JOSEP de Aurel

L'effondrement de la République espagnole et l'arrivée au pouvoir des phalangistes de Franco se sont traduits par la fuite éperdue de la population de la Catalogne espagnole vers la France. Hommes, femmes, enfants, devenus des réfugiés, furent internés dans des camps gardés par les gendarmes.

Quand nous parlons de « camp de concentration », c'est immédiatement l'Allemagne nazie et ses pratiques qui nous viennent à l'esprit, avec en arrière-plan la confusion de plus en plus souvent faite avec « les camps d'extermination » dans lesquels Hitler et ses sbires assassinaient les juifs et les tsiganes. Les camps de concentration étaient des lieux d'internement d'opposants politiques qui ne bénéficiaient d'aucune protection ni d'aucune garantie juridique.

L'effondrement de la République espagnole et l'arrivée au pouvoir des phalangistes de Franco se sont traduits par la fuite éperdue de la population de la Catalogne espagnole vers la France. Hommes, femmes, enfants, devenus des réfugiés, furent internés dans des camps de Lamanère, Rivesaltes, Saint-Cyprien, Agde, Perpignan et bien d'autres, partout sur le territoire national. Internés, contrôlés et gardés par les gendarmes, les réfugiés sont privés de l'essentiel, parfois victimes de ceux qui s'épanouissent en exerçant des brimades sur les plus faibles. La qualification « camp de concentration » est plusieurs fois utilisée dans le film, c'est, il me semble, une impropriété ; la désignation par « camp d'internement » me paraît plus juste même si on y a "concentré" (d'abord) les réfugiés espagnols (puis d'autres) et s'il y ont survécu dans le dénuement le plus complet. Ils ne sont pas des opposants politiques au gouvernement français, mais des étrangers jugés indésirables susceptibles de menacer l'ordre vichyste naissant, puis installé.

Beaucoup de ces républicains espagnols rejoindront la Résistance, d'autres les Forces Françaises libres. La Nueve, la 9ème compagnie du régiment de marche du Tchad, sera entièrement composée de républicains espagnols ; ils seront les premiers à entrer dans Paris le 24 août 1944. Rafael Gomez Nieto, ancien interné du camp de Saint-Cyprien, était le dernier survivant de cette compagnie. Il est mort du coronavirus à l'âge de 100 ans à Strasbourg, en ce printemps 2020.

Josep raconte la vie de Josep Bartoli derrière les barbelés et sa rencontre avec Serge, un des gendarmes chargés de surveiller le bétail espingouin, qui se lie d'amitié avec lui et l'aide à fuir. Josep Bartoli était un dessinateur que son crayon a aidé à survivre et dont les dessins sont autant de témoignages de la réalité de ce que nos voisins catalans ont vécu dans les camps d'internement. Jean-Louis Milesi est le scénariste d'une histoire racontée d'une manière dynamique sans fioritures. Le mode de narration retenu est servi par toutes les ressources qu'offre le cinéma d'animation.

Josep allie la finesse du trait, la délicatesse des couleurs et leurs enrichissements progressifs et le rythme de l'animation avec beaucoup de soin pour ne pas desservir l'histoire que le film raconte. Aurel est le dessinateur qui tient le crayon et le réalisateur qui en fait une caméra. Et l'histoire que Josep raconte s'inscrit dans la grande Histoire, celle des lendemains de la guerre civile espagnole qui a plongé ce pays dans le malheur. Cette guerre qui, du 17 juillet 1936 au Ier avril 1939, a permis à l'Allemagne nazie et à l'Italie fasciste d'expérimenter leurs armements et de poser les fondements de ce qui s'appellera plus tard l'Axe.

Le Centre National du Cinéma et de l'image animée (CNC acronyme ancien dont l'objet s'est élargi) englobe tout ce qui est image à condition qu'elle soit animée, qu'il s'agisse du dessin animé de notre enfance ou du film d'animation plus contemporain.

J'ai lu avec plaisir des centaines de BD, je continue à en lire de nouvelles et à relire sans cesse les anciennes. Au fil des années, je notais que la Bande dessinée devenait de plus en plus cinématographique en intégrant tout ce qui fait le cinéma et ses métiers, en s'enrichissant des mêmes préoccupations de décors, de scénarii, de dialogues et en faisant du crayon du dessinateur une caméra d'un genre nouveau. A l'inverse, nous retrouvons à l'écran des films qui empruntent à la BD sa verve, ses mouvements souples et vertigineux avec des réalisateurs très talentueux. Ils portent à l'écran de vrais chefs-d'oeuvre pour en faire d'autres chefs-d'oeuvre. Pour notre plus grand plaisir.

 

Quelques ressources sur les camps d'internement du sud de la France :

http://www.memorialcamprivesaltes.eu/

http://www.campdesmilles.org/

www.campgurs.com

 

 

 

 

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