UN FILS de Mehdi M. Barsaoui,

" Un fils ", premier film du réalisateur tunisien, Mehdi M. Barsaoui, est la dernière perle apparue sur nos écrans. C'est un film tunisien dont l'histoire se déroule en Tunisie, en 2011, au lendemain de la Révolution du jasmin alors que la Libye voisine connaît soulèvements populaires et troubles sans précédents.

 

La France. Je me racle la gorge pour éclaircir ma voix... La France est le pays du cinéma. Non pas que nos films soient les meilleurs mais parce que nous avons la chance et le bonheur de voir distribuer chez nous le meilleur du cinéma du monde entier.

Un fils, premier film du réalisateur tunisien, Mehdi M. Barsaoui, est la dernière perle apparue sur nos écrans. C'est un film tunisien dont l'histoire se déroule en Tunisie, en 2011, au lendemain de la Révolution du jasmin alors que la Libye voisine connaît soulèvements populaires et troubles sans précédents.

La loi sur les transplantations d'organes en vigueur en Tunisie, n'autorise le don d'organes qu'au sein de la famille et interdit donc le recours à un donneur tiers, ce qui réduit considérablement les possibilités, mais ouvre la porte à des pratiques clandestines et à des trafics lucratifs. La loi tunisienne tarde à évoluer dans ce domaine parce qu'elle se heurte tout simplement à des archaïsmes et des résistances qui ne sont pas propres à la Tunisie et qui relèvent d'une constance dès lors qu'un pays, quel qu'il soit, doit faire évoluer sa législation.

Farès/Sami Bouajila et Meriem/Naja Ben Abdallah coulent des jours heureux avec leur fils Aziz. A l'occasion d'un séjour dans le sud du pays, l'enfant est blessé par balle. Il est transféré à l'hôpital de Tataouine où les chirurgiens, par leur intervention rapide, le sauvent mais font part aux parents que le pronostic vital de l'enfant reste engagé si une rapide greffe partielle du foie n'est pas réalisée au plus tôt. Pour des raisons de groupe sanguin, Meriem n'est pas compatible, mais Farès ne l'est pas non plus car l'analyse sanguine révèle qu'il n'est pas le père biologique de Aziz. Il est incompatible lui également en raison de son groupe sanguin qui a par ailleurs révélé sa non paternité . Il faut donc retrouver le père biologique de l'enfant, mais d'abord expliquer à Farès pour quelle raison il ne peut être le donneur.

Nous sommes désormais au cœur du film. Il y a des situations qui n'arrivent pas qu'au cinéma et qu'il vaut mieux ne pas révéler à la curiosité de ceux qui se nourrissent de la vie des autres. Une infidélité dans un couple peut avoir comme conséquence qu'un enfant en naisse. Quand c'est l'homme qui ensemence hors du nid, la tolérance des sociétés, de toutes les sociétés, est toujours plus grande que quand la situation miroir se produit. Il n'est pas question ici de réduire la situation à des questions de morale. Meriem et Farès font face à une situation difficile, complexe qui n'est pas plus tunisienne, française que liechtensteinienne.

Cet état des choses aurait pu rester enseveli dans la mémoire de Meriem, être son secret de famille, s'il n'avait pas été nécessaire de faire appel à son ex-amant et père biologique de l'enfant pour avoir un donneur probablement compatible. Cela coûte autant à Meriem qu'à Farès, tous deux préfèreraient que cette histoire ancienne ne vienne pas perturber leur vie. Cette situation met à l'épreuve leur parentalité : chacun d'eux cherchant de son côté une solution même si elle devait mettre sa vie et son éthique en danger.

Farès, qui aime son fils simplement parce que le père ou la mère d'un enfant est celui qui l'a élevé et aimé, cherche une autre solution qui sera nécessairement illégale. C'est dans ce contexte que s'infiltrent les pires pratiques d'individus totalement dénués de scrupules. Dûment renseigné sur la situation du couple par un membre du personnel de l'hôpital, un petit groupe de criminels vend des organes. Ils ne sont pas que des intermédiaires facilitant le prélèvement d'organes sur des personnes décédées, mais des criminels qui enlèvent et séquestrent des enfants en Libye en prélevant organe après organe pour les revendre.

Le film de Mehdi M. Barsaoui est une perle, résultat d'une longue gestation. Il aborde avec sobriété plusieurs questions, qui se posent en Tunisie, mais qui au-delà de son contexte particulier, ont valeur d'universalité. Les interprétations de Sami Bouajila et de Naja Ben Abdallah sont d'une grande justesse et finesse. Mehdi M. Barsaoui a particulièrement veillé à écarter tout voyeurisme et tout larmoiement en racontant une histoire avec une grande sobriété. Le film est sur les écrans en France mais surtout sur les écrans de Tunisie où il contribuera sans doute à faire évoluer les esprits sur ce qui est la vie mais peut-être également à faire évoluer la loi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.