mot de passe oublié
1 euro 15 jours

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Accédez à l'intégralité du site en illimité, sur ordinateur, tablette et mobile à partir d'1€.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart sam. 1 oct. 2016 1/10/2016 Dernière édition

Euromaidan n'est pas un mouvement extrémiste, mais libéral

La Heinrich Böll Stiftung, Fondation des Verts allemands, a publié sur son site, le 20 février dernier, la réaction collective d'experts ukrainiens sur les questions de l’extrême droite, qui mettent en garde contre une mise en valeur exagérée d’éléments d’extrême droite au sein du mouvement Euromaidan de Kiev, ce qui est non seulement trompeur, mais éveille l’impression que la protestation ukrainienne est manipulée par des forces d’extrême droite.

La Heinrich Böll Stiftung, Fondation des Verts allemands, a publié sur son site, le 20 février dernier, la réaction collective d'experts ukrainiens sur les questions de l’extrême droite, qui mettent en garde contre une mise en valeur exagérée d’éléments d’extrême droite au sein du mouvement Euromaidan de Kiev, ce qui est non seulement trompeur, mais éveille l’impression que la protestation ukrainienne est manipulée par des forces d’extrême droite.

Euromaidan Kiev n'est pas un mouvement de masse extrémiste, mais un mouvement de masse libéral de désobéissance civile.

Nous sommes un groupe de spécialistes des sciences sociales et humaines, qui traite de l'identité nationale ukrainienne et qui se compose de la plupart des rares experts sur la droite radicale ukrainienne post-soviétique. Plusieurs d'entre nous publient dans des revues spécialisées s'y rapportant, d'autres sont dans des organisations gouvernementales et non gouvernementales, chargés d'observer et d'analyser la xénophobie en Ukraine.

Sur la base de notre spécialisation et des résultats de nos recherches, nous sommes conscients des problèmes et des dangers, que contient la participation de groupes d'extrême droite aux mouvements de protestation ukrainiens. Comme nous traitons de ces questions depuis longtemps, nous pouvons mieux évaluer les risques qui y sont liés que beaucoup d'autres commentateurs. Certains de nos rapports critiques sur les tendances nationalistes en Ukraine ont entraîné des répliques furieuses d'ethnocentristes ukrainiens ainsi que de la diaspora en Occident.

Bien que nous soyons critiques par rapport aux actions de droite au sein de l'Euromaidan, nous sommes préoccupés par un phénomène peu réjouissant dans de nombreux medias internationaux sur les récents événements en Ukraine. Dans un certain nombre de reportages et commentaires, le rôle, la place et l'influence de la droite radicale à Kiev sont surévalués voire faussement interprétés. Selon certains medias, le mouvement ukrainien pro-européen est noyauté, porté voire pris en charge par des fanatiques ultranationalistes.  Certains commentaires éveillent l'impression trompeuse que les protestations ukrainiennes sont produites ou manoeuvrées par de telles forces. Images choquantes, citations lapidaires, comparaisons sous forme de généralisation, références historiques brutes, tout ceci est en forte demande et accompagné par la mise en valeur disproportionnée d'éléments particulièrement visibles mais de second plan politiquement et ce, dans le cadre de la mosaïque compliquée des différents points de vue et objectifs qui animent des centaines de milliers de manifestants.

La résistance violente et non violente à Kiev est portée par des représentants des courants idéologiques les plus divers et soutenus par des personnes qui ont des difficultés à se ranger clairement dans un camp politique. Non seulement ceux qui protestent pacifiquement, mais aussi ceux qui utilisent des bâtons, des pierres voire des cocktail molotov contre les unités spéciales de la police et les troupes gouvernementales d'intervention, forment un mouvement large et décentralisé. Aujourd'hui, le recours à la violence par beaucoup de manifestants est une réaction à la brutalité croissante de la police et à la radicalisation du régime Janukowitsch. Parmi les manifestants pacifiques et armés se trouvent des libéraux, des conservateurs, des socialistes, des libertaires, des nationalistes, des cosmopolites, des chrétiens, des non-chrétiens, des athées.

On constate clairement, que parmi les manifestants pacifiques et ceux qui font preuve de violence, il y a des extrémistes de gauche et de droite. Le mouvement reflète à certains égards l'ensemble de la population ukrainienne. La forte mise en valeur dans les médias internationaux de la participation des groupuscules d'extrême droite est injuste et trompeuse. Elle a sans doute plus à voir avec des mots d'ordre, des symboles et uniformes radicaux-nationalistes faisant sensation, qu'avec la situation réelle sur place.  .

