PERDRIX

Elle est celle qu'il a attendue depuis toujours mais il n'a jamais pu l'imaginer vraiment.

La sortie sur les écrans de Perdrix était annoncée. Il fallait prendre la décision de le voir ou de s'abstenir. J'ai retenu la première option tout en m'interrogeant sur ce qui m'a incité à aller voir ce film ? Le casting certainement, mais également le thème du film. Je suis toujours friand d'une histoire nouvelle, qu'il s'agisse d'une histoire d'amour ne gâche rien. Nous avons besoin de nous regarder dans un miroir, même déformant. Une belle histoire sur fond de forêts vosgiennes : je n'ai pas résisté.

L'accompagnement publicitaire de l'affiche du film ne m'a pas dissuadé bien au contraire : « La comédie la plus rafraîchissante de l'été » selon Télérama, « une comédie amoureuse », en sous-titre. Je suis plutôt bon public et d'un naturel assez confiant. Tous les ingrédients étaient donc réunis mais la déception et l'ennui étaient également au rendez-vous après la première demie-heure. Il ne suffit pas d'avoir une bonne idée, de savoir diriger une prise de vue pour faire un bon film. Il faut savoir développer l'histoire, donner de la consistance aux personnages mis en scène et ne pas se contenter de les juxtaposer même en une galerie sympathique.

Pierre Perdrix est un capitaine de gendarmerie de 37 ans à la tête d'une brigade rurale. Au cours du film, il est présenté ironiquement comme un shérif des bois. La brigade est confrontée aux actions d'un groupe de militants qui agissent dénudés et dont le programme est de dépouiller dans tous les sens du terme de tout ce qui est jugé superflu, à commencer par les vêtements. Tomber entre leurs mains c'est être assuré de continuer sa journée nu comme un ver. L'enquête de la gendarmerie les concernant avance quant à elle d'un pas de sénateur.

Juliette Webb est une séduisante jeune femme au volant d'une voiture. Elle ne se rend apparemment nulle part et se contente de rouler droit devant elle en prenant des notes sur tout ce qu'elle voit et vit. Probablement saisie d'une inspiration subite, elle s'arrête au bord d'une route qui traverse les profondes futaies d'épicéas des Vosges, pour s'adonner à sa compulsion scripturale. Elle s'éloigne de sa voiture pour écrire en laissant tourner le moteur. Il n'en faut pas plus pour qu' une nudiste révolutionnaire surgisse de nulle part et dérobe la voiture.

Juliette porte plainte pour vol à la gendarmerie la plus proche et c'est ainsi que les deux héros se rencontrent, l'histoire peut prendre son vrai départ. Pierre rencontre la femme qu'il a attendue depuis toujours mais qu'il n'a jamais pu vraiment imaginer. La naissance d'un tendre sentiment est inévitable, nous le devinons, nous le regardons éclore, prospérer dans de longs regards échangés. Comédie amoureuse oblige sans doute. Comédie amoureuse et non pas comédie de l'amour comme aime le suggérer la mère de Pierre.

Les principaux concernés semblent ignorer leur propre idylle naissante et aux spectateurs de s'interroger s'il est opportun ou non de le leur dire pour la faire avancer, ils renoncent peut-être par crainte d'interférer dans les affaires du réalisateur qui serait en droit de nous demander de quoi nous nous mêlons. Malaise dans la salle. Malaise ponctué par de petits rires nerveux devant tant de naïveté. Mais les deux amoureux en devenir iront de l'avant, en attendant Erwan Le Duc sème quelques petites perles pour nous faire patienter.

Thérèse Perdrix, la mère de Pierre est une femme fantasque qui vit avec ses deux fils et sa petite fille, elle anime une émission de courrier du cœur sur une radio locale qui a son studio dans le garage de la maison familiale. Les fils et la petite fille lui téléphonent en alternance, se faisant passer pour des auditeurs en mal d'amour. Pour l'entretenir dans son illusion, il suffit de déclencher sa réponse sur les ondes, quand elle est lancée Thérèse est intarissable.

Julien Perdrix, le frère, est biologiste et plus précisément géodrilologue. En langage simple, spécialiste du lombric ou du ver de terre commun. Nous assistons à une inoubliable leçon de sciences à une classe rassemblée sur un pont enjambant une rivière dans laquelle Julien ramasse des lombrics. J'ignorais que le lombric se ramassait au fond de l'eau des rivières alors qu'il est tellement plus simple de le déterrer dans un potager. Un pont enjambant une rivière est certes beaucoup plus photogénique. J'ignore tout autant si Erwan Le Duc a voulu délivrer un message subliminal sur la nudité du commando et la nudité apparente du lombric qui nous a offert une bien belle métaphore. Si le message philosophique et même métaphysique sur la vie du lombric semble être du javanais pour la jeune assistance, ce n'est visiblement pas le cas pour un petit garçon qui propose sa candidature pour devenir l'assistant du maître.

A l'occasion d'une fuite éperdue après une opération de dépouillement, un membre du commando dénudé heurte et fait chuter le capitaine qui s'étale de tout son long. Rassurez-vous ce n'est pas la chute qui nous a fait sourire comme cela se produit souvent dans ce cas. Un gros plan sur une main qui s'empare du pistolet de service du gendarme nous fait craindre le pire. L'arme vise en hauteur sur une suspension florale qu'une balle bien ajustée décroche pour assommer le fuyard aux fesses à l'air. C'est Juliette qui passait par là ou qui suivait le gendarme qui est l'auteure de ce joli coup de feu. Il suffit au capitaine de passer les menottes à Juliette et au nudiste encore groggy et d' emmener tout ce petit monde à la brigade.

Le révolutionnaire ne refusera pas de se soumettre à un interrogatoire mais exige, non pas un avocat mais que le gendarme chargé de le questionner soit nu. Ce qu'il obtient. Il réussit même à jeter le trouble dans l'esprit du pandore qui finit par s'interroger lui-même sur la vanité des choses de ce monde. Amusante séquence d'une réunion des gendarmes de la brigade en uniformes comme il se doit et lui nu entre deux séances d'interrogatoire.

Sur une échelle de 1 à 10, j'attribuerai la note 5 au film. Dans la rubrique observation générales je dirai :

Idée originale, correctement mise en scène mais insuffisamment développée. Quelques saillies amusantes dénotent un sens de l'humour et de la dérision certain. Succession d'exercices rondement menés mais qui ne font pas vraiment un film acceptable. Pour ce premier film : reconnaissons un début prometteur mais Erwan doit faire mieux. Il en a les moyens. Maud Wyler et Swann Arlaud dans les rôles de Juliette et de Pierre sont convaincants et invités à venir nous voir plus souvent.

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