Freddy Mulongo (avatar)

Freddy Mulongo

Journaliste congolais vivant à Paris, défenseur de la liberté d'expression. Fondateur de Réveil FM International.Créée en 1999 à Kinshasa, Réveil FM est devenu Réveil FM International depuis 2007 à Paris.

Abonné·e de Mediapart

3403 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 novembre 2021

Freddy Mulongo (avatar)

Freddy Mulongo

Journaliste congolais vivant à Paris, défenseur de la liberté d'expression. Fondateur de Réveil FM International.Créée en 1999 à Kinshasa, Réveil FM est devenu Réveil FM International depuis 2007 à Paris.

Abonné·e de Mediapart

RDC: Choisir entre la Résistance avec De Gaulle ou l'Occupation avec Pétain !

Le Kongo est sous occupation ougando-rwandaise. Les fils et filles Kongo ont le choix entre deux personnages historiques. La Résistance avec le Général de Gaulle depuis Londres ou l'attitude du chien couchant avec le Maréchal Pétain, agent de l'occupation allemande. Nos propres compatriotes se comportent en Nazis contre nous. L'histoire de la France libre est plein d'enseignement.

Freddy Mulongo (avatar)

Freddy Mulongo

Journaliste congolais vivant à Paris, défenseur de la liberté d'expression. Fondateur de Réveil FM International.Créée en 1999 à Kinshasa, Réveil FM est devenu Réveil FM International depuis 2007 à Paris.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

RDC: Choisir entre la Résistance avec De Gaulle ou l'Occupation avec Pétain ! 

Freddy Mulongo Mukena, Réveil FM International

Illustration 1

La population française est un des enjeux du débarquement. Les alliés comme les occupants allemands ont besoin des Français. Les premiers comptent sur le soutien de la résistance pour entraver la défense allemande. Les Allemands n’accepteront eux "aucun acte d’indiscipline" comme le gouvernement de Vichy ne cesse de le rappeler.

À la radio d’État française, à midi, le 6 juin 1944, la voix chevrotante du maréchal Pétain se fait entendre. Le refrain est connu. Une fois encore, Pétain demande aux Français de ne rien faire qui puisse aggraver leurs souffrances. Une fois encore, il se présente comme le père bienveillant d’une nation en dangers.

"Français, les armées allemandes et anglo-saxonnes sont aux prises sur notre sol. La France devient ainsi un champ de bataille. Fonctionnaires, agents des services publics, cheminots, ouvriers, demeurez fermes à vos postes pour maintenir la vie de la nation et accomplir les tâches qui vous incombent. Français, n'aggravez pas nos malheurs par des actes qui risqueraient d'appeler sur vous de tragiques représailles. Ce seraient d'innocentes populations françaises qui en subiraient les conséquences. N'écoutez pas ceux qui, cherchant à exploiter notre détresse, conduiraient le pays au désastre. La France ne se sauvera qu'en observant la discipline la plus rigoureuse. Obéissez donc aux ordres du gouvernement. Que chacun reste face à son devoir. Les circonstances de la bataille pourront conduire l'armée allemande à prendre des dispositions spéciales dans les zones de combat. Acceptez cette nécessité, c'est une recommandation instante que je vous fais dans l'intérêt de votre sauvegarde. Je vous adjure, Français, de penser avant tout au péril mortel que courrait notre pays si ce solennel avertissement n'était pas entendu. "

Ce que les Français ignorent totalement, c’est que le maréchal Pétain a enregistré cette déclaration, cet "Appel au Peuple français " il y a bien longtemps déjà, le 17 mars à la demande expresse des Allemands. Des affiches sont également prévues de longue date. Il s’agit évidemment de dissuader les Français d’aider les alliés qui viennent de débarquer. C’est dans l’intérêt du pays et des Français…Les mots prononcés par Pétain rappellent ceux du 30 octobre 1940, son discours marquant l’entrée dans la collaboration quelques jours après sa rencontre avec Hitler à Montoir.  Décidément, jusqu’au bout, la France de Vichy collabore. D’ailleurs, dans la journée du 6 juin, Pétain se recueille sur les ruines de Saint-Etienne bombardée par les alliés.

