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Billet de blog 15 mars 2020

Ciudadanos, le « cadavre dans le placard » de RenewEurope au Parlement Européen.

Positionné en « défenseur  des valeurs européennes » Renaissance tolère pourtant dans son groupe au parlement de Strasbourg un parti qui a multiplié les pactes avec l’extrême-droite en Espagne.

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Mercredi 5 février, alors que la plupart des européens  connaissent à peine cette région, la Thuringe, province du centre de l’Allemagne, fait irruption dans l’actualité. La raison? Suite aux élections régionales qui se sont tenues le week-end précédent, le candidat du Parti libéral-démocrate (FDP) Thomas Kemmerich  a été élu grâce aux voix de la CDU, parti de la chancelière allemande Angela Merkel, mais aussi grâce à celle de l’AfD, un parti d’extrême- droite ouvertement raciste et xénophobe. Bien que locale, cette nouvelle fait l’effet d’un véritable tremblement de terre. En Allemagne d’abord, mais surtout sur la scène politique européenne où beaucoup se demandent comment un parti appartenant  au groupe des libéraux ( ALDE) , peut en local accepter le soutien de l’extrême droite.

Dans cette avalanche de protestations dont les réseaux sociaux, twitter en tête, sont les principaux relais, la plupart des euro-députés y vont de leur commentaire pour manifester leur réprobation et leur effarement. Parmi ces voix se font évidemment entendre celles des membres de Renew Europe, ( Renaissance en France) le groupe parlementaire du parti présidentiel En Marche au parlement de Strasbourg. Ainsi, Nathalie Loiseau, Guy Verhofstad  et même président du groupe Dacian Ciolos, ils  répondent pratiquement tous présents à l’appel pour dénoncer cette alliance qui va à l’encontre des valeurs européennes qu’ils défendent jour après jour. Une posture louable et méritoire, sauf que…

Sauf que…Les membres de Renew Europe, s’ils sont prompts à condamner, et à juste titre, les pactes avec l’extrême droite en Allemagne se font beaucoup plus discrets quand il s’agit de condamner les pactes et alliances que noue au national Ciudadanos (C's) , le représentant de l’Espagne au sein de leur groupe. 

"Les alliances de C’s avec l’extrême droite ne se limitent pas aux communautés autonomes. Madrid, la capitale espagnole, ou la ville de Murcia,  sont elles aussi dirigées par ces majorités PP/C’s/Vox."

D’autant que pour ce parti ce n’est pas, comme en Allemagne, d’un pacte isolé dans une province méconnue dont il s’agit. Mais bien de deux pactes dans des régions majeures, l’Andalousie  et la Communauté de Madrid ( l’équivalent de l’Ile de France) pour lesquelles Ciudadanos fait partie d’une alliance incluant la Droite (PP) mais aussi l’extrême-droite représentée par le parti Vox. Un parti qui, s’il n’a rien à envier à l’AFD en terme de racisme et de xénophobie, y ajoute l’homophobie, la lutte contre l’égalité homme femme et la minimisation des violences qu’elles subissent, qualifiant régulièrement les militantes  féministes de « feminazis ». En Espagne, les collectifs LGBT et féministes ne s’y trompent pas et les représentants de Ciudadanos à la Gaypride de Madrid le 6 juillet et a la journée mondiale des femmes le 8 mars dernier ont été forcés de quitter sous les huées et les sifflés chacune des deux manifestations par des militants qui les accusent de "blanchir"  l’extrême droite.

Et ce n’est pas tout…Les alliances de C’s avec l’extrême droite ne se limitent pas aux communautés autonomes. Madrid, la capitale espagnole, ou la ville de Murcia,  sont elles aussi dirigées par ces majorités PP/C’s/Vox. Des alliances qui permettent à l’extrême droite d’imposer son agenda et ses problématiques aux conseils municipaux de ces grandes villes et qui lui offrent une tribune au niveau national  comme ce fut le cas pour le « pin parental ». Une proposition défendant le droit des parents à dispenser leurs enfants des activités extra scolaires qu’ils jugent contraire à leur « croyance ». Dans le viseur se trouvent évidemment les ateliers consacrés à la sensibilisation aux violences mysogines, à l'éducation sexuelle, à l’égalité des genres, aux identités LGTB ou encore à l'immigration, autant de sujets que Vox décrit comme de  « l’endoctrinement » de la part de « lobbies ».

 "La direction et les sympathisants de C’s n’ont pas hésité à défiler en février 2019 à Madrid dans le même cortège que le PP mais aussi que Vox et de toute la fachosphère espagnole."

