#lemur #sophierobert #autisme

La nouvelle de la levée de la censure s'est répandue comme une trainée de poudre.Aux yeux de certains, cela signifie que la justice cautionne le film, alors qu'il s'agit seulement de lui restituer ses droits de projection.

La nouvelle de la levée de la censure s'est répandue comme une trainée de poudre.
Aux yeux de certains, cela signifie que la justice cautionne le film, alors qu'il s'agit seulement de lui restituer ses droits de projection.
En tout état de cause, les adversaires de la psychanalyse vont pouvoir à nouveau se gargariser avec les témoignages adhoc, recueillis dans le but de dénigrer la psychanalyse, et de cautionner les partis pris scientistes désormais classiques, contre celle-ci.

Chacun(e) sait en effet que ce film est un porte-parole des opposants de la psychanalyse - réalisé à partir des mécontentements d'une frange de population - à savoir des parents d'autistes.
Or si les traitements psychanalytiques reçus par de nombreux autistes, se sont révélés inadéquats, voire abusifs, etc...  Cela peut-il ou doit-il servir d'argument pour dénigrer en bloc la psychanalyse, dans le traitement de l'autisme ? Assurément non. Pourquoi ?

Tout d'abord parce que l'autisme est à l'heure actuelle un syndrome se présentant sous des formes diverses et variées.
J'en donnerai pour preuve qu'il y a une trentaine d'années, ce diagnostic était réservé à des patients totalement incapables d'accéder au langage, ce qui n'est plus le cas depuis un certain temps.
Autrement dit, on trouve aujourd'hui des autistes, voire des "anciens autistes" socialisés, menant une vie quasiment normale, alors que dans le passé, ces patients étaient destinés à être accueillis à vie dans des structures spécialisées, et étaient considérés comme des débiles profonds.
C'est dire que l'autisme n'est pas une pathologie unique, simple et toujours identique à elle-même - comme une grippe par exemple - et surtout que face à une pareille diversité, il est présomptueux de penser qu'elle peut se ramener à une seule causalité, ou à un seul type de causalité.

Par ailleurs, quand on sait que dans de nombreuses pathologies psychiques et/ou mentales, il y a clivage précisément entre plusieurs types de causalité, à savoir entre psychologie (psychanalyse, psychologie cognitivo-comportementale, systémique, ethnopsychiatrique)  et biologie, mais encore entre plusieurs branches de la biologie (anatomopathologie, génétique, neuromédiation, etc…), avec les thèses et hypothèses correspondantes suivant les cas, l'idée d'une causalité unique et déterminée une fois pour toutes devient pour le moins sujette à caution.

La réalité est plutôt, comme on le sait, que les thèses psychologiques et biologiques sont souvent complémentaires, et qu'une approche pluriréférentielle est par conséquent nécessaire la plupart du temps, sans que cela permette toujours, du reste, de trancher entre les approches restant à départager.
En tout état de cause, pour tempérer les esprits, rappelons que lorsqu'un trouble psychique a une signature cérébrale, il devient une maladie neurologique, ce qui n'est pas le cas de l'autisme.

A contrario, les succès de la méthode ABA dans l'autisme, corroborent pleinement l'hypothèse que des interventions psychologiques, peuvent avoir un impact positif important dans l'autisme.
Du même coup, ces succès corroborent l'hypothèse qu'une causalité psychologique est possible dans certaines formes d'autisme. Reste à savoir laquelle, ceci suivant les cas, encore une fois.

En outre, quand on sait que la méthode ABA est une méthode cognitivo-comportementale, et que les théories cognitivo-comportementales dérivent directement de la psychanalyse d'une part, et du behaviorisme, d'autre part, la question de savoir si on doit condamner la psychanalyse au motif des échecs en question, devient inepte.

Dans les circonstances présentes, on ne saurait trop rappeler en effet que les pères des psychothérapies cognitives - devenues cognitivo-comportementales par la suite - à savoir Beck et Ellis, étaient des anciens psychanalystes.

En outre, on ne saurait trop souligner que les distorsions cognitives, principaux mécanismes psychiques dysfonctionnels dans les TCC, sont à l'évidence les mécanismes de défense psychanalytiques, reformulés pour la cause en question.

Voilà qui devrait faire réfléchir les "ennemis jurés" de la psychanalyse, un peu moins partiellement et partialement qu'à l'accoutumée…

 

http://www.psychologue--paris.fr/textes/autisme_et_autres_ted_etat_des_connaissances_resume.pdf

 

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