Allemagne, des leaders de die LINKE disent Oui! Nous sommes Européen*ne*s

Ils/elles sont des figures de la gauche allemande, mettent en garde la gauche européenne et leur propre parti contre des positions anti-européennes qui ressembleraient à celles des populistes. Il s'agit pour eux de protéger l'Europe de la destruction par Le Pen, Salvini, Strache etc en s'appuyant sur la tradition du projet de paix européen, en tant que grand projet culturel

Les signataires de cette tribune en vue des élections européennes sont: Gregor Gysi (Président du parti de la gauche européenne) ; Gabriele Zimmer (Présidente du groupe GUE / NGL au Parlement européen) ; Klaus Lederer (Sénateur de la culture et de l'Europe du Land de Berlin); Stefan Ludwig (Ministre de la justice, de l'Europe et de la protection des consommateurs du Land de Brandebourg) ; Benjamin-Immanuel Hoff (Ministre de la culture, des Affaires fédérales et européennes de l'Etat libre de Thuringe

Je vous en livre une traduction:

"De plus en plus de gens s'opposent avec des voix toujours plus fortes aux nationalistes d'extrême droite qui cherchent à défaire l'union européenne. C’est pourquoi nous invitons également à réfléchir sur la crise de l'Europe, ainsi que sur la façon dont l'Europe est aujourd'hui à la fois unie et divisée. Nous entendons par là, l'Union européenne comme institution dont l'impact fondateur et actuel repose principalement sur l'action humaine en tant que telle, sur les personnes qui se rencontrent, qui vivent ensemble dans leur diversité et qui apprennent à se respecter mutuellement. Elles suivent des idées très différentes concernant l’intégration européenne.

Dans nos réflexions, nous nous référons au Manifeste de Ventotene, écrit à l'époque la plus sombre du siècle dernier par des prisonniers politiques italiens déportés sur l'île [de Ventotene]. Le Manifeste ne voit la chance d'instaurer une paix durable en Europe que si les États-nations hostiles sont dépassés et en arrivent à la conclusion que les conditions d'une telle paix ne peuvent être garanties que dans une Europe socialiste. L'objectif doit être une Europe, une Union européenne, dans laquelle les citoyens vivent ensemble de façon solidaire et en paix, où chacun peut jouir de droits, vivre en harmonie avec la nature et l'environnement et agir démocratiquement à l'organisation de l'Union européenne. Il s'agit des règles minimales et des droits au niveau social et écologique, il s'agit du vivre ensemble dans la paix entre pays voisins au sein de l'UE, de la façon dont nous agissons à l'échelle mondiale en tant qu'UE. C'est dans cet esprit que nous misons sur la force de changement à travers des centaines de milliers de personnes fatiguées d'être repoussées par les populistes, les nationalistes et les égomaniaques dans un passé marqué par les guerres, la destruction et les nationalismes.

Les élections européennes de mai revêtent une importance capitale compte tenu de la décision de la Grande-Bretagne de quitter l'UE et de l'échec des négociations entre l'UE et la Grande-Bretagne, du développement dramatique des forces nationalistes et d'extrême droite, des fractures sociales grandissantes au sein des États membres de l'UE et entre eux. Dans quelques semaines, les citoyens ne se prononceront pas uniquement avec leur bulletin de vote sur la composition du nouveau Parlement européen.  Ils influenceront également la voie que prendra l'UE. Il ne s'agira ni plus ni moins que de l'avenir même de l'Europe.

La question est la suivante : l’UE  se désintègre-t-elle dans un club d’Etats reposant exclusivement sur les égoïsmes nationaux et qui en cas de doute quitteront l'UE ? Ou est-ce une communauté capable et prête à travailler à un ordre de paix européen, contre la protestation énergique des nationalistes ?

La fin du différend de plusieurs décennies entre la Grèce et le nord de la Macédoine sur la question du nom, est actuellement un exemple tout aussi convaincant que le grand espoir que beaucoup de personnes placent dans l’UE comme force protectrice pour la paix sur l’île irlandaise et la préservation de l’accord du vendredi saint [ou accord de paix pour l'Irlande du Nord] dans toutes ses composantes.

L'UE est issue de la Communauté économique européenne (CEE).

Les institutionnalistes qui préconisaient l'intégration économique de l'Europe dans la sphère économique étaient confrontés à des fonctionnalistes visant le libre-échange et le moins d'institutions supranationales possible. L’accent mis sur les intérêts économiques a toujours fait partie de l’ADN de l’Union européenne et a miné sa légitimité aux yeux de ses citoyens. Aussi, l’avenir du projet européen n’est pas le repli sur les politiques nationales, qui ne garantit pas moins d'objectifs économiques pour les gouvernants, il réside dans la lutte pour une Europe sociale, pour l’Union sociale européenne et pour une Europe écologique durable, socialement responsable.

