Allemagne : Les "Grünen" incontournables

Les élections régionales du 27 mars 2011 dans deux Länder allemands, notamment celui du Bade Würtemberg confirment qu'autour de la sortie du nucléaire, le premier grand mouvement citoyen naissant depuis la réunification fait entrer les Allemands de façon dynamique dans le 21ème siècle.
Les élections régionales du 27 mars 2011 dans deux Länder allemands, notamment celui du Bade Würtemberg confirment qu'autour de la sortie du nucléaire, le premier grand mouvement citoyen naissant depuis la réunification fait entrer les Allemands de façon dynamique dans le 21ème siècle.

Voici les résultats finaux provisoires pour les élections dans le Bade Würtemberg et le Rhénanie Palatinat

Elections Bade Wurtemberg (capitale Stuttgart). Le Land a toujours été dirigé par les Chrétiens Démocrates

Participation 2011: 66% (+12,6%)

Participation 2007: 53,4%

CDU (Chrétiens démocrates): 39%

SPD (Sociaux-démocrates): 23,1% : leur plus mauvais score

Grünen: 24,2%

FDP (Libéraux): 5,3%

Linke: 2,8%

Divers: 5,6%

Composition du Parlement du Land:

CDU:60

SPD: 35

Grünen: 37

FDP: 7

CDU+FDP: 67

Grünen + SPD: 72

Elections du Land Rhénanie-Palatinat (capitale Mayence)

SPD: 35,7%CDU: 35,2%FDP: 4,2% Grünen: 15,4% Linke: 3,0%

Divers: 6,5%

Composition du Parlement du Land

SPD: 42

CDU: 41

Grünen: 19

CDU: 41

SPD + Grünen: 61

Petite explication sur le système électoral allemand[1]

Le système électoral allemand est difficile à comprendre pour les observateurs étrangers. Chaque électeur dispose de deux voix: la première pour élire un candidat, la seconde pour la donner à un parti. Si le candidat arrivé en tête est automatiquement élu au suffrage uninominal à un tour, sa formation n'aura néanmoins pas plus de sièges que ceux dont elle a droit après la décompte de la seconde voix. Celle-ci reste alors déterminante pour calculer le rapport de forces au sein du Parlement. Toutefois, les grands partis ont très souvent plus d'élus que de suffrages. C'est alors qu'intervient le calcul des "mandats excédentaires" qui doivent rétablir l'équilibre entre les élus directs (1ere voix) et le résultats obtenus au scrutin proportionnel pour chacune des formations (2ème voix). Par exemple, à l'échelon su parlement national, mais c'est valable aussi pour les parlements régionaux: Composé théoriquement de 299 députés élus dans les 299 circonscriptions allemandes auxquels il faut ajouter les 299 députés élus sur une liste, le Bundestag devrait compter 598 parlementaires. En fait, il en accueille plus, soit par exemple 614 depuis 2005.

Ce sont en général les grands partis qui remportent la première voix, sauf die Linke, parce que fortement implanté à l'Est. Mais cette fois-ci lors de l'élection dans le Bade Wurtemberg, les Grünen ont non seulement doublé leurs résultats depuis 2006, mais ils gagnent pour la première fois la 1ère voix dans des villes comme Stuttgart, Mannheim et Fribourg.

Ci-dessous figurent des données intéressantes[2]

D'où viennent les voix des Verts pour l'élection dans le Bade Wurtemberg:

137 000 voix viennent du SPD

88 000 viennent de la CDU

61 000 viennent du FDP

265 000 viennent des non votants

Pourquoi les électeurs ont voté les Verts ?

85 % environnement énergie

25 social

21 % Stuttgart 21

19 % éducation

Remarques

Les Grünen viennent de l'emporter dans le très riche Land de l'Allemagne. Les Grünen font une entrée fracassante dans le Land de Rhénanie Palatinat. Dans le dernier mandat, il n'étaient pas représentés, car en dessous des 5%.

Qui a voté pour les Grünen, selon le tableau ci-dessus: Les voix viennent de tous les partis, notamment du SPD, ce qui montre que le curseur se déplace au sein du couple SPD-Verts. Mais surtout, il vient des abstentionnistes. Il en est de même pour l'élection de Rhénanie Palatinat. Le mouvement contre la nouvelle gare de Stuttgart a su mobiliser de nouvelles catégories d'électeurs, jeunes, souvent faisant partie des couches moyennes, qui n'avaient jamais fait de politique auparavant: la lutte contre ce projet mettait en avant la question environnementale, mais aussi la question sociale: un projet exorbitant dans une période de crise où il n' y a pas d'argent pour les plus démunis, où la réhabilitation des écoles en triste état peut attendre, pouvait-on entendre. Cette mobilisation contre le projet de gare a dépassé le Land du Bade Wurtemberg. Le seul parti qui a été à la hauteur des revendications des gens sont les Grünen, présents dans toutes les actions, manifestations.

Puis il y a eu le mouvement antinucléaire contre le passage des trains "Gorsleben", un mouvement traditionnel mais qui a pris cette année une ampleur sans précédent. Et ensuite, Fukushima a provoqué un électrochoc, ce qui a eu des répercussions contre les positions du Gouvernement Merkel qui il y a quelques mois avait décidé de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires, pour ensuite présenter un moratoire pour les anciennes centrales, moratoire auquel les gens ne croient pas et qui préfèrent qu'on en revienne clairement aux décisions du Gouvernement Schröder-Fischer.

Mais l'Allemagne est un pays où en principe les mouvements spontanés n'ont pas leur place. Or, la semaine dernière via les réseaux sociaux et autres, il a été possible de mobiliser en quelques heures plus de 100 000 personnes à travers toute l'Allemagne pour la sortie du nucléaire, c'est sans doute ce qui a contribué à provoquer le "recul" d'Angela Merkel. Les grandes manifestations pour la sortie du nucléaire ont rassemblé samedi dernier plus de 250 000 personnes. N'oublions pas que l'un des ténors de la manifestation berlinoise avec 120 000 personnes était le président de la grande centrale syndicale allemande (DGB) qui a insisté pour la sortie immédiate du nucléaire, mettant l'accent sur le fait que nous changeons d'époque. Ces actions et mobilisations citoyennes se sont concrétisés dans les urnes dans le BW.

Ce qui est aussi nouveau: on entendait dans le BW, le mot révolution, un mot assez mal vu en Allemagne, peut-être parce que les révolutions en Allemagne ont échoué dans l'histoire.

Conclusion à développer

Mai 68 a eu lieu dans l'ex Allemagne Fédérale, 89 a eu lieu dans l'ex RDA. Ce grand mouvement plus que naissant aujourd'hui, a lieu dans le cadre de l'Allemagne réunifiée. Il s'agit du premier mouvement de grande ampleur, citoyen qui se déroule depuis la réunification et qui permet aux Allemands d'entrer de façon dynamique dans le 21ème siècle..

Françoise Diehlmann

27 mars 2011


[1] « Mieux comprendre l'Allemagne », Gilbert Casasus, Presses du Belvédère

[2] 1ère chaine allemande : ARD

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