Reconstruire la République !

Ce fut donc le titre de la conférence donnée, mercredi 15 juin, à Maussane-les-Alpilles par Antoine SFEIR, journaliste, écrivain et politologue, dans le cadre du cycle de cinq conférences-débats : « Quelle France dans quel monde ? »

« Reconstruire la République »… en voilà une gageure, un programme… mais quel programme ?

D’emblée, ce titre accrocheur m’avait interpellé, d’autant que je devais donner la réplique à l’orateur qui avait captivé l’auditoire lors de son exposé de lundi : « Comment redevenir citoyen ? »* 

Nous ne nous étions pas concertés, et j’ignorais tout de la teneur de ses propos. Dois-je avouer que j’ai été profondément surpris. Ce n’était, ni plus ni moins, qu’une sorte de programme électoral, un inventaire à la Prévert de mesures à prendre pour empêcher la France et les Français de sombrer encore plus dans les difficultés et la sinistrose.

Je vous en livre quelques-unes en vrac. Suppression de l’impôt sur le revenu - ce qui me paraît utopique – au profit de  la TVA - éminemment antisociale. Maintien  et augmentation de l’ISF frappant le patrimoine - ce qui est équitable. Mise au pas de la finance, de la mondialisation, des banques-assurances qui ne facilitent pas le crédit immobilier. Et le reste à l’avenant. Antoine Sfeir a certes raison lorsqu’il dénonce une administration pléthorique faisant double, voir triple emploi entre les communautés de communes et d’agglomérations, le département, la région et l’Etat.

Ce n’est pas comme cela que l’on reconstruit la République comme on le ferait pour une ville après un tremblement de terre, faire du neuf avec du vieux ! Parlons plutôt de réforme, de restauration en repartant de zéro, de la page blanche. Non au bricolage, il faut repenser la République de fond en comble. Nous en sommes à la cinquième et elle est moribonde, on galvaude le sens de la res publica, 136 pays s’arrogent le nom de république, dont la Corée du Nord.

En France, la cinquième n’est pas une démocratie réelle, une vraie République dont on nous rabat les oreilles à coup de slogans. Le pouvoir présidentiel concocté par le Général de Gaulle au moment de la guerre d’Algérie et de la décolonisation a fait son temps. Le système électoral est anti républicain, anti démocratique, notamment au niveau des Communes, de l’Assemblée nationale et du Sénat. Les minorités ne sont pas représentées, des millions d’électeurs comptent pour du beurre. Le bipartisme et le clivage politique sont contraires à la Liberté, à l’Egalité, à la Fraternité, néfastes à l’organisation et à la gestion de la société. Les accords avec l’Europe ont été conçus dans la précipitation, la France a perdu une grande part de sa souveraineté, il est urgent de les renégocier.

Faut-il citer Jean-Jacques Rousseau qui considérait que la démocratie ne peut être que directe : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point. »

Et Abraham Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

* Voici le lien de mon article sur la citoyenneté paru le 14 juin :

https://blogs.mediapart.fr/edition/visages-de-marseille/article/140616/quelle-france-dans-quel-monde

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.