En 2009, le Parlement européen a obtenu plus de droits. Son rôle vis à vis des autres institutions a grandi. Le Parlement et le Conseil exercent conjointement les fonctions législative et budgétaire.  Il exerce des fonctions de contrôle politique conformément aux conditions prévues par les traités. Ce parlement est le seul organe directement élu de l'Union européenne.  Sinon, il n'y a pas d'institution supranationale de ce type dans le monde.  Le Parlement européen est le lieu où d'importantes décisions sont prises pour déterminer si l'UE emprunte la voie d'un ordre de paix et d'une union sociale. Afin qu'il s’acquitte encore mieux de cette tâche, il faut lui donner le droit de prendre des initiatives législatives et le renforcer par rapport au Conseil européen.

Quel progrès ce serait, si les initiatives émanant directement du Parlement étaient prises à la majorité des députés élus par leurs citoyens ! Ensuite, les gouvernements des États membres seraient directement mandatés pour enfin adopter une nouvelle réglementation sur le règlement de Dublin, décider du cadre d'une directive de l'UE sur le revenu minimum et d'autres minimas sociaux et écologiques.  Tout ceci montre à quel point les élections au Parlement européen sont importantes - et pourquoi nous faisons campagne pour que toutes et tous fassent usage de leur droit de vote. 

Par ailleurs, les valeurs et les mérites de l'Union européenne sont de plus en plus remis en question et minés de l'intérieur. Nous vivons des tendances à la renationalisation [des politiques européennes] et à la désolidarisation, à la conversion autoritaire de la démocratie et à un recul culturel. La démocratie illibérale n'est pas une démocratie et ne doit pas être tolérée.

 Il ne s’agit plus seulement du fonctionnement des institutions de l’Union européenne, mais bien davantage de la manière dont nous, Européen*ne*s, voulons vivre ensemble et dans nos pays respectifs. Au regard de cette question d'avenir, nous disons clairement : Oui, nous sommes Européen*ne*s! C'est pour nous un engagement - et un devoir.  Nous voulons que tous les gens sur notre continent puissent dans vivre la paix, la sécurité sociale, la liberté individuelle et dans une écologie durable.

Cela exige des réformes et des changements profonds dans l'Union Européenne. De plus, un nouveau type de conscience politique est nécessaire : une Europe de justice sociale et aux conditions de vie comparables partout dans l'UE.  Car seule l’Union européenne elle-même est la clé pour résoudre les multiples problèmes sociaux, politiques et écologiques de notre époque. Dans un Parlement européen où les populistes nationalistes, les extrémistes de droite, les partisans de concepts économiques néolibéraux et les purs et durs du libre-échange seront probablement plus forts que jamais, nous autres socialistes démocrates à vocation européenne, nous nous engageons clairement et sans équivoque et prenons position : Oui, nous sommes Européen*ne*s et nous le restons.

Nous avons de bonnes raisons pour cela :

I. L’Europe est plus que la simple coïncidence où des pays petits et grands se trouvent côte à côte avec une histoire marquée en partie par l'hostilité et les guerres, en partie par l'esprit d'ouverture et l'amitié. L'Europe c'est plus que cela :

   - parce que nos pays coopèrent depuis des décennies et mettent l'accent sur des relations d’amitié ;

   - parce que nos sociétés sont fondées sur des valeurs communes : éducation, droits humains, séparation des pouvoirs, Etat de droit et État social, démocratie, liberté et solidarité, écologie durable, diversité et tolérance ;

Parce que l'intégration économique en particulier - pas seulement grâce à l'euro et pas seulement en faveur des banques et des multinationales, a fait de grands progrès.

Là où le monde est sur le point d'en devenir un autre à bien des égards, l'Europe et l'UE ne peuvent rester comme elles ont toujours été. Il est beaucoup question aujourd'hui d'une crise de l'UE. Nous y voyons aussi quelque chose d’autre : le début de la transition vers quelque chose de nouveau dans l'UE, vers une UE renouvelée. L'UE a toujours été une communauté économique prometteuse quant à la prospérité et en même temps une communauté de valeurs. Maintenant les valeurs sont mises à mal par le renforcement des forces conservatrices et populistes et national-conservatrices qui présentent même des gouvernements. Dans ce cas, des mesures doivent être prises activement et de façon cohérente même contre des gouvernements d'Etats membres. Ici l'Allemagne en tant qu'Etat membre le plus peuplé et première économie a un rôle politique central qui n'a pas été suffisamment rempli jusqu’ici. 

II. Le nouveau départ pour l'Europe aura une orientation claire et doit avoir :

Plus d’Europe !

