Francophonie: Alain Mabanckou refuse de participer au projet d'Emmanuel Macron!

Il est l’icône d'une jeunesse africaine assoiffée des libertés. A cause de sa liberté d'expression, sa tête est mise à prix par l'ogre de Mpila et "Hérode" du Congo-Brazzaville: Denis Sassou N'guesso, qui a droit de vie et de mort sur chaque Congolais. Alain Mabanckou, le Franco-Congolais n'a plus droit de mettre ses pieds dans son pays d'origine, la République du Congo.

Francophonie: Alain Mabanckou refuse de participer au projet d'Emmanuel Macron !

Par Freddy Mulongo, mercredi 17 janvier 2018  Radio Réveil FM International 

freddy-mulongo-alain-mabanckou

Alain Mabanckou

Il est l’icône d'une jeunesse africaine assoiffée des libertés. A cause de sa liberté d'expression, sa tête est mise à prix par l'ogre de Mpila et "Hérode" du Congo-Brazzaville: Denis Sassou N'guesso, qui a droit de vie et de mort sur chaque Congolais. Alain Mabanckou, le Franco-Congolais n'a plus droit de mettre ses pieds dans son pays d'origine, la République du Congo. Lorsqu'il ne donne pas ses cours de littérature francophone en Californie, Alain Mabanckou vit dans son appartement parisien, dans le quartier Château-Rouge, dans le 18è arrondissement de Paris.

Le président Emmanuel Macron a proposé à Alain Mabanckou de collaborer avec Leïla Slimani pour «contribuer aux travaux de réflexion autour de la langue française et de la francophonie». L'auteur de verre cassé lui répond, acerbe, dans une lettre ouverte. L'écrivain congolais Alain Mabanckou a exposé sans faux-fuyant toutes les lacunes qu’il reproche au concept. L’auteur met notamment en lumière le silence coupable de la “Francophonie « institutionnelle »” face aux “régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression” sur le continent ; mais également “les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine”.

Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de « contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie.»

Au XIXème siècle, lorsque le mot « francophonie » avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D’ailleurs, dans son ouvrage « Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique » (1904), dans le dessein de « pérenniser » la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales : « Où renaître ? Comment durer ?»

Qu’est-ce qui a changé de nos jours ? La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n’est pas seulement « protéger » la langue française qui, du reste n’est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d’auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial.

Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-Âge sont américains. Les étudiants d’Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français.

La plupart des universités américaines créent et financent sans l’aide de la France des départements de littérature française et d’études francophones. Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais : Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc.

La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grâce à l’émergence d’un imaginaire-monde en français.

Tous les deux, nous avions eu à cet effet un échange à la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à votre discours d’ouverture dans lequel vous n’aviez cité aucun auteur d’expression française venu d’ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d’affirmer que « l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie », comme si la France n’était pas un pays francophone !

Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie « institutionnelle » est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français ? Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat. Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et inaliénable : la liberté.

Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet.

Alain Mabanckou

Santa Monica, le 15 janvier 2018

Les journalistes se souviennent qu'au XVè Sommet de la Francophonie à Dakar, Denis Sassou N'guesso avec son candidat au poste de Secrétaire Général de la Francophonie, son inamovible ambassadeur parisien: Henri Lopez. Pour l'ogre de Mpila, d'après le deal fait aux pays africains, au Sommet du Vietnam, ce poste revenait de droit aux africains. Il faut dire que l'élection de Michaelle Jean n'était pas bien accueillie par tout le monde.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.