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Billet de blog 10 juillet 2022

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MON MÉDECIN N'EST PAS MON AMI

Je suis le patient de mon médecin, fidèle patient qui ne s'énerve jamais et ne perd pas patience quand il prend du retard dans ses consultations. Mon médecin n'est pas mon ami, ni moi le sien. Il pourrait le devenir, mais alors il cessera d'être mon médecin et moi je ne serais plus son patient.

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Mon médecin n'est pas mon ami, ni moi le sien. Il pourrait le devenir, mais alors il cessera d'être mon médecin ; de la même manière que mon ami, pourtant médecin de profession, ne sera jamais mon médecin et je ne serai jamais son patient.

Mon médecin ne me reçoit pas chez lui, tout au plus m'accueille-t-il au rez-de-chaussée de son domicile car son cabinet n'est pas vraiment... en ville. Il ne vient plus que rarement me visiter à mon domicile, sous le prétexte que son emploi du temps n'est pas extensible à l'infini et que son déplacement n'est plus remboursé que parcimonieusement. Preuve en est qu'il n'a jamais été mon ami, un ami véritable ne vous demanderait pas de lui rembourser ses frais d'essence pour venir vous voir ou pire encore il ne demanderait pas hypocritement à un tiers de le faire ?

Je suis le patient de mon médecin, fidèle patient qui ne s'énerve jamais et ne perd pas patience quand il prend du retard dans ses consultations. J'accepte tout autant qu'il me consacre un peu plus de son temps qu'il emprunte alors à celui ou celle qui attend déjà dans sa salle d'attente. Je mutualiste ainsi avec les autres patients le temps que mon médecin me consacre. Un jour c'est moi qui en profite, le lendemain c'est l'autre qui en bénéficiera.

Je n'attends pas de mon médecin qu'il soit sympathique, ce qui ne l'autorise pas à me faire la gueule comme si je lui faisais perdre son temps. Qu'il m'accueille avec bienveillance et m'invite à exposer ce qui me fait venir à lui me suffit amplement. Je le renseigne toujours du mieux que je le peux et je lui laisse toujours le plaisir de diagnostiquer le mal qui me ronge, même si j'ai passé la veille à faire un auto-diagnostic sur internet.

Même si un bon copain m'a fait part que ce dont je souffre ressemble étrangement à ce qui l'affecte lui-même, même si j'entre dans le cabinet de mon médecin avec le nom de la médecine miraculeuse qui est susceptible de mettre fin à mon supplice, je me tais et n'exige aucune prescription particulière. Je lui laisse donc non seulement la primeur du diagnostic, mais également l'honneur de choisir le médicament qu'il pense convenir à mon cas par définition d'une rare complexité et en tout probablement unique en son genre.

Une étrange manie a surgi depuis quelques temps. Les patients peuvent noter leur médecin, leur attribuer une mention et même les abreuver de commentaires élogieux ou assassins. J'ignore quels effets cela produit sur ceux qui en prennent connaissance et quel crédit ils accordent à ces mouvements d'humeur. J'ignore tout autant si le destinataire principal de ses étranges commentaires se sent flatté ou cruellement mortifié.

Comment un patient, qui a brandi sous le nez de son médecin une boîte ayant contenu un médicament et qui a exigé sa prescription réagit-il devant le refus de son médecin d'obtempérer ? Comment une patiente ayant exhibé ses nombreux taouages, mais n'ayant pas été suffisamment complimentée à son goût sur leur beauté, traduira-t-elle sa déception dans sa note et la mention qu'elle attribuera ?

Quand mon médecin confie ma destinée à un de ses confrères, je n'en conclus jamais à une incompétence de sa part, de la même manière que je ne tirerai aucune conclusion hâtive de la persévérance d'un mal ou de sa récidive malgré ses bons soins. Je l'ai choisi parce que je sais qu'il est au fait des conduites à tenir et des procédures à suivre, que lui et l'ensemble de ses confrères continuent à élaborer, à préciser, à nuancer avec une infinie patience.

« Mais comment avez-vous fait pour savoir qu'il était tout cela ? », avez-vous envie de me demander. « Je n'en savais fichtrement rien », vous répondrais-je. J'ajouterais à cela, à la manière de Lino Ventura dans La bonne année de Claude Lelouch, « J'ai choisi mon médecin comme on choisit une femme, en prenant un risque ! » A part que Lino Ventura ne parlait pas du choix de son médecin, mais de celui du film qu'il envisageait de voir.

« Un peu facile ! », me dites-vous. J'ai toujours aimé faire simple et pratique. Voyez-vous, il me suffit que le médecin ait pignon sur rue, ou plaque sur portillon si vous préférez, pour que le premier critère de la confiance soit là. Car c'est bien de confiance qu'il s'agit. Sa plaque et l'autorisation d'exercer son art vont de pair. Elles ne m'offrent aucune garantie de guérison, mais la certitude que tout ce qu'il est possible de faire sera mis en œuvre dans mon intérêt.

Je ne peux que faire confiance à mon médecin comme lui-même doit avoir confiance en moi, dans la rigueur que je mettrai à suivre ses indications, à prendre scrupuleusement les traitements qu'il me prescrit, à l'informer du moindre incident de même que de mes doutes. C'est ce colloque singulier entre lui et moi qui est la meilleure garantie que nous ayons l'un et l'autre d'aller dans le même sens. Il est fondateur de notre relation mais il n'exclut en aucune manière mon droit de demander un second avis dans les moments les plus délicats.

Mon médecin n'est pas mon ami, mais ma bonne amie est mon médecin et je trouve qu'elle se débrouille fort bien pour faire de moi un patient attentif et respectueux de ses recommandations. Elle remplit à merveille sa fonction de médecin référent qui m'oriente vers ses collègues spécialistes des différents organes dont je dispose, alors que je suis dépourvu de ceux dont elle s'occupe habituellement. Pour tout vous dire, j'ai même cru à un moment donné qu'elle m'orientait vers un de ses collègues pour se débarrasser de moi parce qu'elle jugeait que je n'étais pas un cas suffisamment intéressant pour elle. Ce en quoi je me trompais lourdement.

Je sais qu'elle est mon amie au regard toujours bienveillant qu'elle pose sur moi, une bienveillance si éloignée de toute complaisance que je me demande parfois comme elle s'y prend avec moi. Je sais également qu'elle est mon amie car elle ne me fait jamais payer sa consultation et ne sollicite aucun remboursement de frais de déplacement. Elle fait tout cela pour moi gracieusement et je dois dire qu'elle est la bénévole la plus dévouée que je connaisse.

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