1. L'Union Européenne est un projet de Paix - ne serait-ce que par son existence, les conflits entre les puissances économiques concurrentes parmi les Etats membres ne sont plus résolus par la force des armes. Cependant, sa seule existence n'a pas été en mesure d'exclure des conflits violents tels que la crise ukrainienne actuelle ou les guerres des Balkans des années quatre-vingt-dix. Cependant, il existe des mécanismes politiques liés à l'UE, avec lesquels de tels conflits ont pu être limités ou bien avec lesquels on peut travailler à les résoudre. L'Allemagne a joué et joue un rôle important dans ce processus et ce, précisément parce que des approches fondées sur la politique européenne ont été recherchées et parce qu'on était et qu'il est clair pour toutes les parties que l'Allemagne seule n'aurait rien pu faire.

Mais dans un monde en croissance constante, le renforcement des frontières extérieures et une présence militaire accrue font partie du problème et non de la solution.

2. L'Union européenne est issue d'une communauté économique et s'est développée en une union économique et monétaire. Nous avons toujours critiqué le manque d'union sociale. Aujourd'hui beaucoup d'autres forces et courants politiques dans l'Union européenne voient les choses également ainsi. Nous sommes parvenus à ce qu'un pilier social de l'Union européenne commence à émerger. Le processus est loin d'être terminé, mais c'est le début de quelque chose, dont nous avons un besoin urgent. Les réglementations transnationales telles que d'une part la création d'un fonds de solidarité, grâce auquel en cas de crise les systèmes sociaux et d'allocations-chômage d'un pays en crise peuvent être soutenus et renforcés et d'autre part la mise en place d'une assurance-chômage européenne à laquelle tous les groupes sociaux y compris les chefs d'entreprises, les fonctionnaires et les indépendants peuvent cotiser, peuvent dans l'intérêt de tous offrir plus de sécurité sociale et en même temps fournir des stabilisateurs macro-économiques, ce dont les différents Etats en situation de crise ne sont plus capables.  Moins il y a de disparités sociales, plus il y a de stabilité européenne à tous les niveaux. Les droits sociaux fondamentaux doivent enfin être revendiqués individuellement auprès des tribunaux européens.

3. L’Euro est l’expression la plus visible de la construction européenne. Indéniablement, l’euro n’est pas un projet de gauche. Il y a de sérieuses erreurs de conception. Cependant, il n’y a plus de voie hors de l’euro, sans que les travailleuses et les travailleurs, les sans-emplois, les personnes vivant dans la pauvreté soient les plus durement touchées. Il existe aujourd’hui des expériences auxquels les politiques responsables ne peuvent se soustraire : la Grèce notamment a beaucoup souffert en cours de route – mais l’austérité ne résout aucun problème. Répartir les moyens selon le principe de l’arrosoir non plus. Il faut sans cesse redéfinir l’équilibre délicat – et on ne peut pas aller dans le sens du dictat de l’austérité.

4. L’Union européenne en tant qu’alliance d’Etats démocratiques qui œuvrent ensemble au niveau de l’économie, d’un pôle social fort et d’une écologie durable est devenu un lieu de désir pour ceux qui fuient la guerre, la violence, la pauvreté et les catastrophes écologiques. En même temps, les nationalistes populistes qui sont au gouvernement dans certains Etats membres ou qui exercent leur influence sur les gouvernements attisent la haine contre les migrants et les minorités au sein de l’UE et misent sur le protectionnisme. La Méditerranée est devenue entre temps un cimetière pour des dizaines de milliers de personnes. Cependant tout ceci ne peut rien changer au fait que l’Europe est depuis longtemps un continent d’immigration et que l’Allemagne est une société d’immigration. Un retour aux réglementations nationales, aux frontières électrifiées et aux murs du 20e siècle n’est plus possible. C’est pourquoi il et d’autant plus urgent de s’engager pour une politique d’asile et de migration solidaire et ouverte. Nous exigeons de l’Allemagne et des autres Etats de l’UE qu’ils contribuent activement au sauvetage en mer de réfugiés en Méditerranée et qu’ils ouvrent les ports aux réfugiés secourus. La volonté de nombreuses villes d’accueillir les personnes sauvées en mer, nous les saluons et les soutenons. Nous exigeons la fin immédiate de toute criminalisation d’initiatives de sauvetage privées. En même temps, nous déclarons nous engager de toutes nos forces pour que deux accords internationaux fondamentaux soient pleinement mis en œuvre et pour redéfinir par conséquent les priorités de l’Europe :

Les accords sur les Objectifs du Développement Durable et sur la lutte contre le dérèglement climatique. L’Union européenne apporterait ainsi une contribution immense à la lutte expressément nécessaire contre les causes de l’exode et des migrations.