Nous pensons même que dans certains rapports, notamment ceux des medias proches du Kremlin, la mise en valeur exagérée des éléments d'extrême droite au sein de l'Euromaidan de Kiev n'a pas pour base des motivations antifascistes. Au contraire, ces rapports sont paradoxalement l'expression d'un nationalisme impérialiste, il s'agit dans ce cas ici de la variante russe. En discréditant volontairement l'un des plus grands mouvements de masse de désobéissance civile dans l'histoire de l'Europe, les médias russes offrent un prétexte pour l'ingérence politique de Moscou, voire si possible pour une future intervention militaire de la Russie en Ukraine, comme ce fut le cas en 2008 en Géorgie.  (1).

Face à ces risques, nous demandons aux commentateurs, notamment ceux de gauche, d'être très prudents dans leur critique justifiée du camp nationaliste radical  de l'Euromaidan, vu que de tels textes peuvent être facilement instrumentalisés par les technocrates de Moscou, pour mettre en place les projets géostratégiques de Poutine. Des rapports, qui livrent une munition rhétorique en faveur de la lutte que mène Moscou contre l'indépendance de l'Ukraine, des rapports qui soutiennent sans le vouloir une force politique qui représente un danger bien plus grand pour la justice sociale, les droits des minorités et l'égalité politique, que tous les ethno-nationalistes ukrainiens réunis.

Nous demandons par ailleurs aux commentateurs occidentaux, de bien avoir à l'esprit la situation particulière de la nation ukrainienne et de prendre en considération la situation compliquée de cet Etat encore jeune et fragile, qui fait face à une sérieuse menace extérieure. La situation instable du pays et les énormes difficultés quotidiennes d'une société de transition produisent toute sorte de points de vue, de comportements et de discours destructeurs et contradictoires. Un soutien du fondamentalisme, de l'ethnocentrisme et de l'ultranationalisme a parfois davantage à voir avec toute cette confusion qui dure et avec les soucis quotidiens que rencontrent les gens vivant dans de telles conditions, qu'avec des convictions profondes.

Enfin, nous demandons à ceux que l'Ukraine n'intéresse pas vraiment ou qui n'ont pas beaucoup de connaissance sur ce pays, de ne pas se lancer dans des commentaires sur les conditions politiques confuses de cet Etat en transformation, sans avoir fait des recherches approfondies au préalable. Bien que nous soyons des spécialistes, certains parmi nous luttent chaque jour, pour interpréter de façon adéquate la radicalisation politique qui se développe et la paramilitarisation du mouvement de protestation ukrainien. Vu le développement de la violence gouvernementale, qui peut être décrite comme terreur d'Etat contre la population ukrainienne, il y a de plus en plus d'Ukrainiens très simples ou d'intellectuels de Kiev qui considèrent que la résistance pacifique est entre temps devenue sans effet, même s'ils la préfèrent. Les reporters qui ont les moyens, le temps et l'énergie nécessaires pour cela, devraient visiter l'Ukraine et/ou s'approprier un savoir correspondant aux thèmes mentionnés. Ceux qui ne le peuvent pas, doivent concentrer leur attention sur des thèmes avec lesquels ils sont le plus en confiance, moins compliqués. Ceci pourrait contribuer à ce que puissent être évités dorénavant les clichés, erreurs et interprétations erronées, que l'on rencontre souvent dans les discussions en occident sur la situation en Ukraine.

--

(1)  Plus d'infos sur le blog d Anton Schechowzows aufschlussreichem Blog  sur les activités d'institutions, liens proches du kremlin „Pro-Russian network behind the anti-Ukrainian defamation campaign“. Il y en a certainement plus.

