Dur réveil après la victoire d'Angela Merkel

Avec ses 41,5%, l'Union Chrétienne Démocrate (CDU) a besoin d'un partenaire de coalition en vue de la formation du gouvernement. Il existe trois possibilités : une grande coalition CDU-SPD, une coalition CDU-Grün et une coalition SPD-Grün-Linke.

Avec ses 41,5%, l'Union Chrétienne Démocrate (CDU) a besoin d'un partenaire de coalition en vue de la formation du gouvernement. Il existe trois possibilités : une grande coalition CDU-SPD, une coalition CDU-Grün et une coalition SPD-Grün-Linke. Pour cette dernière, le SPD et les Grünen ne voulant pas diriger l’Allemagne avec die Linke, la question ne se pose pas, bien que cela soit la seule voie  pour battre Angela Merkel.

Celle-ci a, le lendemain de l'élection, contacté le Président du parti social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel pour des négociations sur une future coalition. Mais, les Sociaux-Démocrates trainent les pieds. Angela Merkel attend. Elle regarde et attend, comme le faisait l'ancien chancelier Helmut Kohl. Et dès que quelque chose bouge, elle se l'accapare.

Il faudra peut-être attendre longtemps pour la formation du Gouvernement

En effet, l'article 39 de la Loi Fondamentale stipule que le nouveau gouvernement doit être formé au plus tard 30 jours après la l'élection, à savoir le 22 octobre 2013. Mais le Président de la République peut demander à l'ancien gouvernement de rester en place pour expédier les affaires courantes, aussi longtemps que le nouveau gouvernement n'est pas nommé. Aucune date limite n’est fixée. Si cela était le cas, la situation serait cocasse dans la mesure où les ministres libéraux du FDP resteraient au Gouvernement, alors que le groupe parlementaire du FDP n'a plus de député au Bundestag. En 2005, il a fallu attendre 65 jours avant la formation du Gouvernement. Le record était de 73 jours en 1976.

Vagues de démission

L’élection a provoqué une vague de démissions, tout d’abord chez les Libéraux du FDP. Ce parti n’est plus représenté au Bundestag pour la première fois dans toute l’histoire de l’Allemagne. Aussi, sont président a démissionné.

Pour ce qui est des Grünen, on assiste au retrait des personnalités politiques qui ont façonné l’histoire des Grünen depuis des décennies. Il s’agit de Claudia Roth, Co-présidente du parti et membre des Grünen depuis 1985,  de Renate Künast, membre fondateur des  Grünen, ex ministre et co-présidente du groupe au Bundestag (2005-2009), de Jürgen Trittin, membre des Grünen depuis 1980, ex ministre et l’une des figures les plus connues des Grünen et co-président du groupe des grünen au Bundestag. La direction sortante laisse démocratiquement le champ libre à un changement générationnel et convoque un conseil des Länder pour le samedi 28 septembre. Alors que Cem Özdemir, le co-président sortant du parti, devrait sauver sa tête, de nouveaux visages font déjà leur apparition.

La critique de la campagne est venue principalement du groupe des pragmatiques des Grünen. « On a l’impression que l’actuelle direction des Grünen a vieilli, mais qu’elle n’a pas toujours grandi » déclare Joschka Fischer à l’hebdomadaire allemand, der Spiegel. « Elle a suivi une stratégie qui non seulement n’a pas gagné de nouveaux électeurs, mais qui en plus a rebuté beaucoup de nos électeurs traditionnels. Au lieu de parler d’environnement, de l’Europe, de l’éducation, des familels, nous avons parlé d’impôts et de taxes. C’est une erreur fatale de réduire systématiquement les Grünen à une orientation politique de gauche. C’est ainsi que le Parti a sombré sans pitié dans la concurrence avec le SPD et die Linke ». Le ministre de la transition énergétique du land de Schleswig Holstein, Robert Habeck, exige un nouveau départ qui soit radical après cette débâcle. « En menant une campagne de façon obstinée, nous avons pris les électeurs sceptiques pour des idiots » déclare t-il au Spiegel. « Nous avons pris une image de donneurs de leçons, de petits bourgeois, que nous n’avons jamais voulu être. Les Grünen sont devenus un parti étatique à travers un programme qui pratique l’éducation morale du genre humain ».

