Les Grünen ont su voir la nouvelle prise de conscience de la société allemande

D’après les derniers sondages, les écologistes allemands deviennent avec 21% la deuxième force politique du pays, reléguant les sociaux démocrates du SPD, parti de la grande coalition, à la 4e place derrière l’inquiétante extrême droite de l’AfD. Quelle est la raison de ce succès des écologistes allemands ?

Je lis chez un certain nombre de gens de gauche, notamment d’adhérents d'EELV, que les Gruenen font du macronisme, que leur chef Robert Habeck fait partie de l'aile droite, etc.. etc.. bref, le truc habituel qu’on entend en France, notamment à gauche, quand on campe sur ses propres certitudes, alors que pendant ce temps, la société bouge ou le monde avance. Les écologistes sont en principe fédéralistes. Et ces écologistes français qui se disent fédéralistes, et placent les Gruenen sur l'aide droite de l’échiquier politique, et bien ils devraient voir ce que c’est réellement un régime fédéral comme c’est le cas de l'Allemagne. 

 

Implantation des Grünen

Prenons les Laender où les Grünen font partie de coalitions gouvernementales, dans 9 Länder sur 16, ce qui est déjà pas mal :

Berlin: Coalition SPD-Linke-Gruenen, dirigée par le SPD (Les sondages mettent die Linke en tête pour les prochaines élections de la capitale)

Thuringe: Coalition Linke-SPD-Gruenen, dirigée par die Linke, région la plus pauvre d’Allemagne

Bade Wurtemberg: Coalition Gruenen-CDU, dirigée par les Gruenen, région la plus riche d’Allemagne

Hambourg: Coalition SPD-Gruenen, dirigée par le SPD

Brême: Coalition SPD-Gruenen, dirigée par le SPD

Hesse: Coalition CDU-Gruenen, dirigée par la CDU

Schleswig Holstein : Coalition CDU-FDP-Gruenen, dirigée par la CDU (coalition Jamaika)

Rhénanie-Palatinat : Coalition SPD-FDP,-Gruenen, dirigée par le SPD (coalition feux tricolores)

Saxe-Anhalt: Coalition CDU,-SPD,-Gruenen, dirigée par la CDU (Coalition Kenya).

J’ai envie de dire : au moins là, on ne peut pas être accusé de traîtrise. En Allemagne, on ne parle pas de traîtrise, à moins de virer au nazisme. Chez nous c’est autre chose, ce mot surgit rapidement, sans qu’aucune leçon ne soit tirée de la raison pour laquelle le paysage de gauche et écologiste est en lambeaux.

L’empreinte des écologistes allemands

Mais revenons aux Grünen. Le phénomène bavarois est enfin de compte un phénomène national où, d’après deux sondages de ce 19 octobre, les Gruenen feraient sont entre 19 et 21% s’il y avait des élections législatives aujourd’hui. Ils deviennent la 2e force politique du pays, reléguant le SPD (14-15%), parti de la Grande Coalition, à la 4e place derrière l’inquiétante AfD (16%). Die Linke est à 9-10% et les libéraux du FDP sont à 8%. Quant à la CDU, elle n’arrête pas non plus de chuter (25-27%)

Les sondages pour les élections qui vont avoir lieu en Hesse le 28 octobre, le Land de Joschka Fischer et de Dany Cohn-Bendit, vont dans le même sens. Il existe actuellement une coalition CDU-Grünen. La CDU est au plus bas avec 26% (2013 : 38%). Ne parlons pas du SPD qui fait dans cette région son pire score depuis la guerre 20% (2013 : 30,7%). les Grünen, quant à eux, doublent leur score : 22% (2013 : 11%). Pour les autres partis : Linke 8% (2013 : 5,2%), les libéraux du FDP : 8% (2013 : 5%) et toujours l’inquiétante AfD : 12% (2013 : 4,1%).

Mais pourquoi les Grünen ont-ils de si bons résultats ? Bien sûr, les verts allemands profitent de la faible performance du SPD et de son éternelle crise, mais il y a d’autres raisons. La Présidente du groupe des Grünen au Bundestag, Katrin Goering-Eckardt et le Président du parti de l’époque, Cem Özdemir, ont vu, après les élections législatives allemandes de septembre 201, les discussions préliminaires pour la coalition Jamaïka - CDU-FDP-Grünen - comme un tournant. Le sérieux que les Grünen ont manifesté à l’époque a été honoré, de sorte qu’ils ont commencé à monter dans les sondages.  

