REVOLUTIONNAIRE, IL EST REVOLUTIONNAIRE MON ROMANTISME

Ce 25 avril, c'est à dire après demain, mercredi, c'est à tout cela et à tous ceux-là que je penserai. Européen dans l'âme, c'est au Portugal que je laisserai vagabonder ma pensée et je serai, ce jour-là, portugais.

REVOLUTIONNAIRE, IL EST REVOLUTIONNAIRE MON ROMANTISME

Je n'ai pas pour les militaires une grande sympathie en général mais je n'ai que mépris pour l'antimilitarisme primaire et stérile. J'ai en horreur le soudard qui se révèle souvent dans toute armée mais je serai toujours attentif à ce que le soldat au service de sa patrie, de ses idéaux et de la démocratie soit respecté et honoré comme il se doit. Aussi bien quand il est en vie que quand il meurt de sa condition ou de sa mission.

J'exige de la part du soldat une loyauté sans faille et qu'il fasse sienne une règle d'airain qui exige que c'est le politique qui commande à la force et non l'inverse. Je tiendrai toujours en grande suspicion les états d'âme qu'un chef d'état major des armées, démissionnaire croit devoir confier à un hebdomadaire de la droite extrême avant de rejoindre une structure privée de conseils dont l'objet apparent n'est pas forcément l'objet réel. Je lirai toujours avec attention le journal de campagne ou les souvenirs et réflexions d'un homme d'arme et vous recommande à tous la lecture de « Rwanda, la fin du silence » du capitaine Guillaume Ancel.

Le 11 septembre 1973, un général félon entouré de ses sbires renversa un gouvernement légalement désigné et conduisit à la mort Salvador Allende, le président de la république chilienne. Une dictature impitoyable s'en suivit et la fleur de la jeunesse militante chilienne perdit la vie ou fut contrainte à l'exil.

En 2011, la Révolution du Jasmin fut préservée par la loyauté et la fidélité de L'Etat Major de l'armée tunisienne à un idéal. Il demanda aux soldats de s'interposer entre la police et les manifestants, d'éviter ainsi le pire. Il imposa à Ben Ali de s'exiler. Le 12 janvier 2011, à l'Assemblée Nationale, Madame Alliot Marie, alors ministre des affaires étrangères, proposa que la France fasse profiter le régime de Ben Ali de son expérience en matière de répression. Sans doute voulait-elle parler de ce savoir-faire acquis pendant la guerre d'Algérie que le général Paul Aussaresses avait déjà partagé avec ceux qui au Brésil, à Buenos Ayres et à Santiago du Chili avaient osé.

Le 25 avril 1974, au Portugal, les capitaines du Mouvement des Forces Armées furent à l'origine d'un coup d'Etat qui mit fin à une dictature de trente ans. De Salazar à Cataeno, elle avait maintenu le pays dans un état de non développement et exercé une oppression qui de Lisbonne, à Maputo et Luanda avait été sans pareille. Les guerres coloniales interminables et meurtrières au Mozambique et en Angola avaient eu raison de la loyauté des soldats et de leurs officiers.

Le cinéaste portugais Manoel de Oliveira tourna en 1990 « Non ou la vaine gloire de commander ». Il raconte en deux heures, 2000 ans d'histoire de son pays et en tire une philosophie : la grandeur d'un pays ne réside pas toujours dans ses victoires, ses conquêtes mais également dans ses défaites et les leçons qu'il en tire pour l'humanité toute entière. Le capitaine de l'armée coloniale qui partageait ainsi sa pensée avec ses soldats pendant une patrouille sur la benne d'un transport de troupes dans la jungle perdra la vie le 25 avril 1974.

Otelo Saraiva de Carvalho, capitaine de l'armée portugaise, était un de ces soldats. La nuit du 24 au 25 avril aux environs de 23h la chanson « E depois do Adeus » qui avait représenté le Portugal au grand prix de l'Eurovision cette année-là donna le signal de l'insurrection. Deux heures après ce sont les paroles de « Grândela Vila Morena » de José Afonso qui informèrent tous ceux qui étaient dans le secret de la conjuration que les opérations étaient engagées de manière irréversible.

 

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Le 25 avril, au matin, les portugais descendirent dans la rue et c'est à l'occasion d'un des rassemblements au marché au fleurs de Lisbonne en pleine saison des oeillets que le symbole de la Révolution portugaise pris corps.La dictature portugaise s'effondra ce jour-là, Mario Soares en exil à Rennes put revenir , le communiste Alvaro Cunhal rentra de son exil à Paris. Ces portugais avaient trouvé refuge chez nous en France.Caetano partit en exil en Brésil ; deux ans après les colonies africaines déclarèrent leurs indépendances et les soldats regagnèrent leurs casernements.

Le jeune Portugal entra dans la lumière pour mettre en œuvre la plateforme politique du mouvement des capitaines : démocratisation, décolonisation et développement économique. Parfois l'Histoire connait des accélérations, souvent le chemin est long, les atermoiements et dévoiements désespérants. Quand en 2013, le gouvernement portugais mit en place sa politique d'austérité, des députés entonnèrent à l'assemblée« Grândela Vila Morena », dans les manifestations portugaises contre l'austérité ce sera l'hymne renouvelé. Le gouvernement portugais ne comprit le message qu'en partie mais sut qu'il n'avait pas les mains totalement libres.

Le dictateur espagnol voisin Franco est mort en 1975 après une agonie artificielle de plusieurs semaines dans un hôpital. En France, nous sortions à peine d'une présidentielle qui avait vu Giscard d'Estaing l'emporter de justesse sur François Mitterrand. Charlie Hebdo, déjà eux, avait proposé leur une ou peut être seulement la publication dans leur rubrique « Les couvertures auxquelles vous avez échappé cette semaine » un dessin magnifique qui nous mit tous en jubilation. Franco était alité , sur sa droite se tenait un portugais qu'on ne devinait que parce que le dessinateur lui faisait chanter l'Internationale dans sa langue, sur sa gauche un français tout aussi hilare qui chantait lui aussi l'Internationale. La légende sous le dessin disait simplement : « A 83 ans, Franco découvre la stéréophonie ! ». Soupirs , sourires et fous rires faisaient bon ménage en ces temps-là.

 

Quant à lui, il s'est occupé de « Gauheria » jusqu'à son dernier souffle.

A Lisbonne, quand il ne lisait pas le Canard Enchainé , il faisait d'amicaux graffitis sur les affiches commémoratives.

C'était notre ami Bernard GHIENNE.

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Ce 25 avril, c'est à dire après demain, mercredi, c'est à tout cela et à tous ceux-là que je penserai. Européen dans l'âme, c'est au Portugal que je laisserai vagabonder ma pensée et je serai, ce jour-là, portugais.

J'aurai une pensée pour Aristide de Sousa Mendes, ce « Juste parmi les nations » qui en 1940 refusa de se soumettre aux ordres du gouvernement Salazar en délivrant sans distinction des milliers de visas à tous ceux qui étaient menacés et souhaitaient quitter la France au plus tôt. Cela s'est passé à Bordeaux. Il aurait émis et fait émettre par son Consulat plus de trente mille visas dont dix mille à des français et à des réfugiés de confession juive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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