Et après

Certes les Grünen n’ont pas encore reçu de coup de fil d’Angela Merkel qui attend sans doute de voir ce qu’il va se passer au sein du SPD. Par ailleurs la CSU bavaroise, le parti frère de la CDU refuse toute coalition avec les Grünen. Cependant, des voix montent en puissance au sein du courant pragmatique des Grünen en vue d’une coalition CDU-Grün. L’eurodéputé Werner Schulz demande à ses amis « d’entrer de façon très sérieuse dans des négociations afin d’aboutir à une coalition CDU-Grün. La CDU n’a jamais été aussi proche de nous qu’aujourd’hui. Je ne vois pas ce qui nous empêcherait de nous réunir ».  Le Ministre-Président du Bade Württemberg, Winfried Kretschmann, appelle à ne pas se fermer à des pourparlers CDU-Grün : « Nous devrions prendre ces pourparlers au sérieux, à condition que la CDU fasse de même ». S’il devait y avoir de telles discussions, Jürgen Trittin a fait savoir qu’il souhaitait y participer. Christian Ströbele, l’ex avocat de la Rote Armee Fraktion et député historique et mythique des Grünen demande pour sa part, que des négociations aient lieu avec die Linke. Mais pour beaucoup, il s’agit avant tout de stabiliser le Parti et de tenir compte du message envoyé pendant la campagne électorale, à savoir « pas de coalition avecla CDU ».

Au SPD, il n’y a pas de démission, mais la situation n’est pas simple. Chacun y va de sa petite chanson sur la grande coalition CDU-SPD. « La balle est dans le camp de Merkel et pas dans le nôtre » déclare Peer Steinbrück, tête de liste du SPD pour les élections au Bundestag. « Il n’y a pas d’automatisme pour une grande coalition CDU-SPD » selon Sigmar Gabriel, Président du SPD.  Mais le ton vient surtout de Hannelore Kraft, Ministre-Présidente du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie qui englobe le bassin de la Ruhr : « 90% de la direction du Parti dans mon Land sont contre une grande coalition » a-t-elle déclaré à la réunion du Comité directeur du parti.  Il n’y a aucune honte pour nous d’aller dans l’opposition ».

Hannelore Kraft est également Présidente du SPD au niveau de ce Land le plus influent d’Allemagne. Dans un procès verbal de la réunion de la direction du SPD du Land de la Rhénaniedu Nord-Westphalie, il est mentionné : « Le SPD n’est pas fait pour donner une majorité à la CDU au Gouvernement ».

Sa position la met en concurrence avec le Président du parti. Sigmar Gabriel tend vers une grande coalition même s’il considère qu’elle ne doit pas être un automatisme. Plus les oppositions à une grande coalition se feront entendre, plus les choses se compliqueront pour lui.

Au sein du parti, on regarde aussi bien en direction de Sigmar Gabriel que d’Hannelore Kraft. La question est de savoir qui donnera le ton dans le parti à l’avenir ?

En effet, la chambre des Länder, le Bundesrat, dispose d’une majorité SPD-Verts à même de bloquer les lois. La coordinatrice de cette majorité au Bundesrat n’est autre qu’Hannelore Kraft. Elle apparaît comme la plus grande adversaire d’Angela Merkel et dispose des meilleures chances pour être la candidate SPD au poste de chancelier aux élections de 2017.

Pour Hannelore Kraft, il serait préférable que le SPD reste dans l’opposition, mais elle ne doit pas s’accrocher à la seule option du refus d’une grande coalition, car si la participation gouvernementale se profilait, ce serait fatal pour elle.

De son côté, le président du SPD, inversement ne doit pas en rester à la seule participation gouvernementale dans le sens d’une grande coalition. Outre les signaux opposés du SPD du land de Rhénanie du Nord-Westphalie, des oppositions massives montent des Länder du Rheinland Palatinat et du Bade Württemberg.

Tout ceci montre la nécessité de connaître l’avis des militants. Comme les Grünen, le SPD opte pour la voie démocratique et convoque pour le vendredi 27 septembre une convention extraordinaire du Parti à Berlin avec 250 délégués pour discuter de la démarche après les élections.

En vue de la convention, Sigmar Gabriel, a déclaré qu’il acceptait d’ouvrir des négociations avecla CDU, mais pose deux conditions pour une partition gouvernementale : la création d’un salaire minimum qui n’existe pas en Allemagne et que le taux maximal des plus hauts revenus passe de 42 à 49%. Ce sont des conditions auxquellesla CDUest fermée.

Les Allemands, ne voulant pas revivre l’instabilité de la République de Weimar liée au manque de majorité, risqueraient d’isoler le SPD si celui-ci contraignait Angela Merkel à la formation d’un gouvernement minoritaire ou à de nouvelles élections. Mais le SPD n’oublie pas non plus qu’au début de la grande coalition en 2005, il disposait de 34% des voix et qu’à la fin il n’avait que 23% des voix.

Voilà où en est le début de l’ère Merkel III

Prochainement, un texte sur la situation de die LINKE.

 

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Pour plus d’infos (en allemand et en français)

Géopolitique de Bernard Guetta du 26 septembre sur France inter : http://www.franceinter.fr/emission-geopolitique-lincertaine-quete-dune-coalition-allemande

http://www.spiegel.de/politik/deutschland/grosse-koalition-intern-loten-union-und-spd-kompromisse-aus-a-924674.html

http://www.spiegel.de/politik/deutschland/spd-gabriel-und-kraft-im-poker-um-die-grosse-koalition-a-924159.html

 

 

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