Robert Habeck, chef des verts allemands, pourrait un jour devenir chancelier

Les Grünen pourraient après les élections en Hesse obtenir le poste de ministre-président, parce qu’ils ne sont plus un parti de la gauche classique, selon Dany Cohn-Bendit, vétéran des Grünen.

Il y a quelques semaines, Daniel Cohn-Bendit avec ses 73 ans était sur le point de prendre une fonction importante. Le président français Emmanuel Macron souhaitait intégrer l'icône de la révolution étudiante parisienne de 68 dans son conseil des ministres, en tant que ministre de l'écologie. Mais "Dany le rouge" aujourd'hui grisonnant a refusé.  « Je ne suis pas l’homme pour un gouvernement, tout le monde ne peut pas et n’est pas fait pour devenir ministre ».

Au lieu de cela, Cohn-Bendit soutient Macron et son parti « En Marche » dans la campagne pour les élections européennes. Mais il ne veut plus se présenter pour le Parlement européen. Non plus en tant que tête de liste. Il a été eurodéputé de 1994 à 2014. « On doit être capable de regarder son âge avec joie et spontanéité ». A la fin de la législature, il aurait 79 ans. A un moment donné, cela suffit.

A la veille des élections en Hesse, il félicite le parti, les Grünen, pour son orientation européenne, libérale de gauche, et pour le fait qu’"ils n’abordent plus le débat politique de façon purement idéologique". Le parti peut gouverner la Hesse aussi bien avec le FDP qu'avec die Linke. L'idée d'un ministre-président des Grünen lui plaît.

Ici la traduction de l'interview avec Dany Cohn-Bendit menée par Philippe Saul et Oliver Das Gupta du Süddeutsche Zeitung (SZ) 

SZ: Monsieur Cohn-Bendit, un demi-siècle après 1968, les Grünen sont devenus la deuxième force la plus puissante en Bavière et un résultat similaire est possible dans ce qui constitue une partie de votre terre, la Hesse. Le parti est-il passé de la gauche au centre ?

Daniel Cohn-Bendit: Bien que les Grünen aient intégré des moments de 68, ils ne se situent pas dans une succession linéaire. Les Grünen ne sont plus un parti de gauche classique, tels qu'ils ont été définis autrefois. Je ne dirais pas qu'ils sont au centre. La façon dont ils se positionnent est correcte: ils sont libéraux de gauche, écologistes et européens. Sur le flanc gauche, certains électeurs veulent une opposition plus radicale. Mais les Grünen ne le sont plus.

SZ : A quoi le voyez-vous ?

DCB : Par exemple, les Grünen ont des positions fondamentalement humanistes sur la question de l'immigration. Ils ne disent pas: frontières ouvertes pour tous, mais ils disent que tout ceci doit être organisé de façon plus ou moins humanitaire et que nous devons définir de façon moderne les critères pour les demandeurs d'asile.

SZ : Pourquoi les Grünen sont-ils si populaires en Allemagne en ce moment?

DCB : Cette situation a commencé avec l’échec des négociations Jamaïka [CDU-FDP-Grünen]. Là, les Grünen se sont révélés être la force prête à tout mettre en œuvre pour parvenir à une nouvelle majorité au gouvernement. Des fragments de la CDU / CSU et le FDP l’ont empêché. Christian Lindner [le chef du FDP] s'est montré totalement incapable de forger une telle action politique.

SZ : Les Grünen étaient heureux de ne pas être considérés comme ceux qui portent la responsabilité de la fin de Jamaïka.

DCB : Surtout, beaucoup ont compris que les Grünen ne sont pas seulement prêts à assumer leurs responsabilités. Ils n’abordent plus le débat politique de façon purement idéologique. Une partie de la CDU se réjouirait d’avoir un gouvernement CDU-Grünen au niveau national. Lors de l'élection bavaroise, les deux têtes de liste des Grünen ont montré qu'elles étaient prêtes à surmonter les obstacles de façon constructive. C'est ce qui a mis en marche cette tendance positive. A cela s'ajoute le fait qu'en Hesse, les Grünen participent déjà à un gouvernement qui fonctionne. Rien n'est parfait avec un gouvernement CDU-Grünen et il y a aussi de grandes difficultés, mais les Grünen sont en mesure de contribuer à la formation d’un gouvernement viable, même si le partenaire est difficile au début.

