Francoise Diehlmann
Germaniste, traduis, blogue sur l'Allemagne, également sur la France, l'Europe, le monde, membre du Comité directeur de l'Union des Fédéralistes Européens - France, Ecolo cohn-bendiste, Refugees Welcome, combats les nationalismes et régimes totalitaires, pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine, défense des droits humains
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Billet de blog 13 mars 2017

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Non! Le Gouvernement allemand n'a jamais interdit les meetings de ministres turcs

Les medias, les partis politiques et des candidats à l'élection présidentielle relaient l'information que la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas auraient interdit les meetings organisés par les autorités turques en faveur du référendum du 16 avril sur la réforme de la constitution. Or, ce n’est pas le cas de l’Allemagne.

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La position de l'Allemagne est d'autant plus importante que c’est sur son territoire que vit le  plus grand nombre de ressortissants turcs et binationaux. Ils sont plusieurs millions. 1,4 millions d’entre eux sont électeurs en Turquie. Or, l'Allemagne, le gouvernement allemand, n'a jamais interdit les meetings, ce sont les villes où devaient avoir lieu les meetings qui les ont interdits. Nuance !  

Il suffit d'écouter la chronique de Dany Cohn-Bendit sur Europe 1.

Cette interdiction de villes allemandes plongent les partis d'opposition en Turquie dans un dilemme. Comme ils ne veulent pas être considérés comme "dépendants de l'Occident", ils refusent ces interdictions, y compris le parti pro kurde HDP. Il est important aussi que l’opposition puisse se mobiliser pour faire campagne pour le Non.

Les réactions du gouvernement allemand et des partis politiques sont pratiquement unanimes pour condamner la provocation d’Erdogan et prendre leur distance avec ces interdictions.

Le ministre fédéral de la justice, Heiko Maas (SPD), considère infâmes les propos d'Erdogan accusant l’Allemagne de pratiques nazies . Dans le même temps, il alerte sur le fait qu’il ne faut pas tomber dans les provocation du Président turc. Voici ce qu'a déclaré la semaine dernière le ministre allemand de la justice sur la première chaine allemande ARD lors de l’émission politique animée par Anne Will: "Une interdiction d'entrée en Allemagne pour Erdogan et d'autres dirigeants politiques turcs n'améliorerait en rien la situation, car pour Erdogan, il ne s'agit pas d'une campagne électorale pour un renforcement du système présidentiel turc, mais bien de provoquer. Nous devons faire attention de ne pas tomber dans la provocation. Erdogan veut créer une sorte de front en Turquie contre le reste du monde. Pour nous seul l'Etat de droit compte, et nous combattrons et rejetterons tout ce qui tend à lui tordre le cou. Il n' y a que le dialogue qui compte". Il est sûr que les interdictions récentes de villes allemandes à des ministres turcs de faire campagne sur leurs sols ne contribuent pas à accélérer la libération du journaliste germano-turc Deniz Yücel. Il est clair aussi que sa libération se trouve entre les mains d'Erdogan. Avec ces interdictions, il est facile pour lui de reprocher aux Européens de faire preuve de partialité. Le problème est que celui qui exige de telles interdictions, tombe de fait dans le piège d'Erdogan.

Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand, considère pour sa part qu'il faut aller vers une désescalade et que l'interdiction ne va pas dans ce sens.

Martin Schulz, candidat du SPD à la chancellerie et Président du parti, a déclaré au Frankfurter Allgemeine Zeitung en direction d'Angela Merkel qui se tait: « Un chancelier doit être capable de dire: Maintenant ça suffit ! Si des membres du gouvernement turc nous reprochent des méthodes nazies, c'est que la ligne rouge est franchie. Monsieur Erdogan doit savoir: En tant que Président d'un pays ami, il est le bienvenu. Mais nous ne permettrons pas que les conflits politiques en Turquie s'étendent à l’Allemagne. Erdogan doit s'en tenir aux règles. C'est ce que la chancelière devrait lui dire".

Cem Özdemir, co-président des Grünen, est pour moi celui qui a raison. Il exige du gouvernement fédéral, de ne plus déléguer aux municipalités la décision sur les autorisations de campagnes électorales de dirigeants politiques turcs en Allemagne. Il exige une réponse commune au plan européen.

D’ailleurs Emmanuel Macron à TF1 hier s'est demandé pourquoi les chefs d'Etat et de gouvernement européens qui se sont réunis il y a peu de temps n'ont pas été capable de prendre une position européenne, car c'est une position européenne qu'il faut, ferme vis-à-vis d’Erdogan. Comme il n’y a pas de position européenne, la position de Jean-Marc Ayrault d’autoriser le meeting de Metz ne me choque pas.

Personne en Allemagne ne critique la position française. Quant à la position néeerlandaise, les commentaires allemands considèrent que l’interdiction des Pays Bas est liée au fait que les élections ont lieu après-demain et que l’extrême droite surfe sur cette situation, mais que dans un autre contexte, les Pays Bas n’auraient rien interdit. A juste titre, Dany Cohn-Bendit a fait de la position française un non-évenement dans sa chronique du 14 mars sur Europe 1

Cette question est extrêmement complexe, d'où la nécessité d'une réponse européenne. La France n'a pas rompu la solidarité européenne, comme le dit Fillon, puisqu'il n'y en avait pas, surtout que l'Allemagne ne s'est pas opposée à la venue des ministres turcs.

Peut être que la désescalade que cherche l'Allemagne, c'est la France qui l'a trouvée à Metz en signe d'apaisement, mot employé par Jean-Marc Ayrault. Metz se trouve au carrefour de pays où il y a de nombreux ressortissants turcs.

C'est bien une position européenne ferme face à Erdogan qu'il aurait fallu, ce qui inclut également les interdictions, car il n’entend que le rapport de forces. 

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