Illustration 2

L'entrevue de Montoire est la rencontre qui eut lieu le 24 octobre 1940 entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler dans la gare de Montoire-sur-le-Loir. Elle avait été longuement préparée par la rencontre du ministre français des Affaires étrangères, Pierre Laval, avec l'ambassadeur d'Allemagne, Otto Abetz.

De Gaulle à la radio dans l'après-midi

Les Français entendent donc largement ce discours à midi. En fin d’après-midi le 6 juin, ceux qui parviennent à capter la BBC entendent la voix du général de Gaulle :

"Cette bataille, la France va la mener avec fureur. Elle va la mener en bon ordre. C'est ainsi que nous avons, depuis quinze cents ans, gagné chacune de nos victoires. C'est ainsi que nous gagnerons celle-là. En bon ordre ! Pour nos armées de terre, de mer, de l'air, il n'y a point de problème. Jamais elles ne furent plus ardentes, plus habiles, plus disciplinées. L'Afrique, l'Italie, l'océan et le ciel ont vu leur force et leur gloire renaissantes. La Terre natale les verra demain ! Pour la nation qui se bat, les pieds et les poings liés, contre l'oppresseur armé jusqu'aux dents, le bon ordre dans la bataille exige plusieurs conditions. La première est que les consignes données par le Gouvernement français et par les chefs français qu'il a qualifiés pour le faire soient exactement suivies. La seconde est que l'action menée par nous sur les arrières de l'ennemi soit conjuguée aussi étroitement que possible avec celle que mènent de front les armées alliées et françaises. Or, tout le monde doit prévoir que l'action des armées sera dure et sera longue. C'est dire que l'action des forces de la Résistance doit durer pour aller s'amplifiant jusqu'au moment de la déroute allemande. La troisième condition est que tous ceux qui sont capables d'agir, soit par les armes, soit par les destructions, soit par le renseignement, soit par le refus du travail utile à l'ennemi, ne se laissent pas faire prisonniers. Que tous ceux-là se dérobent d'avance à la clôture ou à la déportation ! Quelles que soient les difficultés, tout vaut mieux que d'être mis hors de combat sans combattre. La bataille de France a commencé. Il n'y a plus, dans la nation, dans l'Empire, dans les armées, qu'une seule et même volonté, qu'une seule et même espérance. Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes voici que reparaît le soleil de notre grandeur "

Ce n’est pas le discours que les alliés avaient préparé pour le Général. Pas question pour lui de n’être que le porte-parole des Anglo-Américains qui ne l’aiment guère mais qui ont tout de même besoin de lui pour mobiliser les forces de la résistance et des maquis. Arrivé d’Alger le 4 juin, il est informé au dernier moment du débarquement, mais il parvient finalement à imposer son propre discours. Un discours qui ne sera tout de même diffusé que huit longues heures après celui d’Eisenhower. Il sera ensuite largement diffusé en France, envoyé par les airs.

Churchill qui ne l’aimait pourtant guère a pleuré en entendant les mots du Général…

Les Français parlent aux Français: durant plus de quatre ans, sur la BBC, la France libre a mené une impitoyable guerre «en direct» contre Vichy et Radio Paris, appuyant la Résistance depuis Londres.

«Les sanglots lents des violons de l’automne… bercent mon cœur d’une langueur monotone.» La célèbre strophe du poème de Paul Verlaine, légèrement altérée («bercent» au lieu de «blessent»), a été citée d’innombrables fois dans les films de guerre pour illustrer les messages secrets émis par Radio Londres à l’approche du débarquement de Normandie.

