ROSIE DAVIS

Rosie Davis est un film sensible et pudique mais il ne fait que montrer une fois de plus l'inacceptable et apporter ainsi sa contribution à la bonne conscience universelle.

Rosie est la mère de quatre enfants dont une préadolescente de treize ans. Son mari John-Paul travaille dans la restauration et plus précisément en cuisine avec un horaire assez élastique. Rosie, John-Paul et leurs enfants sont irlandais et vivent à Dublin. Un couple de la bonne trentaine, comme des milliers d'autres mais qui est confronté du jour au lendemain à une situation qui ébranle leur vie. En location, ils ont été contraints de quitter leur maison du jour au lendemain car le propriétaire a mis son bien en vente et les Davis n'ont pas été en mesure de l'acheter.

rosie-1
Nous découvrons des bribes de leur vie. La municipalité de Dublin prend en charge des nuitées dans des hôtels qui sont spécialisés dans l'hébergement de personnes isolées ou de familles sans logement. La solidarité familiale est limitée, un frère offre momentanément de garder quelques meubles, la grand-mère veut bien accueillir ses petits enfants mais un contentieux avec sa fille interdit à celle-ci l'accès même à l'ancienne maison familiale. Une amie apporte son concours pour quelques lessives.

La scolarisation des enfants est chaotique, le simple fait d'aller aux toilettes et de veiller à l'hygiène corporelle sont loin d'être simples.Toute l'énergie de la mère est mobilisée pour trouver un hébergement pour la nuit suivante et absorbée par ce qui relève de la simple survie. Le père travaille, effectue des heures supplémentaires pour subvenir aux besoins des siens tout en étant présent et attentif, tout en contribuant sur ses temps de pause à rechercher un logement moins précaire. Le couple, aimant, fait face à une adversité impalpable.

Le film montre avec sensibilité le quotidien de cette famille, de cette mère courageuse qui ne baisse pas les bras. La caméra est délicate et respectueuse, notre empathie naît très naturellement. Il n'y a rien à comprendre, nous voyons, nous entendons, nous partageons l'inquiétude et les espoirs de Rosie. Seulement voilà, l'empathie n'est pas que compassion, elle est un sentiment actif, très vite nous nous interrogeons et éprouvons justement le besoin de comprendre quels sont les mécanismes qui visiblement ne permettent pas à la situation d'évoluer.

Comment est-il possible qu'une famille avec des enfants très jeunes soit à la rue même avec une aide financière pour des hébergements inconfortables et précaires à l'hôtel ? Les Davis ne trouvent pas de maison, ni aucun autre logement à louer. La solution du logement social n'est jamais abordée, la location privée est effleurée de manière superficielle et formelle. Les Davis ne sont pas, selon leurs propres dires, des Sans Domicile Fixe mais à la recherche d'un domicile et entre deux nuitées en hôtel ils vivent dans un Domicile Mobile : leur voiture.

Nous savons que l'Irlande a connu des années fastes pendant lesquelles les crédits immobiliers coulaient à flots et des quartiers entiers surgissaient de terre avant que la bulle spéculative n'éclate et qu'un grand appauvrissement de la classe moyenne et à plus forte raison des irlandais les plus modestes s'en suive. Les difficultés des Davis en sont-ils une illustration ? Apparemment non. Ils sont une famille intemporelle dans leur propre pays. Ils sont également une famille hors-sol qui est immédiatement transférable dans n'importe quel pays d'Europe.

Nous savons qu'une fiscalité très avantageuse a attiré à Dublin des sociétés aux chiffres d'affaires et aux bénéfices exponentiels, que cette attraction a entraîné une raréfaction du logement accessible aux plus modestes. Les difficultés des Davis ont-elles à voir avec cela ?

C'est là que le bât blesse et que le film révèle sa principale insuffisance. Les difficultés économiques, la misère parfois, sont désormais connues et mille fois elles ont été montrées au cinéma. Certains mécanismes qui conduisent à la descente aux enfers d'une partie de la population ont été analysés et des solutions ébauchées. Il n'y a pas de spécificité irlandaise ou alors s'il y en a une elle n'est pas montrée.

Rosie Davis est un film sensible et pudique mais il ne fait que montrer une fois de plus l'inacceptable et apporter ainsi sa contribution à la bonne conscience universelle. Son insuffisance est dangereuse car il est à craindre désormais qu'à trop montrer l'inadmissible sans laisser entrevoir des réponses satisfaisantes, c'est apporter de l'eau au moulin des pires démagogues. Ceux qui surfent en parfaite connaissance de cause sur la souffrance des plus modestes.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.