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Billet de blog 22 avr. 2014

Election européenne: Marin Schulz, futur président de la Commission européenne ?

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Election européenne: Marin Schulz, futur président de la Commission européenne ?

Par Freddy Mulongo, mardi 22 avril 2014  Radio Réveil FM International 

L'Allemand Martin Schulz, candidat des sociaux-démocrates européens pour la présidence de la Commission européenne, souhaite une relance économique et entend lutter contre le dumping social. Photo Réveil FM International , à Berlin 14 avril 2014

Cirque d’Hiver, Paris (XIe), le 17 avril. « Mon ennemi, ce sont les inégalités », assure Martin Schulz, à la tête du Parlement européen depuis deux ans et candidat socialiste à la succession de José Manuel Barroso.

Demandez en France ce qu'évoque le nom de « Schulz », on risque de vous répondre : « Une série télévisée des années 1960 »... Peu de chance d'entendre citer le social-démocrate allemand Schulz (sans « t », contrairement à la série), de son prénom Martin (prononcez « Martine », à la germanique). Et pourtant, cet Allemand né dans la région d'Aix-la-Chapelle (à la jonction des Pays-Bas et de la Belgique) pourrait bientôt jouer un rôle capital dans la vie quotidienne des Français.

A la tête du Parlement européen depuis deux ans, il brigue aujourd'hui la présidence de la Commission européenne. Et si la gauche l'emporte lors du scrutin du 25 mai, cet autodidacte de 58 ans, membre du SPD allemand (gauche), succédera au libéral José Manuel Barroso. Une ultime marche à gravir pour cet homme jovial, polyglotte mais sans diplôme, devenu libraire grâce à l'apprentissage. Elu maire dans les années 1980 avant d'entrer au Parlement de Strasbourg en 1994, cet Européen convaincu incarne une certaine idée de la politique. « Il travaille seize heures par jour, mais ne peut rester quelques minutes devant un écran d'ordinateur. Il adore le contact, il faut toujours qu'il discute avec les gens », commente un de ses proches. Dans plusieurs langues. Appris à l'école et lors de ses vacances à Morlaix (Bretagne), son français lui permet, dit-on, de chanter Brassens à merveille. « C'est un bon vivant. Il ne boit que du jus de pomme, mais il a un bon coup de fourchette ! » ajoute un autre ami. Bref, « un type sympa, mais aussi capable d'accès de colère ». Pourtant, lorsqu'on lui fait remarquer qu'il débute sa campagne européenne contre l'austérité par un meeting en France, à Paris, en plein débat sur un plan d'économies de 50 Mds€, l'homme reste de marbre. Et répond, en vrai politique européen, à côté de la question...

Sa campagne

Vous lancez votre campagne en France juste après l'annonce d'un plan de rigueur. N'est-ce pas un handicap ?

MARTIN SCHULZ. L'actualité nationale de chaque Etat membre a un gros impact sur les européennes. En France, on parle du plan Valls. En Pologne, c'est l'Ukraine qui inquiète. Un candidat à la présidence de l'Union européenne (UE) doit parler des éléments partagés par tous. J'en vois trois : les inégalités, la jeunesse et la relance. Les grands spéculateurs font des milliards de profits, évitent les impôts, mais lorsqu'ils font des milliards de pertes, ce sont les contribuables qui payent... Cette inégalité de traitement choque tous les citoyens.

Votre ennemi, c'est la finance ?

Non, mon ennemi, ce sont les inégalités. J'introduirai donc un principe simple : le pays du profit est le pays d'imposition. Et je suis pour la fermeture des paradis fiscaux, y compris au sein de l'UE...

La relance et les banques

Serez-vous un président de la Commission européenne plus favorable à la croissance, à la relance, que ne l'était José Manuel Barroso ?

Certainement ! La promesse de la Commission depuis cinq ans a été simple : réduisons les dépenses de l'Etat, les investissements repartiront et nous aurons de la croissance. Cela n'a pas marché. Certes, il faut assainir les budgets publics. Les générations futures n'ont pas à payer nos dettes. Mais sans croissance, nous n'assainirons pas les comptes. Il faut en même temps investir dans les infrastructures, la recherche, l'environnement...

Faut-il respecter les fameux 3 % de déficits maximum ?

