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Billet de blog 25 juin 2022

LAISSEZ NOUS RIRE

Entre le ricanement sarcastique et inquiétant de la hyène et le sourire énigmatique du dauphin, il y a le rire de l'homme et surtout son humour, jusqu'à preuve du contraire à nul autre pareil.

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Entre le ricanement sarcastique et inquiétant de la hyène et le sourire énigmatique du dauphin, il y a le rire de l'homme et surtout son humour, jusqu'à preuve du contraire à nul autre pareil.

C'est l'humour qui nous sauve de l'adversité en nous permettant de mettre les rieurs de notre côté, de plonger dans la perplexité nos ennemis tout en déconcertant indécis et sceptiques. Les juifs en proie à la haine et aux pires persécutions excellent dans cet art subtil qu'est l'humour dont beaucoup de palestiniens se sont emparés après eux mais dont les plus obscurantistes d'entre eux restent totalement dépourvus.

Je vois déjà quelques frémissements parcourir les échines de ceux qui sont prêts à s'engouffrer dans la brèche qu'ils croient entrevoir pour honorer la cause qu'ils pensent servir. Et bien non, ce n'est pas de la cause palestinienne, qui serait par glissement celle de la paix en Proche-Orient, dont je veux parler aujourd'hui, mais la force de l'humour que je veux évoquer. Je me contenterai donc d'illustrer mon propos par une histoire prisée par les palestiniens les plus éclairés.

Lors d'un voyage en France, le président Yasser Arafat a fait un malaise apparement vagal, mais qui s'est révélé être une affection cardiaque certes bénigne mais nécessitant une intervention chirurgicale immédiate. A son réveil de l'anesthésie générale, ne se souvenant pratiquement de rien, il interroge son entourage pour savoir où il se trouve. « Au centre hospitalier de Villejuif, président » lui est-il répondu. A ces mots, Yasser Arafat sombre une nouvelle fois dans les limbes. Quand, revenu à lui, on lui explique qu'il vient de subir une intervention chirurgicale, sans complication cependant, pratiquée par le professeur Israël Cohen, le président Arafat retourne aussitôt d'où il vient à peine d'émerger. Contre mauvaise fortune il fait bon cœur et change de conversation en interrogeant sur le temps qu'il fait à l'extérieur. Mal lui en a pris car quand l'infirmière à ses côtés lui répond : « maussade », son cœur lâche définitivement. C'est ainsi qu'est passé de vie à trépas le premier président de l'Autorité nationale palestinienne issue des accords d'Oslo II.

C'est également cet humour qui a permis aux allemands de l 'ancienne RDA de prendre leur mal en patience et de conserver un sourire résigné jusqu'à ce que le mur de Berlin s'effondre.

Erich Honecker a dirigé la République Démocratique Allemande d'une main de fer de 1971 à 1989. Il avait une haute opinion de sa propre action comme de la place de la RDA dans le monde. Chaque matin, il se levait aux aurores et immuablement ouvrait la fenêtre de sa chambre puis les volets en bois. Après s'être longuement étiré et avoir respiré l'air frais du petit matin, il fixait le soleil droit dans les yeux et l'interrogeait  en ces termes : « Ooooh, Astre du jour, dis moi : «qui est le dirigeant le plus prestigieux de la nation la plus lumineuse ? » Invariablement, le soleil lui répondait :« Vous Président Honecker, assurément et sans l'ombre d'un doute. »

Alors Erich Honecker, rasséréné, s'asseyait invariablement à sa table devant une tasse de vrai café et un œuf à la coque accompagné d'un morceau de baguette française cuite au four par la chère Martha, la vieille cuisinière à son service depuis les lendemains de la guerre. Le sourire préalablement esquissé pouvait maintenant illuminer tout son visage avant une longue journée de travail au service de la patrie et surtout du parti.

Un soir d'été,   par le doute assailli, avant de se mettre au lit et alors que le soleil n'était pas encore couché (Erich Honecker avait l'habitude de se coucher avant le soleil et à se réveiller avant son lever), il l'invoque en lui reposant la question qu'il posait d'habitude à l'aube. Et le soleil de lui répondre du tac au tac : « Va te faire f..., je suis passé à l'ouest ! ».

Erich Honecker ne répondit pas, ne décrocha pas le soleil pour le déchiqueter et le jeter à la poubelle comme avait fait la reine-sorcière de Blanche-Neige et les sept nains avec le miroir qui avait trouvé la jeune fille plus belle que la marâtre. A partir de ce soir, il n'adressa plus un regard au soleil et encore moins la parole. Jour après jour, son sourire pâlit puis s'éteignit et la morosité gagna le vieux président.

Quelques années plus tard, le mur de Berlin s'est effondré et les deux Allemagnes ont été réunifiées.

Les juifs ne sont jamais loin dès que l'on évoque l'Allemagne, le Proche-Orient et la Palestine. Ils sont porteurs de la part d'humour et d'autodérision qui leur fait honneur et suscite même bien des envies.

Un rabbin se désespère que son fils se soit converti au catholicisme. Il s'en ouvre à dieu le père :  « Seigneur...(c'est en ces termes que les croyants judéo-chrétiens s'adressent à leur dieu. Un peu suranné et très ancien régime certes...mais l'interpeller par un familier Ecoute, bonhomme n'est pas encore entré dans les mœurs des églises, temples et synagogues) .

Donc :

  • Seigneur, je me désespère, mon fils s'est converti au christianisme !
  • Ne soyez pas triste mon fils, vous n'êtes pas le premier à qui cela arrive. Mon propre fils...
  • Mais qu'avez-vous fait alors ?
  • J'ai simplement rédigé un nouveau testament.

