Le château de Vauvenargues où repose Picasso n'est plus visitable !

Le château de Vauvenargues où repose Picasso n'est plus visitable !

Par Freddy Mulongo, vendredi 24 octobre 2014   Radio Réveil FM International 

Volets fermés, le château de Picasso n'est plus visitable. Photo Réveil FM International

Vauvenargues est à 14 km au nord-est d'Aix en Provence par la Départementale 10. Situé à la frontière des départements du Var et des Bouches du Rhône, Vauvenargues étend son vaste territoire au pied de la face Nord du massif de la Sainte Victoire.

La vallée qui entoure le village est de toute beauté, elle demeure intacte et accueillante. De très belles promenades sont à faire sur les sentiers de grande randonnée qui traversent Vauvenargues. Cependant, en raison des risques d'incendies, les abords de la Sainte Victoire sont protégés au mois de Juillet et Août.

 

Vauvenargues, le 5 février 2010, Freddy Mulongo et le château de Pablo Picasso (en arrière plan). Photo Réveil FM international

A l'extérieur du village, niché dans la verdure, le château de Vauvenargues semble surveiller l'entrée de la vallée. Flanqué de deux tours rondes du XIV° et entouré d'une enceinte du XVI°, son histoire mouvementée remonte aux Comtes de Provence.

On sait qu'en 1257 le château appartenait aux archevêques d' Aix , en 1722 Louis XV l'offrit pour bons et loyaux services rendus pendant la peste de 1720 à un certain Joseph de Clapiers....et c'est en 1958 que le château devint la propriété du célébrissime peintre Pablo Picasso qui, selon ses voeux en fit sa demeure éternelle.

Le château de Vauvenargues où le peintre Pablo Picasso et son épouse Jacqueline vécurent entre 1959 et 1965 a ouvert ses portes au public en 2009, à l’initiative de Catherine Hutin, fille de Jacqueline et actuelle propriétaire. Ce château, construit au XVIIème siècle, fut acheté par Picasso en septembre 1958. C’est là, au pied de l’escalier principal, sur la terrasse que reposent Pablo et Jacqueline Picasso depuis leur décès en 1973 et 1986. Leur tombeau est surmonté d’une statue en bronze, la femme au vase, dont l’original, exécuté en 1933, avait été exposé à l’entrée du pavillon espagnol de l’exposition internationale de Paris en 1937, là où fut dévoilé l’un des plus célèbres tableaux du maître espagnol: Guernica.

Les pièces les plus significatives de la vie de Pablo et de Jacqueline Picasso : la salle à manger, la chambre à coucher, la salle de bain où Picasso peignit à même le mur, au dessus de la baignoire, une figure de faune et l’atelier où il réalisa quelques uns de ses chefs-d'œuvre.

Picasso et le château

En septembre 1958, l’histoire du château rejoint celle du monde de l’art… Picasso acquiert la propriété et son domaine. Et l’on sait l’anecdote du peintre téléphonant à son marchand Kahnweiler :

- "J’ai acheté la Sainte Victoire de Cézanne".

- "Laquelle ?" lui demande son correspondant en pensant à un tableau.

- "L’originale" répond Picasso.

Picasso ne s’installe dans le château qu’au début de l’année suivante. Il ne s’agit alors pas d’un lieu de villégiature mais bien d’une installation pérenne que souhaite l’artiste pour échapper à une vie sociale trop prenante et au développement urbain de Cannes où il habite dans sa villa de La Californie, sur les hauteurs de la Croisette.

Même si les conditions de confort resteront toujours très rudimentaires (il fait néanmoins installer le chauffage central), ce refuge doit pouvoir lui permettre d’accueillir l’ensemble de ses collections, parmi lesquelles figurent trois chefs-d’oeuvre de Cézanne, une Vue de L’Estaque, Le Château Noir et des Baigneuses.

La plus grande partie de ces tableaux est accrochée sur les antiques murs du château.

Il déménage encore sa collection de sculptures en bronze qui se trouve alignée sur la terrasse, devant la façade du château, ou dans le corridor d’entrée. Ses propres oeuvres, ses livres, arrivent par centaines et des caisses entières sont stockées dans le château.

Picasso occupe véritablement la propriété sur une période relativement courte et par intervalles entre janvier 1959 et juin 1961. Mais Vauvenargues demeure un des hauts lieux de l’oeuvre parce que chacun des tableaux peints là en porte la marque indélébile.

A quatre-vingt ans, il dédie le domaine à sa jeune épouse Jacqueline, en peignant le portrait Jacqueline de Vauvenargues, nouvelle maîtresse des lieux.

C’est chronologiquement d’abord un énorme buffet noir acheté par le peintre qui va devenir un élément essentiel de cet univers de Vauvenargues. Pas moins de sept versions, dont de grands formats, chantent les formes bizarres de ce meuble.

"Une cochonnerie Henri II, rien de plus. Mais comme c’est beau !" dira Picasso. Ce buffet est encore en place dans le château. En s’installant à Vauvenargues, Picasso, privé de son Espagne natale à cause de la dictature franquiste, retrouve au pied de Sainte Victoire les paysages austères de son enfance.

Les tableaux qu’il peint durant cette période sont empreints de la nostalgie de son pays. Les rouges, les jaunes, les verts, couleurs caractéristiques de l’Espagne, dominent ses toiles, notamment la série des natures mortes avec pour objet principal une mandoline achetée en Arles, encore aujourd’hui accrochée au mur de la salle à manger du château.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.