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Billet de blog 3 déc. 2022

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L'OIE BLANCHE AU BAL DES DEBUTANTES

L'oie dont je vais vous entretenir va vous permettre de reprendre espoir et vous ragaillardir. Elle doit être choisie avec beaucoup de soin et obligatoirement être accompagnée de raifort. Evitez autant qu'il se peut de prendre une oie blanche si vous le pouvez, elles ne sont pas toujours fiables, mais n'oubliez sous aucun prétexte le raifort.

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Maintenant que le budget de la France est voté, il est grand temps que nous passions aux choses plus sérieuses encore : l'oie en pot-au-feu. Il est plus jamais nécessaire avant de s'attaquer à la réforme des retraites qui doit pérenniser le système par répartition, de reprendre des forces et de ne pas sombrer dans la désespérance. L'oie dont je vais vous entretenir va vous permettre de reprendre espoir et vous ragaillardir. Elle doit être choisie avec beaucoup de soin et obligatoirement être accompagnée de raifort. Evitez autant qu'il se peut de prendre une oie blanche, elles ne sont pas toujours fiables, mais n'oubliez sous aucun prétexte le raifort.

Pour ce qui est du raifort, nos amis d'ascendance polonaise le connaissent bien. Il est abondamment consommé dans l'arc culinaire qui commence en Pologne et se termine en Lorraine thioise. Les alsaciens en sont particulièrement friands, certains le consomment dès le petit déjeuner car il donne du tonus, favorise l'apprentissage des langues étrangères et surtout il entretient une solide férocité contre les démagogues et les bonimenteurs.

Napoléon, qui avait été contraint de calmer le jeu entre certains de ses généraux et les hussards alsaciens, avait tranché dans le vif : "Peu importe qu'ils baragouinent le français en le mélangeant à leur dialecte et qu'ils affichent un accent à couper au couteau, pourvu qu'ils sabrent en vrais français". Il a toujours cherché à percer le secret du courage de ses fiers sabreurs alsaciens. C'est le général Kleber qui lui en révéla le secret : le raifort. Cette potion magique que se partageaient les hussards de Kleber et les lanciers de Poniatowski ! Cette potion magique que votre serviteur prend dès son petit déjeuner accompagnée d'un grand verre de rhum de Martinique pour en magnifier les effets !

Si Poniatowski devint, grâce au raifort, maréchal d'empire, le général de division Kleber lui doit sa place et sa statue en plein centre de Strasbourg, la capitale de l'Europe, l'inscription de son patronyme sur le pilier sud de l'Arc de Triomphe et son nom donné à la grande avenue qui conduit du Trocadéro à la place de l'Etoile. Le mérite, certes ! Mais dû à quoi ? Au raifort .

Même "les gilets jaunes", soucieux de saluer le général Kleber, les sabreurs alsaciens et leur raifort, n'hésitèrent pas à se donner rendez-vous à plusieurs reprises sur son avenue, à y organiser des émeutes, à y brûler quelques voitures et à y saccager tout ce qu'ils pouvaient. Toujours le raifort ! Là, il manquait, car une autre de ses vertus est de calmer les moeurs comme la musique à condition de s'administrer le bon dosage.

A notre grand regret, le raifort est totalement inefficace pour nous protéger du Covid et de ses différents mutants. Il vaut mieux suivre les avis de la faculté dans ce domaine et se faire vacciner.

Afin de profiter vraiment de ce condiment si prometteur, accompagnez-le d'une oie en pot-au-feu. Je vous en donne ma recette. Elle est relativement simple, même si sa mise en œuvre prendra de votre temps.

Recette conçue pour 8 à 10 hussards ou lanciers : une oie de trois kilogrammes, un oignon, six carottes, deux clous de girofle, six poireaux, un bouquet garni, six navets, deux gousses d'ail, une boule de céleri rave, une branche de céleri, du poivre en grains, un peu (très peu ou pas du tout) de sel.

