La bonne ville d'Orléans organise à la belle saison et jusque tard dans l'année, une visite de la ville en calèche attelée d'un ou de deux magnifiques et débonnaires chevaux de trait. Aucun crottin sur l'asphalte après leur passage cependant; les chevaux orléanais seraient-ils tout en retenue ou particulièrement bien élevés ?
La réponse est simple. L'heureux meilleur compagnon du cheval qui tient les rênes a simplement fixé une sorte de plateau concave en toile épaisse au harnais d'attelage pour recueillir le crottin frais dont les effluves caressent ensuite les narines des passagers de la calèche et même des piétons sur les trottoirs. Le crottin recueilli fait probablement ensuite le bonheur d'un jardinier ami ; l'histoire ne dit pas si les passagers d'une heure peuvent eux-mêmes repartir avec un sachet garni qui serait un petit souvenir de leur visite à rapporter à la famille.
A la vue de cette collecte, j'en suis venu à penser au gaspillage que constituent les nombreuses déjections canines de nos trottoirs, oubliant un instant que seuls les rejets d'herbivores font vraiment l'affaire en jardinage. Je me suis empressé aussitôt à confectionner une affichette dont j'ai parsemé tout le quartier que j'habite. Je crois même m'être fait ainsi quelques amis supplémentaires, mais avoir suscité autant d'inimitiés nouvelles, car bien entendu, j'ai apposé mes invitations au grand jour sans porter de loup ou de cagoule. Sur mon affiche j'ai simplement dit, en me substituant à l'autre meilleur ami de l'homme, ce qui suit : « Soyez aimable, demandez à votre maître de ramasser mes crottes. » Une fois les premiers mouvements d'humeur passés, ceux de l'humour ont semble-t-il pris le dessus si j'en juge d'après la raréfaction de ce dans quoi aucun de nous n'aime poser son pied.