QUE DE BONNES NOUVELLES

François Hollande est un homme persévérant, il ne s'est toujours pas entièrement fait à l'idée qu'il a dû passer la main. Il n'a pas pas été vaincu à l'élection présidentielle après avoir présenté aux électeurs son bilan et un projet à venir. Il a battu en retraite et il présente son bilan aujourd'hui, après la bataille.

A GAUCHE TOUTE !

Nous attendions les suites du congrès de la refondation du PS et nous voyons resurgir François Hollande. Avez-vous remarqué son omniprésence sans jamais désemparer dans les supermarchés, supérettes et cela parfois jusqu'à pas d'heure ? Avez-vous noté, avec quelle gourmandise, il donne son opinion sur presque tout dès qu'un micro se tend vers lui ?

Plus de trente apparitions en deux mois ! Est-il entré en campagne pour son retour sur la scène en cas de déconfiture d'Emmanuel Macron dont il savonne d'ailleurs patiemment la planche, mezza voce ? La question a été posée il y a quelques jours à Boris Vallaud sur France-Inter. Vous savez, le mari de Najet Belkacem, l'ancienne ministre de l'Education Nationale dont Gérard Collomb a coordonné l'éradication lors des dernières législatives. Mais si, souvenez-vous, Boris Vallaud est un des énarques entourant autrefois le président qui avait choisi de ne pas concourir. Non, pas celui qui a fait une randonnée en Corse pour faire la conversation aux bergers. Vous confondez avec celui qui convoite maintenant la mairie de Paris. Boris c'est le porte-parole officiel du PS ancienne gauche qui a muté en nouvelle gauche à l'Assemblée.

Mais revenons à Boris. Interrogé sur François Hollande par Léa Salamé, il répond en toute simplicité : « Il assure la promotion d'un livre qui a du succès donc s'il est invité, c'est que les journalistes trouvent qu'il est intéressant de le faire et qu'il a des choses à dire ». Vous suivez sa pensée . Elle relance avec patience : « Et l'idée qu'il voudrait revenir et qu'il prépare son retour, vous trouvez que c'est une bonne idée ? ». Le porte-parole de la nouvelle et ancienne gauche réunies botte en touche avec sa dextérité coutumière : « Moi je crois que vous prêtez beaucoup d'intentions à François Hollande et je ne suis pas certain que ce soit les siennes mais je comprends que cela puisse nourrir un peu la chronique médiatique » La journaliste renonce à exercer son droit de suite. Si Boris avait été devant le jury du grand oral de l'Ena, il aurait été invité à répondre et de réserver la langue de bois à l'épreuve du même nom ou à la rigueur à une interview sur France-Inter par exemple. A entendre les déclarations, jalonnées de lieux communs, truffées de lapalissades et nourries de chiffres jugés éloquents que l'ancien conseiller de la présidence a déployées pendant toute sa prestation, nous comprenons mieux l'échec de François Hollande. Sa capacité à botter en touche en développant un rare talent à manier la langue de bois est inversement proportionnelle à la sagacité de ses analyses sur le fond et à la pertinence des conseils qu'il offre. Quand on est épaulé par des conseillers pareils il est difficile de faire mieux, mais nous devons davantage encore nous interroger sur la capacité de l'ancien président à s'entourer de compétences réelles.

François Hollande est un homme persévérant, il ne s'est toujours pas entièrement fait à l'idée qu'il a dû passer la main. Il n'a pas pas été vaincu à l'élection présidentielle après avoir présenté aux électeurs son bilan et un projet à venir. Il a battu en retraite et il présente son bilan aujourd'hui, après la bataille. Bilan qu'il juge bien sûr globalement positif. Erreur de « timing » ou volonté de s'exonérer d'avoir à le soumettre au jugement des électeurs en misant sur leur mémoire défaillante. Cela fait beaucoup d'erreurs : erreur de « casting » d'abord pour ce qui concerne son entourage puis « timing » décalé pour finir. Il revient aujourd'hui la fleur au fusil comme si de rien n'était, son livre se veut la pièce maitresse de ce retour. C'est une démarche, une posture plutôt, mais elle n'est pas convaincante même si Boris Vallaud le rejoint sur le banc de nage.

Ne vous méprenez pas sur mon opinion. François Hollande a été le président de la république qui a succédé à l'innommable Sarkozy dont l'Histoire gardera le souvenir de la vulgarité et celui du champion de la mise en cause dans des affaires financières douteuses. Quand François Hollande nous représentait en public en France ou à l'étranger, nous avons toujours pu être fiers de lui et donc de nous. Pour cette raison et quelques autres, il mérite notre respect mais ne doit pas être exempté de critiques même sévères. Je ne dirai pas la même chose de beaucoup de ceux qui en rangs serrés se cachaient derrière lui et ont surtout cherché à tirer avantages et prébendes d'une gauche qui était devenue électoralement majoritaire.

Je reviens un instant vers Najat Belkacem-Vallaud que je trouve plutôt séduisante. Je vous mets immédiatement en garde contre la tentation d'aller « cafter » à la Schiappa qui joue à guichet fermé depuis que son père lui a publiquement remonté les bretelles dimanche dernier. Je ne harcèle personne, je suppute seulement et je constate.

