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Billet de blog 12 mai 2025

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Sfar : sauver la partie

Et j'en arrêterai là, pour le moment du moins, de mes commentaires sur ces gens (Sfar et Horvilleur - s'ils parviennent à demander qu'Israël soit mis sous pression, je les saluerai).

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Cela n'a sans doute pas été facile pour Sfar de commencer (parce que l'on en est que là et il n'est pas dit qu'il aille plus loin) à changer de position.

L'homme a tendance à nous vendre (comme sans doute il se vend) une vision idéalisée d'Israël : l'article que lui a consacré Blast le 26 avril dernier pointe sa façon de présenter deux extrémistes qui sont au cœur du pouvoir israélien comme, en somme, deux marginaux, sur lesquels il ne faudrait pas s'attarder car la réalité d'Israël serait ailleurs.

On croirait aussi à l'entendre que personne, ou pas loin, ne souhaiterait en Israël la guerre et les atrocités en cours. Je renverrai ici une fois de plus - mais j'aurais pu avoir recours à d'autres sources - à la tribune "Citoyens israéliens, nous appelons à une pression internationale pour qu'Israël cesse le massacre" (Libération du 18 octobre 2024), où des personnalités israéliennes occupées à autre chose que fantasmer Israël écrivaient notamment que "la majorité" des Israéliens, "hélas", soutenaient "la poursuite de la guerre".

Bien obligé de se rendre compte, avec un retard considérable qui pose la question de son souci réel, et non déclaratif, des Palestiniens, que la guerre en cours est pour reprendre le mot tardif d'Horvilleur une guerre d'"annihilation", Sfar veut encore implicitement justifier ce retard en évoquant un changement de nature progressif de cette guerre, ce qui est discutable mais que je veux bien que l'on discute si l'on admet tout de même que dès le début ce fut une boucherie et que toutes les saloperies que l'on entendit sur le fait que les victimes civiles n'étaient que "collatérales", Israël ayant le souci d'éviter un maximum de ces victimes civiles, étaient de sacrées obscénités, de même que l'affirmation que tout ça n'avait pour objectif que de libérer des otages était une fable.

Car on peut depuis deux jours lire sur Instagram, cet espace où Sfar adore se donner la réplique à lui-même sous forme de bande dessinée en se représentant toujours face à des contradicteurs qui seraient des abrutis (c'est pratique), le propos suivant d'un homme qui se pense apte à nous éclairer : "La guerre pour libérer les otages ou combattre le Hamas était légitime."

Et alors là, stop. Toute personne civilisée sait qu'une libération d'otages ça se négocie. Otages israéliens contre prisonniers politiques palestiniens. Voilà ce qu'il aurait fallu faire. Ne serait-ce que pour préserver les vies des otages israéliens.

Comme il aurait fallu tirer les leçons du 7 octobre en remettant cet événement dans le contexte d'une situation toujours plus intenable pour les Palestiniens, qui ne pouvait à l'un ou l'autre moment que déclencher la violence, une violence évidemment regrettable mais que justement il aurait fallu prévenir. Expliquer cette violence par un éternel retour de la haine des juifs était la réaction la plus lamentable, et la plus hypocrite, qu'il se puisse trouver. La plus improductive aussi, comme la plus injuste car elle faisait fi de la souffrance palestienne. Le 7 octobre, ç'aurait pu être l' occasion de faire droit à la souffrance palestienne comme à la souffrance israélienne, parfaitement compréhensible - incontestablement compréhensible - au vu des atrocités commises par le Hamas. Encore aurait-il fallu avoir des commentateurs doués d'un peu de maturité, et non des personnages du type Joann Sfar.

Qu'il se garde donc ses idées de guerre juste et se taise enfin (ou joue à la guerre dans ses bandes dessinées). La gravité de ce qui se joue au Proche-Orient appelle, pour le bien des Palestiniens - qui, désolé, est aujourd'hui l'urgence absolue - comme pour celui des Israéliens que seuls des individus aux allures de grandes personnes se mêlent désormais à la discussion.

Frédéric Debomy 

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