Malgré ses alliances avec Vox, certains journalistes en France continuent à présenter C’s comme un parti « centriste et libéral » ( peut-être parce que comme le Modem sa couleur est le orange…?), mais dans les faits le parti joue depuis longtemps la carte du populisme et du nationalisme espagnol. La même que celle jouée par la droite et l’extrême-droite  dans le conflit qui oppose Madrid à une Catalogne qui, après le « coup d’état constitutionnel » de 2010 contre le vote des Catalans sur leur statut autonomique, veut désormais voter pour son indépendance. Ainsi la direction et les sympathisants de C’s n’ont pas hésité à défiler en février 2019 à Madrid dans le même cortège que le PP mais aussi que Vox et de toute la fachosphère espagnole ( Fondacion Franco, La Falange, España 2000, Hogar Social…etc...) contre la simple évocation de la nomination d’un médiateur entre Madrid et Barcelone par le président socialiste Pedro Sanchez.

Février 2019, après une première alliance en Andalousie les dirigeants du PP, de C's et de VOX manifestent ensemble pour  dénoncer la possible  nomination par Pedro Sanchez d'un médiateur avec la Catalogne .  Une photo qui augure des  nouveaux pactes qui uniront les 3  formations quelques mois plus tard. Photo/AFP

Quant au populisme, qui mieux pour l’incarner qu’Ines Arrimadas fraichement élue nouvelle présidente de C’s et qui a usé ses mandats à multiplier les incidents  au parlement de Catalogne où elle a siégé  jusqu’en juin 2019? Car C’s a très bien compris qu’à l’ère du « Trumpisme » , des "faits alternatifs" et des réseaux sociaux, un mensonge répété et amplifié était la meilleure arme contre ses adversaires politiques. Surtout dans un contexte où la plupart des européens on du mal à appréhender  ce qui se joue en Catalogne et où, España Global, l’outil de propagande de l’état espagnol creuse déjà ce sillon. Le parti a donc développé une stratégie qui consiste à multiplier les sorties médiatiques pour lesquelles il amplifie, déforme ou interprète mal la moindre déclaration ou le moindre fait (quitte a relayer des fake news) dans le seul but de créer des «buzz ». Les indépendantistes catalans, les médias ou le système éducatif de la Generalitat sont ainsi régulièrement les cibles d'attaques infondées de la part  des élus de C’s qui, ironiquement, s’attribuent à chaque fois le rôle de la victime (bien que, dans le cas des médias par exemple, leur représentation sur la chaîne catalane TV3 soit au moins égale à celle des autres partis...). Une posture victimaire résumé par le hashtag « #nonoscallaran » comme si qui que ce soit en Catalogne avait un jour essayé de les censurer. Mais la meilleure illustration de cette stratégie est sans doute la GayPride 2019 à Madrid évoquée plus haut. Conscients que les pactes de Ciudadanos pour la Comunidad de Madrid et la mairie de la ville avec un parti ouvertement homophobe allaient engendrer un accueil "délicat", les organisateurs demandent aux dirigeants du parti de ne pas participer à l'évènement. Ciudadanos, Ines Arrimadas en tête, non seulement maintient sa participation mais multiplie les provocations et ignore les recommandations de police ! Comme prévu, la délégation est obligée de quitter le cortège sous escorte, ce qui donne l'occasion à C's de  multiplier les interviews sur les chaines et radios nationales pour exiger en coeur avec Vox la démission du ministre de l'intérieur. Un ministre coupable selon eux de ne pas avoir su assurer leur sécurité (pourtant jamais  menacée selon les policiers madrilènes) et pour un incident qu'ils ont créé de toutes pièces. Une approche de la politique qui est devenu tellement caricaturale, systématique et répétée  qu’elle a valu au « parti orange » le surnom de « partido del montapollo »  ( les "faiseurs d'embrouilles") de l’autre coté des Pyrénées.

"Comment un parti avec de telles alliances,  peut-il encore appartenir au même groupe parlementaire qu’En Marche à Strasbourg?"

Malgré tout, et même si C’s n’est après tout qu’un énième parti populiste dans le paysage politique européen et qu’il a payé le prix de sa dérive nationaliste en perdant les deux tiers de ses députés aux dernières législatives alors que Vox atteignait  le score historique de 52 sièges (les gens préférant toujours l’original à la copie), on peut se demander comment un parti avec de telles alliances peut-il encore appartenir au même groupe parlementaire que les députés d'En Marche à Strasbourg? 

Que les journalistes français qui ont souvent une connaissance superficielle de la vie politique espagnole n’abordent jamais le sujet peut à peine se comprendre, mais que les membres de RenewEurope, eux, ignorent délibérément les agissements de leurs alliés n’est pas admissible. Les pactes en Andalousie, à la Communauté de Madrid, à Madrid, à Murcia…etc…sont pourtant bien réels, incontestables et toujours en cours!  Alors comment un euro-groupe qui est vent debout face à un pacte honteux en Allemagne tolère-t-il dans ses rangs un parti qui tisse les même alliances avec l’extrême-droite dans son pays? C’est la question à laquelle les euro-députés et notamment ceux de Renaissance doivent répondre au plus vite sous peine de perdre toute crédiblilité et de continuer à passer pour des tartuffes et des hypocrites la prochaine fois qu’ils voudront dénoncer une alliance avec l’extrême-droite.

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