DESORMAIS, MOI EGALEMENT, JE PORTERAI UNE CASQUETTE A SENS GIRATOIRE.
Le président de la République est arrivé samedi soir au Touquet pour y passer le week end pascal et pour se reposer quelques jours. Il n'a pas été à la messe dimanche matin mais il est sorti quelques instants de chez lui pour prendre un petit bain de foule ou plus simplement répondre à une attente pressante et permettre à chacun de vaquer à ses occupations. En dernière minute, une dépêche de l'AFP nous apprend que Brigitte Macron, son épouse et propriétaire de la Villa Monéjan, a fait une petite promenade à vélo. Emmanuel Macron ne l'a pas accompagnée et n'a pas, à notre connaissance joué, au tennis. Regardait-il une série télévisée ou travaillait-il à sa prochaine allocution ? Personne ne sait vraiment et sa nouvelle porte-parole n'a pas voulu évoquer la question, ce d'autant plus qu'elle n'était pas sur les lieux, étant elle-même en villégiature sans que son adjointe en titre ait pu en préciser le lieu. A notre grand ébaubissement. Avez-vous remarqué que les jours de grand soleil nous sommes facilement ébaubis ? Non ? Vous devriez être plus à l'écoute de vous-même, vous serez ébaubis.
J'aimerais, si c'est possible, que les rédacteurs de news soient plus complets à l'avenir. En-dessous de combien de poignées de mains parle-t-on d'un petit bain de foule ? Au-dessus de quel nombre s'agit-il d'un grand bain de foule ? Entre les deux, ne serait-il pas utile et nécessaire de distinguer des gradations pour rendre compte avec une plus grande précision de l'évènement ?
Une autre question se pose. Les catégories seront-elles identiques quelles que soient les conditions météorologiques ? Il est toujours plus facile de prendre un grand bain de foule par beau temps. Prendre un petit bain par temps couvert en hiver et à plus forte raison s'il pleut ou s'il y a des giboulées, s'apparente plus à un grand bain du point de vue de l'effort à fournir et du risque encouru tant pour le président que pour ceux qui tendent leurs mains. Une fluxion de poitrine est si vite attrapée.
A l'inverse, un petit bain de foule par beau temps a toujours quelque chose de dérisoire alors qu'un grand bain un jour de mauvais temps est toujours très impressionnant. Evidemment, entre une belle journée ensoleillée et un temps exécrable à ne pas mettre un chien dehors, il y a toutes les nuances du temps maussade. Autre bonne raison pour prévoir des tranches supplémentaires et cerner ainsi au plus près la réalité des différents bains de foule.
Pour les agences de presse, l'approfondissement de cette question aurait un autre avantage, non négligeable : une alimentation variée en titres pour les dépêches. Petit bain de foule par temps maussade. Grand bain de foule un jour de pluie. Bain de foule mitigé un jour de gelée nocturne au clair de lune. Bain sans foule un jour de grand soleil. Foule attendant l'heure du bain un jour de grand vent. Imaginez un instant, les affres du permanencier de l'AFP pendant le week-end du 15 août quand le jour de l'Assomption tombe un mardi et que l'actualité est au point mort. Imaginez maintenant le scoop qu'il pourrait s'offrir en titrant Immense bain de foule du président sous une tornade de neige. Le dérèglement climatique encore ! Imaginez dans la foulée la tête de Dupont-Aignan, pressé de réagir pour faire valoir ce qu'il pense être un point de vue.
Il conviendrait également de prendre en compte un autre paramètre concernant les badauds qui se pressent sur le trottoir en face du domicile de couple présidentiel. Sont-ils tous des sympathisants du président ? Combien d'entre eux sont de simples curieux qui n'ont rien d'autre à faire par une si belle journée de soleil au bord de la mer que d'être les partenaires d'un bain de foule présidentiel ? Par ailleurs, est-ce que toutes les mains que le président a serrées à l'occasion de son bain étaient bien des mains de sympathisants ou quelques simples et habiles curieux ont-ils réussi à se faufiler parmi eux ?
Je sais que c'est au moins le cas pour l'un d'entre eux. Je le connais personnellement. Depuis dimanche il marche dans la rue, littéralement hébété. Quand j'ai voulu m'enquérir de ce qui lui arrivait, il m'a longuement regardé, d'abord silencieux, puis murmurant dans un souffle : « Si tu savais... ». J'ai réalisé qu'il était entrain de nous faire une rechute. La dernière fois, c'était quand il avait entrevu Céline Dion sortant d'un hôtel et s'engouffrant dans un taxi.
Ce qui me paraît le plus grave dans toute cette affaire est surtout le fait que le président de la République s'octroie un week-end de repos, en famille, sans doute, comme la majorité de nos compatriotes. Cela devrait lui être interdit, surtout qu'il refuse obstinément de rétablir l'ISF, version «Tord-leur le cou», de supprimer la CSG des retraités, encore plus d'organiser immédiatement un RIC de destitution. Repos dominical, week-end pascal, refus d'obtempérer, envie de débattre, ce sont bien là les dérives détestables de la Vème République.