Dans un contexte de bruit, de fureur, d'incandescence permanente, de doigt pointé qui stigmatise et de poing levé menaçant, un jeune homme, armé d'un fusil d'assaut en vente libre dans son pays, a tiré et légèrement blessé un des deux candidats à l'élection présidentielle.
Cela s'est passé aux Etats-Unis d'Amérique à quelques mois d'une élection primordiale dans un pays qui reste jusqu'à nouvel ordre la première puissance économique et militaire du monde.
Les motivations du tireur ne sont pas connues à ce jour car il a été abattu par un tireur d'élite des services de sécurité censés prévenir et empêcher tout acte de ce genre. Il ne pourra donc pas être interrogé et les seules réponses que nous aurons à cette question seront les interprétations que les enquêteurs proposeront aux indices et les données qu'ils pourront glaner ça et là.
Ce travail d'enquête prendra un certain temps, l'interprétation des éléments recueillis tout autant, sans qu’elle puisse toutefois être attestée et prouvée. Il y aura donc incertitude, doute, voire soupçon même sur la pureté des intentions de ceux qui prendront la parole.
Le soupçon n'a pas attendu le résultat d'une enquête aux résultats aléatoires. Dès le lendemain de l'attentat les hypothèses fusent, ce qui est une démarche naturelle de l'esprit. Dans les heures même qui ont suivi les coups de feu tirés, le grand bal du conspirationnisme s'est ouvert.
Le tireur aurait été commandité par les Démocrates, qui après avoir inspiré des procédures en destitution contre la victime, tenté les procédures pénales, en raison du désespoir que leur inspire la sénilité de leur propre champion, n'auraient plus vu qu'une seule issue, celle de l'élimination physique de leur adversaire.
Le candidat Républicain aurait de son côté voulu frapper les esprits, galvaniser davantage encore ses partisans déjà au bord de l'adhésion quasi-fanatique à sa personne en simulant un attentat. Une capsule contenant un substitut d'hémoglobine judicieusement et opportunément écrasée entre deux dents pourrait créer une illusion le temps d'une photographie. La question écrite d'un auditeur, en insert sous les images d'une émission de télévision de fin d'après-midi consacrée à l'évènement, fait même un rapprochement avec le supposé attentat de l'Observatoire dont François Mitterrand aurait été la victime en 1959.
Puis de la hauteur semble vouloir être prise par certains commentateurs. « A qui le crime profite-t-il ? », feignent-ils de s'interroger, afin de donner du poids à l'une ou l'autre thèse. Ce qui revient en fait à remettre quelques pièces dans le juke-box du complotisme.
Bientôt, peut-être, on nous parlera de la balle chargée à blanc dans le fusil du tireur du toit pendant qu'un second tireur abattait à balle réelle un anonyme de la foule pour donner du crédit à la fusillade. Une sorte de remake de JFK, le film d'Oliver Stone en quelque sorte.
Et si les explications possibles étaient beaucoup plus prosaïques ?
Si tout simplement le tireur était un de ces nombreux adeptes des armes à feu qui pullulent aux Etats-Unis et qui, à force de les collectionner puis de fréquenter les champs de tir sur cible de papier, ne résistent plus à l'impérieuse envie de tirer sur une cible en chair et en os ?
Si tout simplement le tireur s'inscrivait dans la terrible litanie de ceux qui pour mettre fin à un inexplicable et irrépressible tourment intérieur, se retournent sans crier gare contre leurs condisciples dans une école ou une université ?
Si plus inquiétant encore était celui qui presse la gâchette ou celui qui brandit la lame d'un couteau, ne faisant ainsi que donner une suite logique à la violence des mots et des discours et leur donner ainsi leur plein sens ; celui qui ne fait plus aucune distinction entre violence symbolique et violence physique.