Dieu n'est ni colérique, ni  fataliste, ni rancunier, il est simple, raisonnable et réaliste.

Sarah et Moshe ont fêté leurs noces de diamant à l'automne dernier. Soixante ans d'un bonheur fait de hauts et de bas et dont les premiers l'ont toujours emporté sur les seconds. Soixante ans de taquineries, de mots en tout genre, de gestes tendres et de gritz et de gratz. Mais aujourd'hui, l'heure est à la tristesse.

Moshe est alité et souffre d'une mauvaise grippe rebelle et récidivante ; son âge comme son état général font craindre le pire et Sarah ne le quitte pas un instant, tenant tour à tour sa main à la peau parcheminée dans la sienne et épongeant doucement son front d'un linge humide.

  • Ma chère Sarah, je sens que c'est pour bientôt. Reste près de moi, cela me fait du bien et me rassure.
  • Je suis là, lui répond Sarah, j'ai toujours été là, auprès de toi pour le meilleur comme pour le pire. C'est vrai, je me souviens, tu étais à mes côtés l'année du terrible blizzard de 1937.
  • Oui, à tes côtés et nous avons fait face ensemble au vent violent et au froid insidieux et mortel.
  • Tu étais encore à mes côtés pendant les heures sombres du ghetto de Varsovie et de la nuit noire de Treblinka
  • Oui, mon ami et amour de ma vie. J'étais là également pendant les heures noires du pogrom de Kielce en 1946.

Alors, Moshe ouvre ses yeux jusque-là mi-clos, fixe sa bien-aimée et dans un sursaut de lucidité s'exclame :

  • Mais alors...mais alors, tu me portes la poisse depuis soixante ans !

Dans l'heure qui suivit, Moshe rendit son dernier souffle pour rejoindre définitivement son créateur.

Robert et Rachid quant à eux ne se connaissaient, ni d'Adam, ni d'Eve. Ils habitaient pourtant la même ville mais ils ne s'étaient jamais rencontrés ou alors ils s'étaient croisés sans se connaître. Robert, comme son prénom ne le dit pas, est originaire de Bourgogne, des environs de Dijon précisément, et Rachid est breton de récente souche. Ce sont les hasards de la vie professionnelle qui les ont fait migrer en Artois où Robert est boulanger-pâtissier et Rachid prothésiste dentaire.

Lassés d'habiter en location dans des appartements sans le moindre espace de vie extérieur, ils ont décidé de franchir le pas en accédant à la propriété. Ils auraient pu faire connaissance dans l'agence immobilière où même chez le notaire au moment de la signature de l'acte de vente car, par le plus pur des hasards, ils ont acheté des maisons jumelées réunies en parfaite symétrie sous une toiture unique à trois pentes comme il en existe tant en Artois.

L'avant des deux habitations se prolonge de deux jardinets en pelouse, séparés par deux rangées de rosiers grimpants de part et d'autre d'une discrète clôture en treillis datant des précédents occupants. Deux portails en bois blanc, d'une hauteur suffisante, empêchent la divagation des chiens de maison et l' intrusion de ceux qui errent.

Leurs portes d'entrée en façades ne sont séparées que par les fenêtres géminées d'une pièce de vie. Les façades sont d'une symétrie parfaite tant par le nombre de fenêtres au rez-de-chaussée qu'à l'étage que par les deux chiens-assis nichés dans le pan de toiture qui surplombe légèrement.

Les deux habitations présentent ainsi une unité architecturale qui se niche dans le moindre détail, mais une bonne rénovation et quelques rafraîchissements des peintures s'imposent.

Robert et Rachid ont fait véritablement connaissance la semaine de leurs emménagements respectifs. Ils sont plus que satisfaits de leurs acquisitions et après quelques mois de cohabitation en voisins discrets, respectueux et serviables, ils décident que tant qu'à faire ils ont tout intérêt à mener leurs projets de rénovation de concert et cela pour pour deux raisons au moins : des décisions communes quand aux choix des matériaux à mettre en œuvre et des coloris à retenir garantiraient la perpétuation d'un ensemble harmonieux et le fait de retenir les mêmes artisans pour les travaux à venir donneraient quelques avantages sur les prix.

Une fois les fenêtres et la porte d'entrée changées, les nouveaux volets en bois à battants posés, les façades rénovées et repeintes, ils ne sont pas déçus du résultat et s'en congratulent longuement.

  • Je crois que nous avons fait les bons choix pour nos rénovations.

Rachid opine de la tête. L'ensemble avait effectivement fière allure et restait cependant sans ostentation.

  •  Si je voulais revendre ma maison aujourd'hui, je ferais certainement une belle plus-value et j'en tirerai bien 150 000 euros.
  • C'est certain, moi j'en tirerai probablement au moins 200 000 euros.

Robert marque la surprise et se tourne vers son ami, interrogatif.

  • Pourquoi 200 000 euros ? Nos maisons sont parfaitement les mêmes et rénovées à l'identique ! Je ne comprends pas.
  • C'est que, moi si je la mettais en vente j'aurais un avantage sur toi... Mon voisin n'est pas arabe !

Rachid avait dit « arabe » pour se faire mieux comprendre. En fait, il n'est pas arabe bien que de mat de peau et noir des yeux. Il est un fils de berbère chleuh de Bretagne ; son  père était venu d'un village du Haut-Atlas apprendre à jouer du biniou à Brest où il avait lui-même rencontré une lorraine thioise venue jeter les premiers fondement d'un enseignement  du sanskrit à l'Université de Bretagne Occidentale. Je ne dirai jamais assez de bien du voyage et des brassages de nos gènes.

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