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Billet de blog 12 janvier 2020

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DE LA MODERNITE

La ville était, en ces temps-là, synonyme de modernité et de progrès.

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Fritz était un homme ouvert à la modernité. Une des premières gazinières fonctionnant au butane, première sonnette électrique, première pendule à coucou et premiers ouaters à l'intérieur de la maison, dans le placard à balais que Fritz a invités à déménager. Ces progrès spectaculaires sont entrés chez lui par l'entremise de sa fille qui avait épousé un citadin et était de ce fait partie vivre à la ville. La ville était, en ces temps-là, synonyme de modernité et de progrès.

Fini le lever à cinq heures du matin pour ranimer les braises du fourneau à bois afin de chauffer de l'eau pour la toilette et le café. Fini les allées et venues de la cuisine à la pièce à vivre, comme on l'appelait encore, pour consulter la Comtoise dont le mouvement du balancier rythmait la journée, fini de guetter les angélus qui pointaient l'aube, la mi-journée et le crépuscule. La pendule à coucou était dans la cuisine au-dessus de la table et son oiseau en bois jaillissait comme un diable de son chalet en bois verni à chaque heure pleine, en faisant...Cou-cou. Trois fois à trois heures du matin et à quinze heures, cinq fois à cinq heures du matin et à six-sept heures et douze fois à midi et à minuit.

La pendule à coucou encore appelée le Coucou suisse n'avait d'helvète que son nom. La fille de Fritz l'avait ramenée d'une excursion en Forêt-Noire où quelques paysans oisifs en hiver avaient trouvé un moyen utile pour arrondir leurs revenus. Plus récemment, Gérard Oury n'a pas pu résister au plaisir de mettre un coucou avec salut nazi dans un de ses films. Ainsi dans L'as des as, Jean-Paul Belmondo en a la mâchoire sur les genoux à l'heure pleine.

Tous les enfants du voisinage se rassemblaient comme par enchantement devant la porte d'entrée de la maison de Fritz, de préférence peu avant midi pour ne pas rater l'heure à laquelle le coucou chantait le plus longtemps. Pour que Fritz ne nous oublie pas, l'un d'entre nous appuyait sur le bouton de la sonnette électrique en laissant le bouton bien enfoncé jusqu'à que la porte nous soit ouverte. Fritz avait beau nous expliquer qu'une pression légère était largement suffisante et qu'il l'entendrait, nous ne nous lassions pas du cri strident de sa sonnette. De toutes les façons, si le préposé à la sonnerie retirait son doigt prématurément, il y avait une véritable bousculade pour prendre le relais. D'ailleurs, très vite le chant de la pendule perdit de son attrait et la sonnette électrique devint notre véritable centre d'intérêt.

Nous envoyions l'un d'entre nous à la sonnette et tous les autres nous nous embusquions derrière un muret pour rire de la colère de la victime et jouir de ce qu'il faut bien qualifier de harcèlement. A ce petit jeu, nous ne nous lassions jamais jusqu'à ce que notre ami Fritz décide de débrancher la sonnette électrique pour en revenir au bon vieux marteau de porte. L'âge ingrat, me direz-vous, peut-être simplement un besoin jamais assouvi de nous trouver de nouvelles distractions.

Fritz avait également fait installer des water-closet, autrement dit un lieu d'aisance pour faire la grande et la petite commission bien au chaud et confortablement assis sur ce que certains appelleront plus tard le trône. Du carrelage au sol et jusqu'à mi-hauteur des murs, une cuvette en céramique d'un blanc immaculé. A ses côtés, un broc à eau servait de chasse d'eau manuelle. Plus tard, un réservoir d'eau alimenté par une conduite d'eau en cuivre remplacera ce premier dispositif d'évacuation. La vidange très bruyante sera actionnée par une chaînette se terminant par une poignée en bois verni. Quant à la destination finale de ce que la chasse-d'eau évacuait, rien n'avait changé. Un conduit partiellement enfoui reliait la cuvette à une excavation qui tenait plus du puisard que de la fosse septique. Nous étions encore loin du tout-à-l'égout et les évacuations d'eaux usées ou des eaux pluviales relevaient de toutes les improvisations.

Il n'empêche que les W-C de Fritz étaient devenus non seulement un sujet de conversation mais avait également fait l'objet de visites guidées du voisinage comme l'avait été sa pendule à coucou pour les enfants un peu plus tôt. Aucune démonstration, ni utilisation n'étaient cependant prévues pendant les visites, chacun retournant en cas de besoin pressant dans le cabanon surmontant des toilettes sèches au fond de son jardin.

Fritz était un homme de traditions et il ne manquait pas d'humour. Les portes des cabanons de jardin avaient une petite ouverture en forme de cœur, percée à hauteur d'homme debout. Fritz avait découpé un cœur d'une dizaine de centimètres dans du contreplaqué, l'avait peint en rouge et collé ou cloué sur la porte du placard à balais désormais réaffecté.

Illustration 1

Ceci est un tableau Rossignol traitant des Water-Closet.

Il servait à l'édification des enfants des écoles sur l'avenir

incertain des cabanons de jardin.

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