Extrême-droite, Autriche - Un scandale peut en cacher un autre

La réputation de l’Autriche parmi les services secrets est quelque peu secouée. Thomas Haldenwang, Président de l’Office fédéral allemand de protection de la constitution voit des risques considérables dans la coopération avec l’Autriche.

D’après les informations du WELT AM SONNTAG, Thomas Haldenwang a fait des déclarations dans ce sens cette semaine dans le cadre du PKGr, l’organe parlementaire du Bundestag chargé de contrôler les services de renseignements fédéraux, de superviser le service de renseignement fédéral, le service de protection militaire ainsi que l’Office fédéral de protection de la constitution.

En effet, il a de nouveau exprimé sa défiance envers les autorités autrichiennes. L’Autriche aurait pu utiliser à mauvais escient des informations secrètes qu’elle reçoit de pays partenaires comme l’Allemagne et les transmettre à la Russie.

Lors d’une perquisition l’an dernier au sein de l’Office fédéral autrichien de protection de la constitution et de la lutte anti-Terroriste (BVT), des supports de données hautement sensibles ont été saisis. Il s’agissait par exemple d’informations sur les extrémistes de droite.

Une copie de la base de données  « Netzwerk Neptun » (Réseau Neptune) qui selon les informations du WELT AM SONNTAG a également été saisie, revêt une importance particulière pour les services de renseignements étrangers comme l’Office fédéral allemand de Protection de la Constitution. Il s’agit de données secrètes échangées entre l’Autriche et d’autres autorités européennes au cours des années précédentes.

En conséquence, l’Autriche ne joue plus qu’un rôle marginal par exemple dans le Counter Terrorism Group (CTG) du Club de Berne (regroupement informel des services de sécurité et de renseignements des Etats membres de l’UE, la Suisse et la Norvège) : l’Autriche ne fait plus partie du réseau de distribution officiel où les informations sont échangées. Une participation de l’Autriche est maintenant toujours vérifiée.

Une Commission d’Enquête en Autriche a indiqué clairement que le ministre autrichien de l’intérieur, Herbert Kickl, FPÖ, extrême droite, était en grande partie responsable des perquisitions au sein du BVT. Des représentants du parti du ministre de l’intérieur entretiennent des contacts étroits avec la Russie. Les services secrets européens craignent que leurs informations secrètes aient déjà atterri à Moscou.

Cette information de l’hebdomadaire dominicale WELT AM SONNTAG tombe au même moment que l’affaire Ibiza qui a valu la démission du vice-chancelier du FPÖ, parti d'extrême-droite, Heinz-Christian Strache, rendue publique par 2 autres médias, l’hebdomadaire der SPIEGEL et le quotidien SUEDDEUTSCHE ZEITUNG : une vidéo tournée à Ibiza le montrant en train de négocier des marchés publics en échange d’avantages financiers et politiques avec une femme se présentant comme la nièce d’un oligarque russe. Il y discute également la possibilité pour l’investisseur russe de prendre le contrôle d’un quotidien populaire autrichien afin de soutenir le FPÖ et évoque la stratégie de contrôle des médias du Premier ministre hongrois, Viktor Orban.

Si le scandale d’Ibiza a conduit à la démission du Vice-Chancelier autrichien d’extrême-droite, c’est sans doute, mais ce sera à vérifier, celui des services secrets qui a conduit à des élections législatives anticipées début septembre 2019 lesquelles ont été décidées par le Président de la République, Alexander Van der Bellen, qui a perdu sa confiance dans une partie du Gouvernement. 

Mais depuis, la pression a tellement monté contre le ministre de l'intérieur autrichien que le chancelier Sebastien Kurz a proposé au President de la Republique la démission du ministre. Par consequent, les ministres du Parti d'Extrême droite ont décidé tous de démissionner de sorte que leurs ministères sont remplacés par des experts. Le President de la Republisue reçoit tous les partis, dont l'opposition. 

Mais le parti d'extrême droite et le parti socialiste veulent faire chuter le nouveau gouvernement en lui enlevant leur confiance. Dans ce cas, la constitution prévoit la dissolution du parlement par le President de la Republique. Bref les élections risquent d'avoir lieu avant l'été.

Quels en sont les enseignements?

Il est important que les médias se lancent vraiment dans des enquêtes comme celles-ci afin de démanteler cette extrême droite dont le but est de détruire l’Europe. Il est temps aussi que la plupart des partis politiques en France cessent de se tromper d'ennemi, ouvrent les yeux sur ces nationalistes et sur cette internationale populiste qui est entrain de se mettre en place avec les Salvini, Bannon, Orban, Le Pen etc.. et que ces partis les combattent enfin.

L’extrême droite est non seulement anti-démocratique mais aussi systémique, néolibérale et profondément corrompue, pour reprendre les termes du vice-président du Parlement européen, Dimitris Papadimoulis, proche d’Alexis Tsipras.

L’extrême-droite ne doit salir ni notre pays, ni l’Europe.

 

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