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Billet de blog 13 janv. 2022

LES VOIES DU SEIGNEUR SONT IMPENETRABLES

Dieu caresse longuement sa barbe fleurie, puis de la main droite en même temps que de la main gauche, car il est ambidextre, il appelle à l'apaisement.

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Chaque année et malgré les travaux entrepris, les eaux de l'Adour sortent de leur lit pour inonder berges, rues et prairies avoisinantes. La crue de début février 1952 fut la plus spectaculaire après que des pluies diluviennes se fussent abattues entre le 31 janvier et le 5 février sur les Pyrénées et aient entraîné une montée des eaux de toutes les rivières du Sud-Ouest de la France. De mémoire de Daxois, il fallait remonter en avril 1770 pour se rappeler une crue de cette ampleur encore que pas grand monde, en dehors de quelques rares vieux proches du bicentenariat, ne s'en souvienne vraiment. De surcroît, nous ne sommes pas totalement sûrs que nous comparions des choses vraiment comparables quand tant de conditions et de travaux entrepris ont certainement transformé paysages et configurations urbaines.

Si les canards, foulques, poules d'eau et cygnes sont généralement aux anges quand les eaux montent et transforment prairies et champs en plan d'eau, nous autres humains n'apprécions que très moyennement les fantaisies de nos rivières quand leurs eaux envahissent garages, caves, celliers et même rez-de-chaussée. Il ne nous reste alors plus qu'à nous réfugier à l'étage et si nous habitons un plain-pied à grimper au grenier ou même à nous hisser sur le toit en dernière extrémité. Cependant, dès que les eaux montent, les engins de la Protection civile voguent ou volent au secours des naufragés menacés.

Cette année encore, les eaux de l'Adour et de ses affluents montent et se répandent. Nicole et Alain habitent une confortable petite maison de plain-pied, un peu isolée et non loin des bords de l'Adour. Avant que les eaux ne montent, ils avaient mis sur des pilotis de parpaings entassés leurs meubles, gazinière, machines à laver, réfrigérateur et congélateur. De longue date, ils avaient prévus parpaings et plan de bataille pour résister à la montée des eaux et ne subir qu'un préjudice limité. Dès les première alertes, ils avaient préparé réserve d'eau, saucissons secs et fromages, pain de longue conservation et biscuiterie pour faire face. Un réchaud de camping fonctionnant au gaz devait leur permettre de réchauffer quelques boîtes de conserves et l'eau du café. Prévoyants et prêts à affronter le pire, ils avaient même aménagé une trappe permettant de se réfugier sur la toiture de leur maison en cas d'urgence.

Les eaux montent, toujours plus. Très vite, les premières marches de l'escalier qui conduisent au grenier sont submergées et l'eau monte encore. La situation ne semble se stabiliser que quand l'eau affleure à la dernière marche. Nicole et Alain se doutent que le reflux des eaux n'est pas pour l'immédiat et que l'attente sera longue. Mais peu importe, ils ont tout prévu, dans le moindre détail, jusqu'à prévoir le coucher et les vêtements qui doivent le rendre confortable.

Le lendemain matin, une voix qui hèle les tire du sommeil. Alain se précipite vers la trappe d'accès à la toiture, se hisse sur les tuiles et se trouve nez à nez avec deux pompiers en uniforme à bord d'une petite embarcation :

  • Tout va bien ?, s'enquière l'un d'eux, avec un grand sourire amical, nous allons vous ramener en lieu sûr.

Nicole a rejoint son mari sur le toit et, avant même qu'Alain ait le temps de répondre au sauveteur, elle répond :

  • Non, non, ce n'est pas nécessaire. Nous n'avons rien à craindre. Nous sommes très croyants et nous savons que notre seigneur est à nos côtés pour le meilleur comme le pire.

Les deux pompiers ne peuvent que s'incliner, car on ne peut sauver les gens contre leur volonté, ce d'autant plus que la situation se fait moins menaçante. Ils s'éloignent alors pour visiter d'autres habitations du voisinage ; Alain et Nicole préparent maintenant ce qui sera leur petit déjeuner.

Le niveau de l'eau ne descend toujours pas, mais la situation semble se stabiliser. Quand à la fin de la journée un hélicoptère de la Protection civile se met en vol stationnaire au-dessus de la maison et qu'un secouriste leur propose un hélitreuillage car de nouvelles pluies sont annoncées pour le lendemain, Alain et Nicole font une fois de plus comprendre à leurs visiteurs, qu'étant sous la protection de Dieu, ils estiment n'avoir pas grand chose à craindre.

De guerre lasse, le pilote quitte les lieux pour rejoindre la base voisine avant la nuit qui tombe encore très vite en ce mois de février. Nicole et Alain, après une dernière prière, se glissent dans leurs sacs de couchage et s'endorment du sommeil du juste. Vers 2 heures du matin, la pluie reprend de plus belle mais Alain et Nicole dorment profondément et n'entendent rien. Ils ne se réveillent que quand l'eau commencent à s'engouffrer dans le grenier inondant leur matelas et leur sac de couchage. Dans l'obscurité incertaine et la précipitation, Nicole tombe à l'eau par l'ouverture de l'escalier, Alain se réfugie sur le toit mais glisse sur les tuiles mouillées. Cette nuit-là tous les deux se noient car aucun d'eux ne sait nager. Quand même ils auraient su nager cela n'aurait probablement servi à rien.

Ils se retrouvent peu après au ciel et sont reçus par Dieu le Père en personne. Nicole encore sous le coup de l'émotion ne dit rien mais Alain est fort contrarié et interpelle son Dieu en ces termes :

  • Comment est-ce possible ! Nous qui sommes si croyants, qui prions plusieurs fois par jour et lisons les Evangiles plusieurs fois par semaine, nous qui sommes des chrétiens irréprochables et toi, tu nous abandonnes et tu nous laisses nous noyer ! Quel Dieu es-tu donc ?

Dieu ne répond pas tout de suite, il caresse longuement sa barbe fleurie, puis de la main droite en même temps que de la main gauche, car il est ambidextre, il appelle à l'apaisement.

  • Mon fils, lui dit-il d'une voix calme et douce, comment peux-tu dire cela ? D'après toi, les deux pompiers sur leur canot et l'hélicoptère de la Protection civile, c'était qui ?

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