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Billet de blog 20 avr. 2014

Syrie : comment l'Etat a négocié la libération des quatre otages

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Syrie : comment l'Etat a négocié la libération des quatre otages

Par Freddy Mulongo, dimanche 20 avril 2014 Radio Réveil FM International 

La fin du calvaire enduré par les quatre journalistes enlevés il y a dix mois par des islamistes radicaux en Syrie est le fruit d'un intense travail souterrain. Et, très certainement, d'une contrepartie financière.

Didier François, journaliste (g) et le photographe indépendant Edouard Elias, deux des quatre otages français libérés après 10 mois de captivité en Syrie le 19 avril 2014. Didier François, journaliste (g) et le photographe indépendant Edouard Elias, deux des quatre otages français libérés après 10 mois de captivité en Syrie le 19 avril 2014.

Enfin libres ! Après avoir pris dans la soirée un avion médicalisé depuis Gaziantep, ville turque proche de la frontière syrienne, les quatre journalistes français relâchés samedi matin devaient atterir en milieu de nuit à la base militaire d'Evreux (Eure) pour y effectuer des examens médicaux complémentaires (ils ont été examinés hier par un médecin militaire en Turquie) et être « débriefés » par les services de renseignement.

Attendus vers 9 heures à Villacoublay (Hauts-de-Seine), après un ultime transfert en hélicoptère, ils seront accueillis par François Hollande et Laurent Fabius à l'aéroport et pourront enfin prendre du repos, en famille.

La DGSE à la manœuvre

Dans un pays où l'enlèvement est devenu un sport national, c'est la DGSE qui s'est chargée d'établir très rapidement un contact avec les ravisseurs. Un travail de fourmi qui a fini par payer. Capturés à des dates différentes en juin 2013, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres ont été regroupés à la fin de l'an dernier dans la région de Raqqa, à l'est de la Syrie.

Pendant leur détention, leurs employeurs et leurs familles ont reçu des preuves de vie : plusieurs témoins, directs ou indirects, ont pu donner des informations sur leur santé. « Ça n'a pas toujours été rose. Ils ont vécu une captivité très dure, assure une source proche du dossier. Là, ils paraissent en forme. En général, les ravisseurs les reboostent un peu avant de les faire sortir. »

Collaboration avec les services secrets étrangers

A Paris, la présidence de la République a géré le dossier des otages avec le ministère de la Défense. Laurent Fabius et la cellule de crise du Quai d'Orsay ont aussi été associés. François Hollande a exigé la discrétion absolue pour éviter les fuites. Mais des informations confidentielles ont été échangées avec d'autres services occidentaux pour mieux connaître les habitudes et le fonctionnement des ravisseurs : Etats-Unis, Espagne, Royaume-Uni.

Dans la dernière ligne droite, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s'est discrètement rendu en Turquie pour discuter des conditions logistiques de la libération des journalistes. « Nous savions depuis quelques jours que le dénouement était proche », explique une source proche du dossier. Les quatre hommes ont été récupérés par une patrouille turque près de la petite ville d'Akçakale (sud-est du pays), à un point de passage défini à l'avance.

Aux mains de jihadistes proches d'Al-Qaïda

Les ex-otages français ont été détenus par un groupe radical se revendiquant d'Al-Qaïda : l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ces jihadistes purs et durs, connus pour leur cruauté, sont censés combattre Bachar al-Assad et les troupes régulières du régime de Damas, mais, dans la réalité, ils s'opposent depuis des mois à d'autres groupes rebelles, dont les modérés de l'ASL (Armée syrienne libre).

L'EIIL attire dans ses rangs des apprentis combattants du monde entier dont plusieurs dizaines de Français. Ils sont réputés pour leur barbarie et adorent poster des vidéos de leurs « exploits » - exécutions, tortures... - sur les plates-formes de partage en ligne. Très influent il y a encore quelque temps, l'EIIL a cependant progressivement perdu du terrain, exaspérant les populations locales en cherchant à appliquer les stricts principes de la charia. Résultat, il se trouve désormais confiné à l'est de la Syrie. La France a profité de cet affaiblissement et de la prise de distance récente de son principal sponsor étranger, l'Arabie saoudite.

Officiellement, pas de rançon

François Hollande l'a répété à maintes reprises : officiellement, Paris ne verse pas de rançon. Façon évidente de dissuader tous ceux qui seraient tentés d'enlever des Français. Logiquement, le nouveau porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a assuré hier que rien n'avait été versé au groupe jihadiste. Cette version a le mérite de coller à la doctrine en vigueur.

« Il faut être très prudent sur la communication. Il faut qu'il y ait le moins de débat possible, insiste une source diplomatique. Il en va de la sécurité des autres otages* aux mains de cette mouvance. » Selon nos informations pourtant, la France, par le biais de la DGSE, a bel et bien directement négocié avec le groupe EIIL. Et le versement d'une contrepartie financière ne fait aucun doute.

*A ce jour, deux otages français restent détenus au Sahel : Serge Lazarevic, enlevé le 24 novembre 2011 et Gilberto Rodriguez Leal,le 20 novembre 2012.

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