Les critères de Maastricht ne sont pas négociables. Les traités sont là, il faut les respecter. On peut cependant avoir une réflexion sur la manière de les calculer : on pourrait ne pas comptabiliser les investissements favorables à la croissance. L'Europe regroupe 28 Etats, pourquoi imposer une règle unique sans aucune flexibilité ? Regardez ce qu'a fait Gerhard Schröder en Allemagne au début des années 2000. On l'attaquait très durement sur ses déficits. Il a tenu bon, en disant : « Je défends mon industrie. » On croirait entendre Arnaud Montebourg...

Montebourg a raison d'affirmer que l'Europe ne peut pas vivre sans industrie. Il faut nous réindustrialiser. Ne jouons pas l'environnement contre l'emploi. La réduction du dioxyde de carbone est aussi une chance : les investissements dans le développement de machines-outils économes en énergie, par exemple, font baisser la pollution et tirent nos exportations.

Comment relancer les investissements en Europe ?

La Banque européenne d'investissement a vu ses capacités de prêt augmenter de 60 Mds€. Ce n'est pas suffisant. De plus, la relance passe par les petites et les moyennes entreprises, qui créent des emplois. Mais elles font face, dans tous les pays, à la raréfaction du crédit. C'est inadmissible ! Les banques empruntent auprès de la Banque centrale européenne à 0,25 % et n'utilisent pas cet argent pour prêter aux entreprises, mais pour spéculer à 6 ou 7 % d'intérêt. Je propose aussi de séparer les banques d'investissement des banques commerciales traditionnelles.

L'Europe et le social

Les citoyens européens ont l'impression que Bruxelles leur impose des contraintes mais ne leur apporte aucun avantage. Ont-ils raison ? Un discours populiste -- pas seulement à l'extrême droite, mais aussi à droite et à l'extrême gauche -- rabâche sans cesse cette idée. C'est archifaux. La compétition économique du XXI e siècle oppose des régions mondiales. Ceux qui veulent faire croire aux gens que le repli national peut apporter une réponse à la globalisation mentent. Pourquoi produit-on moins cher en Asie qu'en Europe ? Parce qu'il n'y a ni droit de grève, ni syndicats, ni salaire minimum, etc. Si on veut se défendre, il faut créer une règle simple : ceux qui veulent exporter vers l'Europe doivent respecter nos règles. Soyons courageux, exportons nos valeurs !

Au sein de l'Union européenne, certains Etats ne sont pas non plus irréprochables sur les droits sociaux...

C'est vrai. Mais même dans les pays européens les plus pauvres, les droits individuels sont beaucoup plus élevés que chez nos concurrents asiatiques. L'Europe doit même obliger les Etats membres à renforcer encore leur droit social. Je propose donc d'introduire un salaire minimum dans les 28 Etats membres. Mais ce smic ne serait pas identique partout, il devrait correspondre au niveau de richesse (PIB) de chaque pays.

L'Ukraine

L'Europe a-t-elle bien géré la crise ukrainienne ? L'Europe avait fait ce qu'il fallait : ouvrir ses portes. C'est le président ukrainien, Ianoukovitch, qui a refusé, sous la pression de Moscou, l'accord d'association proposé. Peut-on aujourd'hui blâmer l'UE ? La Russie, détentrice d'un droit de veto à l'ONU, a annexé une portion d'un autre Etat, au mépris du droit international. C'est inacceptable. Il s'agit d'une première depuis la Seconde Guerre mondiale.

Faut-il sanctionner économiquement ce pays ?

Oui, il le faut. Mais préparons nos citoyens car cela aura un impact sur notre économie : augmentation des prix de l'énergie en Europe, blocage des investissements européens en Russie, etc.

Les revenus des fonctionnaires européens

L'actuel président de la Commission européenne gagne, selon les médias, 300 000 € par an. Est-ce trop élevé ?

Je ne connaissais pas ce chiffre. Je ne suis pas candidat à ce poste pour l'argent.Si vous êtes élu, baisserez-vous votre salaire comme l'a fait François Hollande en 2012 (il gagne 14 910 € brut par mois) ?

Je ne me suis pas posé la question. Je m'occuperai de cela si je suis choisi.

Et si vous êtes président, l'ex-ministre de l'Economie Pierre Moscovici sera-t-il commissaire européen ?

Je l'ai rencontré. C'est un ami depuis très longtemps et le futur est inconnu.

Avez-vous aussi rencontré l'autre candidate française à un poste de commissaire, Elisabeth Guigou ?

