Depuis des années, les députés européens notamment écologistes et de gauche se battent pour le renforcement des pouvoirs du Parlement européen. Ils ont obtenu des acquis, mais il reste encore beaucoup à faire, pour que le Parlement européen ait plus de droits.

Et voilà que Benoît Hamon propose de créer une assemblée des pays de la zone euro. On pourrait croire que cette idée est révolutionnaire. Mais que nenni ! Cette assemblée se constituerait à partir des députés des parlements nationaux. Dès que le mot « national » retentit, les souverainistes, eurosceptiques, anti-européens de tout poil jubilent. Et là, ils risquent de frétiller.

Et pourtant il y a un Parlement européen composé d’eurodéputés. Apparemment Benoît Hamon a décidé de s’en passer, au risque d’affaiblir cette grande expression démocratique de l’Union Européenne.

On pouvait s’attendre à ce que le candidat à la présidentielle, issue de la primaire socialiste, fasse des propositions fortes pour réformer l’Europe, en proposant un peu plus de fédéralisme permettant de la démocratiser. Mais sa démocratisation à lui est d’ignorer le Parlement européen. Comment réformer l’UE qui en a tant besoin, en ne mettant pas le Parlement européen au coeur du projet ? Pourquoi les eurodéputés de la zone euro, ne pourraient-ils pas constituer le parlement de la zone euro ?

Cette approche souverainiste de l’Europe dont fait preuve Benoît Hamon provoque de très fortes réactions chez les eurodéputés. Un exemple : l’eurodéputé écologiste allemand, Reinhard Bütikofer, dans un twitt rageur en anglais du 11 mars, déclare :  

"Le socialiste français, Hamon, veut affaiblir le Parlement européen. Il appelle ça "démocratisation". Quelle plaisanterie stupide!".

Si les eurodéputés s’y mettent, en plus allemands et écolos, c’est assez mal parti pour les relations franco-allemandes. Reinhard Bütikofer et bien d’autres eurodéputés ont raison. Je ne pense pas que le social-démocrate Martin Schulz qui pourrait être le prochain chancelier, voit d’un bon œil un affaiblissement du Parlement européen dont il a été le Président. Les partis politiques allemands, sauf le parti d’extrême droite heureusement en perte de vitesse, sont tous pro-européens et souhaitent le renforcement de cette Europe, surtout que depuis plus d’un mois ont lieu des manifestations citoyennes pro-européennes chaque dimanche dans 35 villes allemandes. Les Pro-Européens s’organisent Outre-Rhin en réaction au Brexit, à l’euroscepticisme, à la montée des nationalismes et surtout du FN en France qui effraie les Allemands à l’idée que Marine Le Pen puisse gagner l’élection présidentielle. Ce mouvement dépasse maintenant les frontières de l’Allemagne. Son mot d’ordre : « Nous voulons  conserver l’Europe comme union politique mais il faut réveiller les émotions pour cette idée ». Des questions concrètes sont posées comme celle d’une assurance chômage européenne ou bien « Si on réfléchit à des réformes, il faut assurément envisager plus de droits pour le Parlement européen », le contraire du programme de Benoît Hamon sur l’Europe. D’ailleurs qu’en pensent ses soutiens écologistes ?

Je pense que la proposition la plus réaliste est celle d’Emmanuel Macron, qui consiste à mettre en place un budget de la zone euro destiné à financer les investissements communs, à aider les régions les plus en difficulté et à répondre aux crises. Un ministre des finances de la zone euro définirait les priorités de ce budget et favoriserait les Etats qui mènent les réformes pour les accompagner. Il serait responsable non pas devant un Parlement de la zone euro composé de députés des parlements nationaux, mais bien devant un Parlement de la zone euro qui regrouperait l’ensemble des parlementaires européens de la zone euro, au moins une fois par mois, pour assurer un véritable contrôle démocratique. 

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