--

LES SIGNATAIRES

Iryna Bekechkina, Institut de sociologie de l'académie nationale des sciences, Ukraine. Domaine de recherche: les comportements politiques en Ukraine
Tetiana Besruk, Mohyla-academie, Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: L'extrême droite en Ukraine
Olexandra Bienert, PRAVO. Groupe de Berlin pour les droits humains en Ukraine, Allemagne. Domaine de recherche: Racisme et homophobie en Ukraine.
Maksym Butkevytch, „No Borders!“-Projet du centre d'action social de Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: la xénophobie dans l'Ukraine postsoviétique.
Vitaly Chernetsky, University of Kansas, USA. Domaine de recherche: Culture ukrainienne et russe d'aujourd'hui dans le contexte de la mondialisation
Marta Dyczok, Western University, Canada. Domaine de recherche: Identité nationale, mass medias et conscience historique en Ukraine
Kyrylo Galouchko, Institut d'histoire ukrainienne, Ukraine. Domaine de recherche: le nationalisme russe et ukrainien
Olexis Haran, Mohyla-Academie de Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: Les partis politiques ukrainiens.
John-Paul Himka, University of Alberta, Canada. Domaine de recherche: Participation de nationalistes ukrainiens à l'Holocaust
Ola Hnatiuk, Université de Varsovie, Pologne. Domaine de recherche: Tendances de droite en Ukraine
Jaroslav Hryzak, Université ukrainienne catholique de Lviv, Ukraine. Domaine de recherche: le nationalisme historique ukrainien
Adrian Ivakhiv, University of Vermont, USA. Domaine de recherche: les groupes religieux-nationalistes dans l'Ukraine post-soviétique
Valeri Chmelko, Institut international de sociologie de Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: structures ethnonationales dans la société ukrainienne.
Vachtang Kipiani, „Istorytschna pravda“ (www.istpravda.com.ua), Ukraine. Domaine de recherche: le nationalisme ukrainien et Samizdat
Volodymyr Kulyk, Institut d'Etudes politiques et ethniques, Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: Nationalisme, identité et médias en Ukraine.
Natalia Lazar, Clark University, USA. Domaine de recherche: Histoire de l'Holocaust en Ukraine et en Roumanie
Viacheslav Lichatchiev, Congrès juif euro-asiatique, Israël. Domaine de recherche: Xénophobie ukrainienne et russe
Mychaïlo Minakov, Mohyla-Academie de Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: modernisation politique russe et ukrainienne.
Michael Moser, Université de Vienne, Autriche. Domaine de recherche: Langues et identités en Ukraine
Bohdan Nahaylo, ancien membre du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU, France. Domaine de recherche: Tensions ethniques en Europe de l'Est et dans la CEI
Volodymyr Paniotto, Institu tinternational de Sociologie de Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: xénophobie post-soviétique
Olena Petrenko, Université de la Ruhr, Bochum, Allemagne. Domaine de recherche: le nationalisme ukrainien pendant la Seconde Guerre mondiale
Anatoli Podolsky, Centre ukrainien d'études sur l'Holocaust, Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: la nouvelle histoire du génocide et de l'antisémitisme.
Alina Polyakova, Université de Berne, Suisse. Domaine de recherche: les mouvements d'extrême droite.
Andreï Portnov, Humboldt-Université Berlin, Allemagne. Domaine de recherche: Nationalisme ukrainien, polonais et russe contemporain
Youri Radtchenko, Centre de relations inter-ethniques, Charkiw, Ukraine. Domaine de recherche: le nationalisme ukrainien pendant la Seconde Guerre mondiale
William Rich, Georgia College, USA. Domaine de recherche: Idées et politue nationaliste ukrainienne
Anton Chechovtsev, University College London, Grande-Bretagne. Domaine de recherche: Extrémisme de droite en Europe occidentale et orientale.
Oxana Shevel, Tufts University, USA. Domaine de recherche: Identité nationale ukrainienne et politique du souvenir
Myroslav Shkandry, University of Manitoba, Canada. Domaine de recherche: Le nationalisme ukrainien entre les deux guerres.
Constantin Sigov, Mohyla-Academie, Kiev, Ukraine. Domaine de recherche: Le disocurs post-soviétique sur l' « autre ».
Gerhard Simon, Université de Cologne, Allemagne. Domaine de recherche: Histoire de l'Ukraine contemporaine et politique des nationalités
Iosif Sissels, Union des organisations et communautés juives (VAAD), Ukraine. Domaine de recherche : langage xénophobe et antisémitisme
Timothy Snyder, Yale University, USA. Domaine de recherche : Histoire du nationalisme ukrainien
Kai Struve, Université de Halle, Allemagne. Domaine de recherche : Nationalisme radical ukrainien et l'Holocaust
Andreas Umland, Mohyla-Academie, Kiev, Ukraine. Domaine de recherche : l'extrémisme de droite russe et ukrainien post-soviétique
Taras Vosniak, Magazine „Ji“, Lviv, Ukraine: Domaine de recherche: Vie intellectuelle ukrainienne et nationalisme.
Oleksandr Saïzew, Université ukrainienne catholique, Lviv, Ukraine. Domaine de recherche: le nationalisme ukrainien intégral
Jevhen Sakharov, Groupe de protection des droits humains, Kharkiv, Ukraine. Domaine de recherche: Xénophobie et violence raciste dans l'Ukraine d'aujourd'hui

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

 

nouveau billet sur l’Ukraine

Ukraine peste brune et éléments de langage

dans une tentative de plus en folle, les médias s’efforcent de camoufler la réalité des agressions fascistes en Ukraine et jouent aussi sur des allégations mensongères (Stalinien, Poutinien) pour discréditer ceux qui osent critiquer la politique USA UE et la couverture plus que partiale qui en est faite…..

voir http://blogs.mediapart.fr/blog/jjduch/280214/ukraine-peste-brune-et-elements-de-langage

Construisez l'indépendance de Mediapart

onze euros par mois

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et téléchargez notre application mobile.
Je m'abonne

L'auteur

Francoise Diehlmann

Germaniste, cadre territorial, ex Conseillère régionale d'Ile de France, ex membre du Conseil d'Administration de l'Office Franco Allemand pour la Jeunesse, ex membre d'EELV et de son Conseil fédéral, membre de l'Association France Palestine Solidarité et de l'association Russie-Libertés, militante des droits humains
Gennevilliers - France

Le blog

suivi par 59 abonnés

Le blog de Francoise Diehlmann