C'est une amie depuis très longtemps et le futur est inconnu...

"Moi, président de la Commission " européenne : le candidat des sociaux-démocrates européens Martin Schulz a lancé jeudi dernier à Paris sa campagne devant les militants socialistes en promettant la lutte contre le dumping fiscal et social.

Accueilli aux cris de "Martin(e, prononcé à l'allemande), président!" par les quelques 2.000 (selon les organisateurs) militants venus de toute l'Europe, celui qui aspire à succéder à José Manuel Barroso aprs le scrutin du 25 mai a décliné le programme du Parti socialiste européen (PSE). "Mon principal combat sera de recréer les conditions de la croissance", a-t-il dit, s'engageant également sur un SMIC européen proportionnel au PIB de chaque pays, la lutte contre le dumping social et fiscal au sein même de l'Europe, une "charte des droits numérique pour défendre les droits individuels des citoyens en Europe" et la "fin des disparités salariales femme/homme".

Cet européen convaincu de 58 ans, avenant mais aussi autoritaire, fonceur et sans langue de bois, a, avec humour, repris à son compte dans un discours en français limpide, la figure de style qu'avait utilisée François Hollande lors de son débat télévisé contre Nicolas Sarkozy en 2012, lors de la présidentielle : "Moi, président de la Commission, je..." "L'Europe est en danger", a mis en garde à la tribune Jean-Christophe Cambadélis, le nouveau patron du PS, désignant le "bilan calamiteux" de M. Barroso et des droites européennes ainsi que "le vent mauvais de l'europhobie", attisé notamment par "la bête immonde" du nationalisme.

- "Des règles pour l'après crise" -

Réclamant "des règles pour l'après-crise" plus adaptées au contexte économique actuel que lors de l'adoption des 3% du traité de Maastricht (1992), il a appelé à "imposer par notre vote une nouvelle croissance".

Contrairement à M. Schulz qui n'envisage pas à ce stade de "changer" ce traité, M. Cambadélis a plaidé pour un changement "des critères de Maastricht" :"Oui, nous allons mettre au coeur de la campagne la question d'un nouveau traité social", a-t-il annoncé.

Au "peuple de gauche", il a demandé "de ne pas se tromper de colère : ce n'est pas l'Europe le problème mais le Parti populaire européen (droites) qui a gouverné l'Europe" ces dernières années.

Il faisait ainsi écho au mot d'ordre des socialistes européens : "L'austérité de Bruxelles est une erreur, par un autre vote, imposons une nouvelle croissance". "Les libertés économiques ne peuvent pas, ne doivent pas l'emporter sur les droits sociaux", a pour sa part défendu Pervenche Bérès, tête de liste pour l'Ile-de-France qui a prévenu qu'elle entendait bien faire "campagne sur l'Europe sociale".

Pour la première fois, à la faveur du traité de Lisbonne entré en vigueur fin 2009, les chefs d'Etat et de gouvernement européens devront tenir compte des résultats des élections européennes, et donc de la majorité obtenue au Parlement, pour la présidence de la Commission.

Le principal adversaire de Martin Schulz devrait être le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, le candidat des droites européennes. Derrière le slogan "mon candidat c'est Martin Schulz", les socialistes et leurs alliés du PRG parmi lesquels figuraient toutes les premiers de liste de chaque circonscription dont l'ex-syndicaliste Edouard Martin mais aussi la ministre de la Justice Christiane Taubira, l'ex-ministre Pierre Moscovici, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Harlem Désir espèrent que le candidat allemand parviendra à incarner une élection qui s'annonce difficile.

Les récents sondages donnent le PS en troisième position, derrière le FN et l'UMP le 25 mai. Certains craignent même que les écologistes passent devant. Deux autres personnalités sont également intervenues : le Premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka et la numéro 2 du Parti socialiste ouvrier espagnol, Elena Valenciano, dont l'intervention a été brièvement interrompu par des manifestants qui l'ont accusée à travers le déploiement d'une banderole : "l'austérité en Europe est aussi votre erreur". Face à l'abstention qui s'annonce importante, les socialistes ont prévu plusieurs instruments de campagne, dont le porte-à-porte ou encore un site internet, "Choisir notre Europe".

Sept autres meetings PS sont prévus d'ici le 25 mai dans les sept autres circonscriptions, dont Lille, Nantes et Lyon.

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