Une amie qui est souvent de bon conseil et qui nourrit à mon égard beaucoup de bienveillance s'assure toujours par temps de canicule que je boive suffisamment en me posant rituellement la question : « As-tu bu ? ». Je ne relève jamais l'ironie de sa question et, pour lui faire plaisir, je feins toujours de croire que je suis plus vieux que je ne le suis en réalité. Je sais qu'elle aussi n'apprécie que moyennement les très grandes chaleurs qui nous assomment de la même manière qu'elle déteste les températures excessivement basses qui nous figent en hiver.
J'ai noté au passage qu'elle est un pur produit de la pointe la plus occidentale de la péninsule d'un continent qui commence en Sibérie. Elle est une illustration raisonnable de la Théorie des climats de Montesquieu. Un pur produit d'une merveille climatique qu'à l'école on nous désignait comme un climat tempéré par opposition au climat continental froid ou chaud mais toujours sec et au climat océanique venteux et pluvieux dont sont dotés nos amis d'Irlande. La métaphore climatique s'impose à moi. Nous sommes confrontés aux extrêmes mais nous aimons la tempérance. Nous aimons nous laisser aller aux excès comme aux jours de carnavals mais nous aimons ce qui est rassurant et identifiable. Nous aimons les aventures amoureuses mais ne goûtons guère les aventures politiques.
L'amie dont je vous parle est d'une solide modération ce qui ne veut nullement dire qu'elle est conservatrice, timorée ou naïve. Elle est de celle dont on fait les pilotes de chasse, pondérée au quotidien, fulgurante quand nécessaire, audacieuse sans témérité excessive dans les situations qui le recommandent. D'ailleurs comme les pilotes de chasse, elle se gave de myrtilles pour entretenir et améliorer sans cesse sa vision nocturne et s'assurer un punch de tous les instants.
Hier, à l'approche de 40° à l'ombre, elle s'est mise en chasse d'un ventilateur sur pied qu'elle a fini par trouver. Elle ne l'a pas sorti de son emballage et l'a même laissé dans le coffre de sa voiture. S'étant ravisée à la dernière seconde (mais une fois l'achat fait), elle a jugé peu raisonnable d'utiliser un appareil qui consomme de l'électricité et dégage donc de la chaleur supplémentaire, pour brasser de l'air chaud. Elle était heureuse de faire ainsi quelques économies et fière de m'en faire part.
J'ai acquiescé mais je n'ai pas pu résister au plaisir de lui faire part que si elle avait fait l'acquisition d'un climatiseur, si elle avait renoncé à l'installer dans son appartement, les économies faites auraient été autrement plus substantielles que celles réalisées avec un simple ventilateur. Je l'ai ainsi fait profité de mon expérience.
Quand je suis dans ma phase de restriction budgétaire, je me rends à un arrêt de bus et quand celui-ci arrive, je ne l'emprunte pas mais lui cours après. Avec l'économie réalisée je m'offre une glace pour me rafraîchir de mon effort.
Réalisant l'intérêt matériel de cette pratique que ma perspicacité m'a fait découvrir tout à fait par hasard, je cours fréquemment après un autocar. C'est d'ailleurs devenu une véritable addiction. Dès que je vois un bus, je me mets à courir après, c'est plus fort que moi. Dans le quartier on m'appelle le Forest Gump de la ligne 7. Le plus inquiétant dans cette habitude , c'est que je cours à tort et à travers, parfois du matin au soir, me réjouissant la nuit de mes courses du lendemain et m'endormant le soir heureux de mes courses de la journée.
Chemin faisant, j'ai compris un jour que si je poursuivais un taxi plutôt qu'un bus, le gain serait autrement plus important et mentalement j'ai calculé le nombre de glaces que je pourrais m'offrir avec l'argent sauvegardé. J'ai toutefois renoncé à entreprendre cette nouvelle activité car les taxi roulent vraiment très vite sans jamais s'arrêter pour vous permettre de reprendre votre souffle.
Ce qui me paraît le plus important en tout ce que nous entreprenons, c'est la persévérance et surtout d'avoir de la suite dans les idées.