Cette stratégie des Gruenen qui entraîne le respect dans le pays et en Bavière est en grande partie l'oeuvre du nouveau co-président des Grünen Robert Habeck qui outre le fait d'avoir été ministre de l'environnement dans le Land de Schleswig Holstein et qu'il est écrivain, est aussi quelqu'un qui a une vraie vision politique et une véritable stratégie. Après, on peut toujours le réduire à quelqu'un de l'aile droite si on en a envie. Mais là il faut le prouver. Pourquoi ?

D’abord, Robert Habeck et Annalena Baerbock, les nouveaux co-présidents des Grünen plaisent aux gens. Leur offensive de centre gauche a du succès. Les Grünen ont élu pour la première fois à leur tête deux personnes de la tendance « realo » . Pour la première fois, ils ont renoncé à l’équilibre des tendances, ce qui est historique. La gauche du parti semble satisfaite de ces deux présidents.

Nouvelle radicalité

En effet, Ils se positionnent de façon plus mordante, tout le contraire des dirigeants de la grande Coalition. Ils considèrent qu’il faut une nouvelle radicalité, comme aime le dire Annalena Baerbock : les mesures contre le dérèglement climatique doivent être plus radicales. Ils veulent en finir avec Hartz IV, les mesures sociales impopulaires du second Gouvernement Schröder. Ils veulent un fonds de plusieurs milliards pour la lutte contre le dérèglement climatique.

En Bavière, comme dans le reste de l’Allemagne, les points les plus importants pour les gens sont : l’éducation, le climat et le logement et NON la question migratoire. En Bavière, ce n’est surtout pas l’emploi qui intéresse les gens, puisqu’il règne le plein emploi. Alors quand l’AfD a fait sa campagne contre les réfugiés qui viennent manger le pain des Allemands, ça n'a pas marché. Les Bavarois n’ont pas accepté que le ministre fédéral de l’intérieur, CSU, se place sur les traces de l’AfD. Ceci explique pourquoi 170 000 électeurs de la CSU ont voté pour les Grünen, car ces derniers répondaient à leur préoccupation et parce que ces électeurs ne veulent rien à voir avec l’AfD.

Les Grünen ont tout simplement su voir la nouvelle prise de conscience de la société allemande et l'anticiper.

Les Gruenen veulent toucher d’autres couches de la société, combler ce que la grande coalition abandonne et ne laisser aucun espace à l’extrême droite. Il ne s’agit plus de se concentrer uniquement sur la question purement écologique, mais d’aller plus loin, d’où la réflexion d’une stratégie pour la sortie de ces mesures impopulaires Hartz IV, ils intègrent les questions régaliennes, veulent un nouveau départ pour le renseignement intérieur, ils mettent au cœur de leur action l’Europe, l'Europe contre le nationalisme, mais aussi « le cœur et non la haine » pour un accueil humain des migrants, ce qui a été salué par les Bavarois. Ensuite, ils agissent pour que le drapeau et les mots ne soient pas détournés par l’extrême droite et s’en emparent surtout depuis les événements de Chemnitz. Ils mettent par exemple en avant le "patriotisme constitutionnel" ce qui coupe l'herbe sous le pied des fachos par rapport au patriotisme. De quoi s'agit il ? ils lancent une action dans le cadre d'une large coordination contre le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie, le sexisme avec au centre l'article 1 de la Loi Fondamentale qui est: "La dignité de l'être humain est intangible". Cet article 1 de la Loi Fondamentale comme les 19 autres qui suivent sont une réponse au nazisme et font partie de la clause d'éternité s'il y avait un changement de constitution, cela veut dire qu'on ne pourrait pas y toucher. L'article 1 insiste sur le mot dignité ce que les Nazis avaient bel et bien supprimé. C'est un très beau combat pour montrer l’indivisibilité.

C’est d'ailleurs sous le mot d’ordre #unteilbar #indivisibles que 240 000 Berlinois ont récemment manifesté.

Les Grünen essaient également de reprendre aussi le mot Heimat. 

On peut toujours fantasmer et dire que tout ceci est une politique de droite. Il s’agit d’une véritable stratégie de fond qui tient compte des enjeux. Les Grünen savent anticiper la nouvelle prise de conscience de la société allemande. La CDU et le SPD ne le savent plus. D’où leur naufrage.

 

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