 Je préfère de loin Najat Belkacem-Vallaud à Nathalie Kosciusko-Morizet même si elles présentent quelques similitudes dans leurs héroïques reconversions professionnelles. Najat Vallaud-Belkacem va bien, un peu « surbookée » laisse-t-elle entendre, mais elle fait face. Elle dirige toujours une collection d'essais consacrés aux batailles culturelles et au progressisme chez Fayard. Comme le job lui laisse un peu de temps libre, elle a bien voulu apporter ses lumières à l'institut de sondages Ipsos en qualité de directrice générale déléguée des études internationales et de l'innovation. Quand vous aurez repris votre souffle et si vous voulez en connaître davantage, sa mission est de contribuer à la refonte stratégique de l'entreprise, afin de développer le chiffre d'affaires de l'institut à l'horizon 2020 en déployant de nouveaux outils de mesure permettant notamment d'exploiter des données en temps réel.

Ni l'une, ni l'autre n'ont exercé le moindre métier. Elles ont surtout conseillé et exercé des fonctions, aux contours toujours difficiles à cerner. Le but ultime étant toujours un ministère ou à défaut un secrétariat d'Etat. C'est cette absence de métier qui rend leurs reconversions professionnelles délicates et parfois tributaires de la bienveillance de bons amis, sans doute à charge de revanche. Ainsi Nathalie Kosciussko-Morizet a, de son côté, rejoint Capgemini pour diriger l'activité projet et consulting de la division cloud infrastructure et cybersécurité du groupe aux Etats-Unis. Toutes deux illustrent à la perfection ce qu'il est convenu d'appeler « le pantouflage » c'est à dire, une confortable et lucrative position de repli, les mettant à l'abri du besoin et leur évitant les promiscuités ennuyeuses de Pôle emploi. En attendant des jours meilleurs.

Vallaud-Belkacem est une jeune personne avenante et elle a toujours su se rendre utile, essentiellement en prêtant son joli sourire à qui en avait l'usage. Elle était une tête de gondole avantageuse et cela devait compenser les airs peu engageants et les sourires carnassiers de Valls.

D'autres ont l'esprit d'aventure et aiment le risque, à condition qu'il soit limité. Arnaud Montebourg qui était avocat de métier, a choisi l'aventure. L'avocature est son filet de sécurité ce qui lui permet toutes les audaces pour nous persuader de son extraordinaire dynamisme et tenter ainsi de nous séduire. Après avoir proposé de faire joujou avec la Constitution et de renuméroter la république, après avoir amusé la galerie en s'exhibant en marinière et en exaltant le chauvinisme national puis s'être investi dans une start-up devant développer les éoliennes domestiques qui disparaît aussi vite qu'elle était apparue, il entreprend de faire le PDG pour vendre du miel et des amandes tout en continuant à prêter ses compétences au groupe Habitat. Arnaud Montebourg aime vivre dangereusement, il a beaucoup servi et il pourrait encore servir. En tout cas, il veille à ce que nous puissions suivre pas à pas ses tribulations.

Tout ce petit monde, auquel j'ai aimé associé NKM pour son atypisme politique et sa reconversion internationale, donne l'impression que tout ne nous est jamais totalement dit et que les plus belles surprises sont peut être encore à venir avec elle.

Dans le Pas-de-Calais et particulièrement dans le bassin minier où nous avons pu assister en direct à l'implosion du PS, la reconstruction à défaut de refondation se joue dans quatre villes dont les maires serrent les rangs avant de se mettre... sur les rangs pour recueillir ce qui reste de l'héritage. Ceux-là se contentent pour l'instant de trépigner sur place, les dagues sont encore au fourreau mais les mains sont déjà posées fébrilement sur les manches car les fins de mois sont de plus en plus difficiles. Ce qui manque encore c'est l'occasion, les élections au parlement européen l'année prochaine ne la fourniront pas. Macron et ses spécialistes en prospective, en créant une circonscription nationale unique, ont décidé que cette élection n'aura qu'un enjeu politique national limité et sera toute entière tournée vers les enjeux de l'Union européenne. En tout cas, l'échéance ne doit pas être polluée par les querelles habituelles locales et être le moins possible une nouvelle offre de « pantouflage ». La députation européenne doit être à la hauteur des ambitions que nous sommes en droit d'avoir pour le parlement de Strasbourg.

Les municipales de 2020 seront le plus souvent à usage strictement local mais ce sont les Communautés de Communes qui sont dès à présent le grand terrain de manoeuvre. Si le statu-quo perdure pour l'instant à la Communauté d'Agglomération de Lens-Liévin, les dagues s'affûtent à la Communauté d'Agglomération Béthune-Bruay, Artois Lys Romane. La succession au président contesté et souffrant est déjà ouverte en sous-main.

Dans le Pa -de-Calais, il reste à désigner de manière incontestée un nouveau Parrain qui fera définitivement oublier la fonction de syndic de faillite. Tout mafieux digne de ce nom sait qu'il ne peut y avoir de saine guerre des égo s'il n'y a pas un « capo dei capi » qui s'impose à tous et rend les arbitrages nécessaires. Lors de la longue période des dernières sénatoriales nous avons pu voir ce que cela peut donner quand le Parrain en titre déserte pour aller s'investir ailleurs, même si c'est par délégation.

 

 

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