Aucun d'entre nous ne veut normalement connaître de guerre et pourtant nous savons bien que quiconque veut la paix a intérêt à se préparer au pire, c'est-à-dire notamment avoir de quoi calmer les ardeurs de quiconque envisagerait de nous chercher noise : c'est ce sur quoi repose le concept de dissuasion. Par notre armement nucléaire et la menace d'en user, nous sommes donc, en principe, dissuasifs.
Cependant, l'argument a ses limites dès lors que l'agresseur potentiel, qui affiche en permanence par ses actes comme par ses déclarations un bellicisme inquiétant, dispose du même argument et manie aussi bien que nous le concept d'une menace de riposte pour dissuader, tout en sachant faire preuve de la même retenue que nous qui n'envisageons d'en faire usage qu'en dernier recours, avec le secret espoir de ne jamais avoir à le faire .
Ce qui nous ramène à des formes beaucoup plus conventionnelles de défense qui sont toutefois soumises aux mêmes critères de crédibilité pour être dissuasives. "Vos chars ne feront pas long feu devant mes missiles et mon artillerie performante dotée de munitions en quantités conséquentes fera en un rien de temps de vos fortifications un amas de décombres", faut-il pouvoir dire les yeux dans les yeux en étant sûrs de notre affaire et sans spéculer sur les succès de quelques coups de bluff !
Se faire entendre et comprendre par l'adversaire potentiel n'est pas suffisant ; rien ne peut se faire sans le soutien de la nation tout entière, il faut pour cela également être écouté et compris par ceux au nom de qui on parle et on menace. Ce qui nous renvoie à l'absolue nécessité de rendre sensibles à tous nos compatriotes les enjeux géopolitiques et militaires du différend qui nous oppose à la Russie de Poutine aujourd'hui et à ses alliés directs, ou ceux dissimulés le cas échéant.
Et cette...sensibilisation ne peut se faire efficacement à chaud, si un long travail d'information n'est pas fait à froid en permanence. Il y a des nations qui le font mieux que nous ne le faisons, en raison des prix qu'elles ont eu à payer pour leur sécurité à d'autres moments de leur histoire. Je pense en particulier à l'Etat hébreu, quelles que soient les appréciations que nous pouvons porter sur son action actuelle dans la bande de Gaza.
Avec cette allusion à Tsahal, en français Force de défense d'Israël, qu'on ne se méprenne ni sur mes intentions, ni sur des arrière-pensées que certains pourraient être tentés de me prêter. Je ne fais pas son apologie, mais attire l'attention sur les liens qui unissent cette force militaire à la nation dont elle est issue. A d'autres égards, ce qui se passe aujourd'hui dans cette partie du pourtour méditerranéen est l'illustration presque parfaite des dangers encourus dès qu'une force militaire se développe et tend à être érigée en seul recours possible et que la frontière entre légitime défense et expansionnisme agressif se brouille chaque jour davantage.
Si en toute circonstance, le pouvoir politique doit garder la main sur l'action militaire, autrement dit que c'est bien le politique qui doit appuyer sur la gâchette, il peut arriver également que la guerre soit une affaire trop sérieuse et trop grave pour être confiée à la seule responsabilité du pouvoir politique civil...
Ni va-t-en-guerre, ni pacifiste bêlant. Je crains autant l'un que l'autre, même si le second s'affiche souvent plus rassurant et plus vertueux que le premier. Il est également celui qui risque de se réfugier le premier sous la table quand l'adversaire frappe dessus de son poing en montrant ses crocs. Il me semble que nous avons déjà donné un certain 30 septembre 1938...pour ne pas courir les mêmes risques une fois de plus.
Ce qu'est Vladimir Poutine n'est guère différent de ce ce qu'était Adolf Hitler à une autre époque : l'affirmation d'une volonté hégémonique et de domination. Cette volonté n'est guère autre que celle manifestée simultanément par Joseph Staline, mise en œuvre dans le pacte passé entre les deux autocrates du XXème siècle et qui a abouti au dépeçage de la Pologne et ouvert la porte aux pires ignominies par la suite. Elles procédaient de la même politique expansionniste, quels qu'en aient été les prétextes et les habillages.
Les 27 pays membres qui constituent aujourd'hui l'Union européenne ont su surmonter leurs divergences et réticences, mais surtout neutraliser les agissements souterrains de tous ceux qui servent des intérêts hostiles au droit international, sinon au droit tout court et aux idéaux démocratiques dont l'UE est porteuse. L'UE s'engage à continuer à apporter son soutien à un pays agressé et amputé qui demain sera un de ses nouveaux membres. Par cette décision, cette Europe commune a posé un nouveau jalon de son unité et de son existence en affirmant son indépendance et sa souveraineté , sans pour autant manifester un repli sur elle-même. Mais en réaffirmant sa volonté d'être et de rester une référence.
Je suis de ceux qui s'en félicitent.