Les 80 millions d'Allemands, eux, calculent et sans doute autrement que nous. Cela fait 25 000 € de dettes pour chacun. Tiens, se disent-ils, c'est le prix d'une Golf Volkswagen toute équipée. Diesel également ? Dans ce cas polluante. Une bonne voiture allemande, solide, ca compte chez les Allemands c'est leur fierté, surtout quand on peut rouler à 210 km/h sur une autoroute allemande où en règle générale la vitesse est illimitée.  

Les experts économiques se confrontent sur cette question. Certains pensent que la baisse d'impôts devrait être encore plus forte. D'autres avancent l'idée que ça a du sens s'il y a encore des excédents dans 10 ou 15 ans, ce qui ne sera pas le cas. Schäuble pense sur le court terme. Or, ce sont les jeunes générations qui devront payer la note et Schaüble, lui, ne sera plus en fonction. 

Mais il y a autre chose. L'Allemagne d'Angela Merkel a pris tous les  pays européens en difficulté à la gorge, pour qu'ils prennent dans leur pays des mesures draconiennes d'austérité. On le voit en Grèce. L'Allemagne aurait pu et pourrait lancer une grande politique d'investissement, qui aurait été bénéfique pour nous tous, pour elle, et surtout pour la Grèce d'Alexis Tsipras. 

Il aurait fallu aussi que le Président de la république française se lâche au niveau européen, qu'il ait une parole forte pour imposer à l'Allemagne cette politique d'investissement notamment en direction des énergies renouvelables, créatrices d'emploi. Ce n'est pas en faisant preuve d'un esprit de synthèse que l'on gagne. Pire, cela fait avancer la politique des forces conservatrices. Cette époque là est dépassée

Le SPD fait partie de la coalition gouvernementale, même s'il n'en est que le parti junior. Il s'est prononcé aussi pour une politique d'investissement, mais il est resté trop timoré, coincé dans la grande coalition. Les élections auront lieu en France comme en Allemagne en 2017. Il est très grand temps que la France passe à l'offensive à l'échelon européen, pour créer un rapport de force, afin que les conservateurs allemands cèdent. Pour ce, depuis longtemps, il aurait fallu élargir l'amitié franco-allemande en y ajoutant l'Italie. 

Mais ce vendredi s'est tenu à Athènes, à l'invitation d'Alexis Tsipras un sommet des pays européens de la Méditerranée. La réaction de Matteo Renzi après le sommet a été d'une clarté qui en dit long: "Enfin Hollande est avec nous, il a réussi à surmonter son indécision. Maintenant nous pouvons agir".  Ce n'est pas de l'insolence. Matteo Renzi, exaspéré depuis longtemps, a exprimé sa satisfaction que le Président français, François Hollande, ait rejoint l'initiative du premier ministre grec, Alexis Tsipras, de former une sorte de front contre l'austérité.

Il fallait le dire. Molte Grazie! Matteo!

 

 

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