SZ : Pour une alliance entre la CDU et les Grünen en Hesse, cela ne suffira probablement plus, mais peut-être que Tarek Vert Al-Wazir, des Grünen, pourrait devenir Ministre-Président dans une alliance à trois. Qui est le plus compatible avec les Grünen: die Linke ou le FDP?

DCB : C’est aux Grünen de la Hesse de décider. S’ils devaient être devant le SPD, on devrait à tout prix essayer, sachant que pour le FDP un ministre-président des Grünen serait inacceptable. La confrontation principale avec le FDP est la protection climatique. Il dit toujours que la protection climatique ne doit pas empêcher le développement économique. C’est une fausse déclaration. La protection climatique doit restructurer le développement économique. C’est traditionnellement difficile avec le FDP.

SZ : Qui est le plus proche des thèmes politiques du Land?

DCB : L'intégration des réfugiés et des migrants a très bien fonctionné avec la CDU. Sinon, il s'agit de la régulation de l'aéroport, de la politique scolaire et de la question de l'inclusion. Ce sont des choses qui peuvent être résolues, bien sûr en ciblant les problèmes, avec un gouvernement Grünen-SPD-Linke. C’est notre chance historique de montrer une alternative pour l’Allemagne.

SZ : Le résultat de cette élection peut décider de la façon dont le gouvernement fédéral procédera. Angela Merkel et la Grande Coalition ont-elles encore un avenir ?

DCB : Je suis sceptique. À son ascension, Merkel était conquérante et prête à écarter les autres. Mais l'affaire Maassen a montré qu’elle ne maîtrise plus rien. Et au sein de la GroKo, les deux partis se poseront la question en cas de mauvais résultats électoraux: jusqu'où voulons-nous encore sombrer?

SZ : Que se passera t-il en cas de rupture de la coalition ? Les Grünen tenteront-ils encore une coalition Jamaïca ?

DCB : Une coalition Jamaïka sur la base des résultats des dernières élections du Bundestag ne correspond plus au rapport de forces actuel. C'est pourquoi, il devrait y avoir dans ce cas un gouvernement minoritaire CDU/CSU et, en été, de nouvelles élections en même temps que les élections européennes. Jusque-là, tous les partis ont le temps de réfléchir à la manière de se positionner en termes de contenu et de personnel. Ensuite, on pourra voir ce qu’il sortira des négociations.

SZ : Pour en arriver là, tout dépendra de la force de la performance des Grünen. Vous aimez cet impact des Grünen ?  

DCB : J’aime l’idée que les Grünen puissent avoir un deuxième ministre-président. Parce que ce serait un message au niveau fédéral.

SZ : Quel genre de message?

DCB : Robert Habeck pourrait un jour devenir également chancelier. Ou Annalena Baerboch chancelière. Si les Grünen continuent sur la voie de ces dernières années, la perspective de la Chancellerie n’est plus absurde.

SZ : Les Grünen doivent-ils se développer en grand parti populaire ?

DCB : Pas parce que nous comprenons aujourd’hui par grand parti populaire. Les Grünen doivent être le parti de 20 à 30% des Allemands qui soit le mieux à même de contribuer à résoudre les problèmes existants dans notre société. Quel est le problème central qui se trouve devant nous ? Le changement climatique. Toute personne qui a l'esprit clair reconnaît que nous ne pouvons pas continuer comme ça. Les effets du changement climatique touchent tous les domaines de la vie et donc toutes les politiques. Les Grünen deviendront donc intéressants pour les syndicalistes et les industriels. Ce serait le noyau d'un tout nouveau type de parti populaire.

 

 

 

 

 

 

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