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Billet de blog 11 décembre 2025

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Peut-on parler de "service public" quand on a des interviewers comme Duhamel ?

Benjamin Duhamel, hier, recevait Manuel Bompard sur France Inter. Pas pour faire un travail de journaliste : pour tenter de le décrédibiliser. Ou le service public au service d'une politique - et d'une communication - de classe.

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On peut avoir des désaccords avec La France insoumise ou certains de ses membres. J'en ai : je trouve par exemple insupportable d'entendre Jean-Luc Mélenchon affirmer que « Taïwan est une composante à part entière de la Chine ». C'est être du côté d'un impérialisme. Il suffit de penser à ce que sont les droits des minorités religieuses et des minorités sexuelles à Taïwan, rapportées à ce qu'elles sont en Chine, pour ressentir une profonde colère face au mépris manifeste du dirigeant de La France insoumise pour le sort qui pourrait être fait aux Taïwanais.

Manifester des désaccords, même aussi importants que celui que je viens de mentionner, ce n'est pas vouloir pour autant participer à ce permanent "LFI-bashing" auquel nous assistons ni vouloir oublier tout ce que cette formation politique porte de positif et de courageux. Si l'on se focalisait sur les travers des autres formations politiques et de leurs leaders comme l'on se focalise sur les travers (supposés ou réels tant le réel ne semble plus avoir pour nombre de responsables politiques et d'éditorialistes aucune importance) de LFI et de Mélenchon, il n'est nullement dit que ceux que l'on diabolise actuellement seraient ceux qui sortiraient le plus abîmés du débat public. Car enfin, qui parle ? Un Laurent Wauquiez épinglé par la chambre régionale des comptes pour ses frais de bouche mirobolants et qui ose dire qu'il est "temps d'arrêter l'assistanat" ? Que l'on prenne un peu le temps de regarder combien sont reluisants ceux qui affirment que La France insoumise, "sortie de l'arc républicain", serait un grand danger pour la France etc. On s'apercevra vite que le bien du pays - excepté leurs petits clans et tout ce que la France compte de dominants - est rarement leur affaire.

Ce que je viens d'écrire est même d'une absolue banalité tant c'est flagrant. Mais voilà : même si l'on peut espérer que le côté caricatural de tous ces gens finisse par leur faire perdre tout crédit - dit autrement, que leur manque de subtilité toujours plus manifeste finisse par leur porter préjudice - le cirque, pour l'heure, continue. Pas pour dire à Mélenchon qu'il déconne sur Taïwan : par effroi qu'une force de gauche, décidée à s'emparer quand elle le pourra d'enjeux essentiels, comme le dérèglement climatique, puisse parvenir au pouvoir. Ou pour détourner l'attention du public des turpitudes de forces politiques bien moins fréquentables que ne l'est LFI.

C'est donc une sale période. Et lorsqu'elle finira il faudra que le service public se ressaisisse, qui participe à l'affaissement du débat. Pas seul certes, et peut-être pas comme CNews, mais quand même : tellement.

L'interview de Manuel Bompard par Benjamin Duhamel, hier matin sur France Inter, est une honte : 

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-grande-matinale/la-grande-matinale-du-mercredi-10-decembre-2025-7033400

Car pour la xième fois, ce à quoi nous avons assisté n'est pas un entretien digne de ce nom avec le représentant d'une formation politique importante. C'est une tentative de "coincer" et de décrédibiliser l'invité et sa formation. Or il y a un monde de différence entre recevoir un responsable politique pour lui permettre de s'exprimer en étant prêt à le contredire sur la base de commentaires sérieux, corrélés à des faits, et la misérable performance d'un Benjamin Duhamel apparaissant en défenseur de l'ordre établi maquillé en journaliste. Duhamel, presque sans reprendre son souffle, aura essayé tout ce qu'il pouvait pour déstabiliser Bompard, affirmant que son invité était mal à l'aise face à l'une de ses questions alors qu'il ne l'était pas du tout et tentant par une circonvolution relevant du grotesque de faire croire à l'auditeur que Mélenchon pourrait être un genre de Trump à la française.

Une telle performance signe vraiment le déshonneur de ceux - celles, s'il s'agit des responsables de Radio France et de France Inter - qui ont voulu que cet homme-là occupe cette place-là, et au-delà le déshonneur du service public.

La France ne manque pas de journalistes capables de bien faire leur boulot. Promouvoir un bourgeois acharné à défendre l'ordre bourgeois - ou peut-être n'importe quel ordre tant qu'il est pouvoir - à la tête d'une matinale d'une radio publique, c'est faire le choix de nous desservir quasiment tous au profit de quelques-uns.

Il faudra qu'un jour ce monsieur s'en aille et même qu'il traîne un moment ses guêtres sur les bancs d'une école de journalisme, si possible - et s'il en existe, je n'en sais rien - bien choisie, histoire de mesurer combien il n'est pas à la hauteur des fonctions qu'il occupe. Mais cela - je veux dire être à cette hauteur - l'intéresse sans doute assez peu.

Frédéric Debomy

P.S. Quant à Franz-Olivier Giesbert qui voit dans le fait de servir la soupe à Nicolas Sarkozy une occasion de se revêtir de grandeur, que dire ? Même si cela est de peu d'importance, un mystère demeure s'agissant de tels personnages : sont-ils dupes d'eux-mêmes ? La suffisance de Giesbert me semble être l'indice d'un refoulement. Les lignes qui précèdent l'entretien avec le multi-condamné Sarkozy illustrent parfaitement le besoin de "FOG", comme il faudrait l'appeler, de se donner de l'importance : "Nous avons eu avec Nicolas Sarkozy pas mal de hauts et à peu près autant de bas, notamment quand il était président de la République. On ne citera pas nos échanges dans leur crudité au cas où – on ne sait jamais – des enfants liraient ces lignes." Comprenez : je discute et me dispute avec un président de la République, je suis quelqu'un. On serait quelqu'un parce qu'on a passé sa vie à naviguer dans les cercles de pouvoir. La vérité est à mon avis bien moins à l'avantage de ce malheureux Giesbert, pour ne pas dire que c'est cousu de fil blanc : si Sarkozy choisit de s'entretenir avec lui, c'est parce qu'il l'estime suffisamment complaisant et non parce qu'il voit en lui une forte personnalité. À cela, se faire donner du "grand journaliste" par des médiocres ou s'exprimer avec arrogance ne changera rien. On ne peut d'ailleurs qu'être saisi par la vulgarité du personnage, qui semble croire qu'être un malotru compense la vacuité, dès qu'il intervient sur un quelconque plateau.

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