5. La République Europe n’est pas à l’ordre du jour actuellement et ce n’est même pas considéré comme réaliste. Néanmoins, elle est pour nous, en tant que socialistes européens, une vision et un objectif de notre action. Plus d’Europe – cela veut dire trouver le juste équilibre entre les compétences nationales et européennes. Démocratisation des institutions et donner aux régions davantage voix au chapitre (en tenant compte de leurs différences entre centres urbains et zones rurales) sont à l’ordre du jour. Nous demandons aux Etats membres et notamment à la République fédérale d’Allemagne d’utiliser la méthode communautaire quant aux décisions importantes et à l’approfondissement nécessaire de l’intégration européenne. La négociation d’accords bilatéraux comme par exemple le pacte budgétaire au niveau intergouvernemental supprime la voix du Parlement européen, la coopération nécessaire entre les parlements des Etats membres et le Parlement européen, bien qu’ils interviennent profondément dans l’organisation de la vie sociale dans l’UE. Nous considérons que faire pression sur la privatisation de services publics pour assainir la dépense publique est antisocial et antidémocratique. Nous en appelons au contraire au renforcement du service public notamment en ce qui concerne les services d’intérêt général et l’alignement vers le haut des conditions de vie dans les Etats membres.

6. Mais plus d’Europe signifie aussi veiller via des réglementations fiscales communes coordonnées et effectives à ce que les grand groupes mondiaux et européens ne puissent plus se soustraire à la fiscalité, à ce que les paradis fiscaux soient fermés, à ce que les entreprises les plus grandes et les plus riches contribuent enfin de façon équitable au renforcement du budget public. Les recettes fiscales européennes – qu’elles soient générées par une taxe sur l’énergie ou le plastique ou bien sur les transactions financières déjà envisagées, seraient également importantes car elles approfondiraient l’intégration et seraient des instruments financièrement et politiquement pertinents. En lien avec la création d’une union de transfert solidaire dans la zone euro, une politique européenne industrielle qui vise à la transformation sociale et écologique, à des fonds d’investissements solidaires orientés vers l’avenir ou aussi à une assurance chômage européenne conduirait à davantage de cohésion et de capacité d’action au sein de l’UE. Pour faire avancer l’intégration, la majorité qualifiée devrait être de plus en plus utilisée en tant que format de décision.

Pour familiariser les jeunes à la diversité de l’Union européenne et à la valeur de cette diversité, des mécanismes tels que la garantie contre le chômage des jeunes, la garantie contre la pauvreté des enfants devraient être mis en place et disposés de ressources financières, permettant de renforcer le programme Erasmus et le billet Inter rail.

7. L’Allemagne de l’Est en Europe

L’Allemagne de l’Est et ses Länder sont solidement ancrés dans les structures de l’Union européenne et participent – avec un succès notable – aux processus d’organisation de l’Union européenne, que cela soit à Potsdam, Erfurt, Berlin. L’Allemagne de l’Est est également l’intersection d’importants corridors de transports européens. Il ne s’agit pas ici seulement de voies ferrées ou de routes mais également de voies navigables et d’un potentiel de développement considérable le long de ces corridors.

Les décisions européennes déterminent également les conditions de vie des habitants de l’Allemagne de l’Est directement et en nombre croissant. Les réglementations assurent de diverses façons la sécurité des consommateurs. Les subventions de l’UE ont apporté et continuent d’apporter une contribution inestimable à la stabilisation et àla phase de refondation et de reconstruction depuis 1989/90 ainsi qu’à la pérennité en général.

Les fonds de l’UE continuent à jouer un rôle central ici – pour ce qui est du volume et qui vont dans le même sens. C’est ce que nous avons à l’esprit lorsque vis-à-vis de l’UE nous prenons en considération les intérêts des Länder où nous disposons de ministres responsables.

8. L’Union européenne est en danger, mais l’intégration européenne doit être sauvée pour la paix, pour la régulation de l’économie européenne et pour les jeunes générations. C’est pourquoi l’UE doit être organisée clairement de façon solidaire, démocratique, socialement équitable, durablement écologique et maintenir son engagement en faveur de la paix, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Gregor Gysi (Président du parti de la gauche européenne) ; Gabriele Zimmer (pPrésidente du groupe GUE / NGL au Parlement européen) ; Dr. Klaus Lederer (Sénateur de la culture et de l'Europe du Land de Berlin) ; Stefan Ludwig (Ministre de la justice, de l'Europe et de la protection des consommateurs du Land de Brandebourg) ; Benjamin-Immanuel Hoff (Ministre de la culture, des Affaires fédérales et européennes de l'Etat libre de Thuringe)"

 

 

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