Europe Ecologie, hors les murs!

Quel été! Déréglement climatique: inondations sans précédent en Asie, avec 12 millions de sans abris au Pakistan, une forte canicule en Russie où les feux de la tourbière menacent les sites nucléaires, ce qui montre combien la sortie du nucléaire est urgente. En France, la réforme des retraites en perspective qui touchera les plus pauvres; l'affaire Bettencourt-Woerth, où il est question de milliards, de conflit d'intérêts dans lequel trempe l'UMP, alors que nous vivons une crise sociale, économique et écologique profonde. Embourbé dans ses réformes antipopulaires qu'il tente de faire passer enforce, comme celle des retraites, la réforme des collectivités locales etc.., le Président de la République, affaibli, au plus bas dans les sondages, a recours aux méthodes nauséabondes qui rappellent la période la plus sombre du XXème siècle, "des prises de position inconnues depuis Vichy", souligne Stéphane Hessel. En effet, Sarkozy, dans son dicsours de Grenoble, lance ses anathèmes sur les migrants, faisant le lien entre insécurité et étrangers. Il persiste et signe en stigmatisatt les gens du voyage, en brandissant la menace de déchéance de la nationalité française. Le ministre de l'industrie, Brice Hortefeux, fait intervenir la police eentre autres dans les villes de banlieue pour chasser les gens du voyage, comme à Choisy le Roi, à Saint Denis, à Montreuil, cette police qui ose mettre les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre.
Pour masquer l'échec de la politique sécuritaire de Sarkozy, Christian Estrosi, Ministre de l'industrie, s'attaque aux élus locaux, il veut punir les maires "laxistes", alors que ceux-ci ne ménagent aucun effort pour venir en aide à leur population, aux quartiers, face à un gouvernement qui réduit les moyens des collectivités locales et pratique la politique du tout répressif.
N'oublions pas que l'existence même d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale avec à leur tête successivement Brice Hortefeux et Eric Besson, les expulsions des sans-papiers et - n'en déplaise à certains - la loi sur la burqa, font partie du lot de cette politique répressive d'une rare violence.
L'Autorité publique, avec de tels projets et déclarations, en surfant sur la misère, alimentent la xénophobie.
La presse et les pays étrangers montrent du doigt la politique xénophobe de l'Etat français. Le comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale a dénoncé la "recrudescence notable du racisme". Rappelons que les membres de ce comité sont des experts et que l'expert américain n'a pas été tendre pour la France, de même que le New York Times.
Dany Cohn-Bendit a raison de dire que la droite allemande ne joue pas cette carte-là. En effet, La classe politique allemande dénoncerait sans doute à l'unanimité un tel discours s'il était tenu, quand on connait le destin des Roms et des Juifs sous le national-socialisme. Par ailleurs, l'Allemagne fait un travail inlassable sur l'analyse de cette époque sombre. L'un des grands symbôles fut le geste de Willy Brandt de s'agenouiller, en 1970, devant le monument du Ghetto de Varsovie.
La France, quant à elle, a un problème: Quid de son analyse sans merci de Vichy et de l'époque coloniale? Le lepénisme s'est quand même constitué à partir de la "fin de l'Algérie française". La haine du migrant et la déchéance de la nationalité française sont les composantes du lepénisme. Oui, le pouvoir rivalise avec le Front National.
Ce sont les plus fragilisés, les habitants des quartiers, des banlieues, qui sont les principales victimes de cette politique sociale, économique et sécuritaire insoutenable, de division, menée par le Président de la République.
Alors, oui! Il y a urgence! Ce tout jeune XXIème siècle est traversé par une période de régression. Une droite dure dirige la France. Les partis traditionnels de gauche en France ont failli, ils sont restés dans leur fonctionnement du XXème siècle. Le Parti socialiste, jusqu'à ce jour, montre qu'il se pose, comme toujours, davantage en parti d'alternance que d'alternative. Le parti communiste est décomposé. Le NPA se confine dans la protestation en attendant le grand soir. C'est la triste réalité, alors que la période est dangereuse.
En effet, la question qui se pose en ce moment est la question démocratique de laquelle découle toutes les autres et ce, dans son sens le plus large. Et ça, c'est la mission des écologistes. J'ai vécu à Berlin pendant 18 ans, et donc avant, pendant et après la chute du mur de Berlin avec tout ce que cela signifie: avec à l'Est l'émergence des mouvements citoyens, l'Alliance 90 (Bündnis 90), qui a fusionné avec les verts, avec les forces réformatrices au sein de l'ex parti communiste de la RDA qui amorçait une analyse du stalinisme. En dépit de tous les défauts que la réunification allemande a renfermé, l'ensemble de ces partis et mouvements cités, en y ajoutant le parti social démocrate, le SPD, des personnalités de la CDU,et bien sûr les Verts, a su mettre en avant la question démocratique.
Ceci explique aussi aujourd'hui pourquoi les Chrétiens démocrates allemands ne peuvent pas se permettre d'agir comme Sarkozy. La gauche traditionnelle française n'a pas tiré les leçons de ce souffle démocratique qui est venu de la chute du Mur de Berlin, de la révolution de velours en Tchécoslovaquie avec Vaclav Havel.
Quand nous disions à l'époque au moment de la création du mouvement des Refondateurs en 1990 "Décidément l'époque nous demande d'être inventifs"; quand les gens qui soutenaient à l'Est de l'Europe la politique de Gorbatchev soulignaient: "le monde est complexe et contradictoire et chaque être est différent"; quand on pouvait entendre à Berlin: "le mur est tombé, mais il est toujours dans les têtes", cela voulait dire: briser les murs, ouvrir, ouvrir, respirer, rêver!
Tout ceci est d'une actualité brûlante aujourd'hui. Europe Ecologie peut être quelquechose de formidable et doit l'être.
Le projet et la campagne des Européennes l'ont montré. Je m'arrêterai sur les Européennes, car le projet et le programme des Régionales en découle.Nous avions un véritable projet européen alternatif à la crise: Changer pour protéger, protéger pour changer, conversion écologique de l'économie, incontournable aujourd'hui, Bruxelles de l'emploi etc... Il ne s'agissait pas d'avoir une ligne qu'il fallait suivre, mais bien d'un cadre dans lequel on s'autogérait. Donc de l'initiative, donc de l'ouverture. Nous avons su mettre en pratique la devise de Patrick Viveret: "Construisons nos désaccords pour faire de nos différences un atout". La rencontre Dany Cohn-Bendit - José Bové sur le Traité de constitution européenne en fut l'exemple. C'était une réponse cinglante à la gauche radicale qui a su très bien la sortie du nucléaire". Ce qui s'est passé en Russie ne peut que nous alerter.
Oui, brisons les murs. Europe Ecologie, Hors les Murs!

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