Commencez par éplucher et nettoyer les légumes. Laissez carottes et navets entier, mais coupez votre boule de céleri en quarts (vous obtiendrez en principe huit quarts). Entendons-nous, pour obtenir «huit quarts», il faut d'abord couper la boule en deux : vous me faites dire ce que j'avais oublié de préciser. Piquez l'oignon de vos clous de girofle et nouez les poireaux par deux. Le tout amoureusement, avec une belle lame bien rigide pour ne pas finir aux Urgences dont certains sont fermées (Si vous devez malgré tout vous poignarder faites-le aux heures d'ouverture).

Plongez l'oie dans une grande marmite. Pour les néophytes : vous l'aurez bien sûr préalablement assassinée, évidée et plumée. Vous l'accompagnez de l'oignon, des gousses d'ail et du bouquet garni. Si vous ignorez de quoi est garni un bouquet, téléphonez à votre mère, inutile d'interroger votre père qui le confondra certainement avec une vague composition florale (à ce sujet voir NDLC en fin de chronique).

Mouillez un peu plus qu'à hauteur d'oie et portez à ébullition. Ecumez pour éliminer la mousse graisseuse qui se forme. Ajoutez les légumes, le poivre et le sel, puis laissez cuire à frémissements (80°) sans couvrir mais en couvant du regard, de préférence pendant deux heures. Pendant que vous tenez à l'oeil votre volatile en train de cuire, profitez-en pour écumer régulièrement. Cela vous distraira et vous trouverez le temps moins long.

Laissez refroidir la bête, tout le gras qu'elle aura abandonné dans le bouillon se transformera en une pellicule solide plus ou moins épaisse et d'aspect jaunâtre : c'est la graisse de l'oie. Vous pouvez la recueillir et la conserver pour y faire rissoler des petites pommes de terre quand l'envie soudaine d'en manger vous prendra. Quand celle, qui est désormais votre oie, est refroidie au sens culinaire du terme (le lendemain), découpez-la. Faites de même avec les légumes pendant que vous portez le bouillon de cuisson à ébullition une nouvelle fois. Plongez morceaux d'oie et légumes découpés dans le bouillon et réchauffez le tout à feu doux.

Puis vient le raifort. Autrement dit Armoracia rusticana, une plante herbacée vivace de la famille des Brassicacées, sous-famille des Brassicoideae, cultivée surtout en Alsace-Lorraine et en Normandie pour sa racine à usage condimentaire.

Ma mère le cultivait dans le jardin où il prospérait, de manière envahissante pour tout dire. Sa racine doit être râpée et ce n'est pas une petite affaire. Les effets lacrymaux de l'oignon sont en comparaison dérisoires. Ma mère le râpait sous l'eau, enfin, entendons-nous, pas revêtue d'une combinaison de plongée, mais les mains et la râpe plongées sous l'eau d'une bassine. Nous le mangions rapidement cuit dan sun peu de bouillon puis réchauffé délicatement mélangé à de la crème fraîche. Il accompagnait les viandes bouillies pour leur redonner du « peps ».

Dans ma famille, un pot-au-feu de bœuf ou de volaille et même une poule au pot se devaient d'être accompagnés de raifort. Je m'en faisais même à l'improviste des tartines généreusement garnies : j'avais mes raisons.

ll est des secrets bien gardés qui gagnent à être révélés. Le souvenir des commentaires de l'Empereur est resté très vivace en Alsace. Non seulement nous continuons à stimuler notre imagination avec de grandes lampées de raifort à peine adouci par un peu de crème fraîche, mais nous cultivons avec fierté l'accent du pays. Cette fierté ne se réduit pas au géranium, au bretzel et au Marché de Noël bien que nous ayons su le perpétuer depuis 1570.

NOTE DE LA CLAVISTE :

Il ne faut pas dire n'importe quoi et ne pas hésiter à avoir recours à une reformulation.

Ainsi :

« Si vous ignorez de quoi est garni un bouquet, téléphonez à votre mère, inutile d'interroger votre père qui le confondra certainement avec une vague composition florale »

ou

« Si vous ignorez de quoi est garni un bouquet, téléphonez à qui, de votre mère ou de votre père, ne le confondra pas avec une vague composition florale »

Nuance ! Is it not ?

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