Ce n’était évidemment pas du cinéma. Le message codé de Verlaine a bien été diffusé en deux phases, entre le 1er et le 5 juin 1944, parmi 200 autres avis cryptés, qui comprenaient également des leurres. La célèbre phrase était destinée au réseau Ventriloquist, actif dans le pays de la Loire, de la Sologne et jusqu’au Poitou. Elle donnait l’alerte, puis la confirmation d’ordre, pour le déclenchement du sabotage des voies ferrées situées à l’arrière de la Bretagne et de la Normandie. Les résistants s’y sont employés avec efficacité, ignorant l’immense importance de la réussite de leur action.

«Messages personnels»

Sur les ondes de la BBC, les «messages personnels» s’étaient en fait multipliés depuis le 1er juin 1944. Diffusés jusqu’à quatre fois par jour pendant un quart d’heure environ, ils étaient destinés surtout aux réseaux et aux groupes de la Résistance.

A l’approche du «D-Day», il s’agissait surtout d’ordres de sabotages massifs de lignes électriques et de télécommunications, de routes et de voies de chemins de fer, ou alors de l’annonces de parachutages d’armes.

Les auditeurs qui écoutaient clandestinement Radio Londres ont pu entendre des codes d’alerte comme «Christian, laisse tes cheveux tranquilles», «La cuisinière vient d’avoir des quintuplés» ou «Madeleine attend depuis dix minutes».  Ce dernier message, par exemple, était destiné au réseau de résistance Acolyte, dans la région de Roanne. Ce maquis provoquera des déraillements sur plusieurs voies ferrées nord-sud, la coupure du câble téléphonique Paris-Rome ou encore la destruction de la ligne haute tension alimentant Vichy. "Le crabe va rencontrer les serpents" ou "Le cheval envoie ses vœux à Polydore, sa filleule et ses amis".

Le principe des «messages personnels» avait été imaginé par l’ingénieur français Georges Bégué, qui était au service du Renseignement britannique. Le premier message, «Lisette va bien», a été émis le 3 septembre 1941 pour annoncer une opération de parachutage.

L’Appel du 18 juin

Mais la voix de la France libre, sur les ondes de la BBC, ne se limitait pas à ces messages codés. L’émission quotidienne «Les Français parlent aux Français» était en soi une arme de guerre, animée par des soldats du micro. Au travers d’éditoriaux, de chroniques, de sketches et de chansons, ils ont mené pendant plus de 1500 soirs une impitoyable «bataille des ondes».

La première salve a été tirée le 18 juin 1940 par le général de Gaulle. Dans un discours radiodiffusé majeur - peu entendu en direct mais largement reproduit par la presse française - il a lancé un vibrant «Appel» aux armes: «Quoi qu’il arrive, la flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.» Le général s’exprimera à 67 reprises au micro de la BBC.

Depuis l’immeuble victorien de la Bush House, l’équipe de la section française, menée par Jacques Duchesne, va alors inlassablement entretenir la flamme, multipliant les messages d’espoir et de combat. Les voix de Maurice Schumann, Jean Oberlé, René Cassin, Jean Marin, Brunius ou Pierre Dac (dès 1943), deviennent peu à peu familières: des milliers de Français écoutent Radio Londres soir après soir sur le continent, puis des centaines de milliers, jusqu’à mobiliser en 1944 les masses de patriotes de l’insurrection nationale.

Devoir et honneur

«Les voix de la BBC ont apporté aux Français l’espoir dans les heures les plus sombres. Elles leur ont révélé ce qu’une propagande de mensonge leur cachait. Elles leur ont sans cesse rappelé les exigences du devoir et de l’honneur. Elles ont contribué à piloter l’action résistante», commente l’historien de la France libre et ancien résistant Jean-Louis Crémieux-Brilhac.

Vichy et les nazis ont utilisé tous les moyens pour tenter de faire taire cette arme de guerre: brouillage (plutôt inefficace), diffusion puissante et attrayante de Radio Paris, interdiction d’écoute des programmes de la BBC… En zone occupée, la publication de textes d’émissions est même punie de mort. En vain. Ils perdront la bataille des ondes…

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.