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Billet de blog 23 mars 2022

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L'INNOCENCE BAFOUEE

Le cocu magnifique et l'innocent bafoué sont les deux personnages récurrents de la scène politique française

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France — Enquête

Une association au cœur de la campagne 2017 de Jean-Luc Mélenchon mise en examen pour « escroquerie aggravée »

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Le cocu magnifique et l'innocent bafoué sont les deux personnages récurrents de la scène politique française. Ce n'est pas toujours du cocu cornu et rouge de honte de notre imagerie populaire qu'il s'agit, car il y a mille manières de se faire cocufier et les citoyens que nous sommes en ont une expérience particulièrement riche en péripéties. Les connaisseurs savent de quoi je parle, je suis sûr, les autres me comprendront à mi-mot.

En revanche, le profil de l'innocent bafoué est presque toujours le même, avec quelques variantes toutefois. Il est le plus souvent cet étrange personnage qui est pris les doigts dans le pot de confiture et avec de la confiture jusque derrière les oreilles ; parfois son innocence a simplement été pris en défaut et tout s'est passé si vite et à l'insu de son plein gré, qu'il n'en revient pas lui-même.

L'interprétation du personnage de l'innocent bafoué est un un des rôles les plus difficiles à tenir et peu d'interprètes sont vraiment convaincants surtout quand ce sont un juge d'instruction,  un président de tribunal ou un procureur de la République peu sensibles à la comedia del'arte qui officient.

François Bayrou et Fabien Roussel, s'agissant de leur mise en cause dans des histoires de détournement de fonctions flirtant avec des emplois fictivement pourvus, ont choisi une interprétation toute en retenue, mezza vocce, à la limite du murmure et du gémissement.

Autrefois,  dans situations analogues, Marine Le Pen, se mettait à grincer, à gratter le sol de son escarpin, à alterner vagissements, borborygmes, grognements, le tout en roulant des yeux et en faisant dans la canine menaçante. On allait voir ce qu'on allait voir et bien davantage encore; on n'a jamais rien vu, les banquiers de Poutine et  Bannon, l'homme de main de Trump,  ont sans doute aidé à payer l'addition.

La meilleure interprétation qui nous a été offerte était indiscutablement celle offerte par Sarkozy dans l'affaire concernant le financement de sa campagne électorale. Du grand art! Du rarement vu ! De l'expression corporelle et du moulinet de bras, de la mimique et de la grimace, du cri et du gémissement, de la roucoulade et des roulements de yeux en coordination parfaite, allant  de l'imploration de mânes des ancêtres au regard à terre dans la contrition la plus ridicule. Personne n'était dupe mais tous ont aimé. Quelque chose qui tenait de Louis Jouvet, flirtait parfois avec l'inoubliable Pierre Brasseur avec quelques furtives incursions chez Gérard Philippe. Une saison 2 et probablement une saison 3 sont prévues. Il est prudent de surveiller les programmations, les représentations pourraient bien se jouer guichets fermés.

Aujourd'hui c'est au tour  de la troupe rassemblée autour de Mélenchon de nous faire un remake de cette innocence sans cesse bafouée. Quelle interprétation nouvelle nous en sera-t-elle offerte ? Sortirons des vieux sentiers pour une espèce d'apothéose art nouveau comme le laisse supposer cette évanescente première déclaration ( « J’ai depuis les années 1970 quelques titres à faire valoir en termes militants, d’organisation d’événements et d’engagement politiques » Bernard Pignerol) ou n'aurons-nous droit qu'à une simple nouvelle mise en scène d'une vérité dont une fois de plus on usera qu'avec beaucoup de parcimonie.

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