Frédéric Debomy
Ecrivain, scénariste de bande dessinée
Abonné·e de Mediapart

26 Billets

1 Éditions

Billet de blog 13 févr. 2021

Frédéric Debomy
Ecrivain, scénariste de bande dessinée
Abonné·e de Mediapart

En Birmanie, couvre-feu, arrestations et libérations : du déjà vu

La façon dont l'armée birmane entend contrer la résistance du pays à son dernier coup d'Etat rappelle ses façons de procéder habituelles.

Frédéric Debomy
Ecrivain, scénariste de bande dessinée
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Souffler le chaud et le froid. Telle a été longtemps la façon dont l'armée birmane s'y prenait pour tenter de convaincre le monde extérieur qu'elle était prête à davantage d'ouverture politique et ainsi modérer la pression internationale. [1] Elle s'y essaie encore. Sauf que : qui peut encore y croire (ou faire semblant)?

Ainsi la dictature militaire vient-elle de libérer 23 314 prisonniers non politiques au moment même où elle arrête à tours de bras, la nuit, ceux qu'elle identifie comme des "têtes" du mouvement populaire de résistance à son coup d'Etat (une immense révolte, qu'elle n'avait certainement pas anticipé). 

Rien de bien nouveau. J'écrivais par exemple dans le livre Birmanie, de la dictature à la démocratie?, en 2014 : "La libération d'une poignée de prisonniers politiques - généralement accompagnée de l'arrestation et de la détention d'autres militants - a longtemps été utilisée pour faire croire à l'imminence d'un changement." Bref : les arrestations doivent retenir notre attention, non les libérations à ceci près qu'elles fournissent des bras "civils" à la répression.

La stratégie du couvre-feu, quant à elle, avait déjà été mise en place en 2007 pour arrêter à l'abri des regards les personnes mobilisées contre la dictature. Benoît Guillaume, Sylvain Victor et moi-même rendions compte dans notre livre consacré à la mobilisation de 2007, Sur le fil, de cette stratégie (voir image). On assiste aujourd'hui à des tentatives de la population d'y résister par une solidarité dans la vigilance nocturne. Cependant, les arrestations se poursuivent.

Frédéric Debomy

[1] Avec du reste un certain succès. Beaucoup ont plaidé un "engagement constructif" avec le régime birman. Le terme vient d'ailleurs d'être utilisé par le représentant de la Birmanie (c'est-à-dire de l'armée putschiste) devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies pour désigner la façon dont la communauté internationale devrait selon lui traiter les maîtres du pays.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
« Ce slogan, c’est un projet politique »
Alors que des milliers de personnes bravent la répression et manifestent en Iran depuis une semaine, le régime des mollahs est-il menacé ? Nous analysons ce soulèvement exceptionnel impulsé par des femmes et qui transcende les classes sociales avec nos invité·es. 
par À l’air libre
Journal — Social
Mobilisation pour les salaires : pas de déferlante mais « un premier avertissement »
À l’appel de trois organisations syndicales, plusieurs manifestations ont été organisées jeudi, dans tout le pays, pour réclamer une hausse des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux, avec des airs de tour de chauffe avant une possible mobilisation contre la réforme des retraites.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Santé
La hausse du budget de la Sécu laisse un arrière-goût d’austérité aux hôpitaux et Ehpad publics
Pour 2023, le gouvernement propose un budget en très forte augmentation pour l’assurance-maladie. Mais les hôpitaux publics et les Ehpad ont fait leurs comptes. Et ils ont de quoi s’inquiéter, vu la hausse du point d’indice, la revalorisation des carrières et l’inflation.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Défense
Défense française : le débat confisqué
Le ministre des armées répète que les questions militaires sont l’affaire de tous. En France, en 2022, tout le monde n’est pourtant pas invité à en débattre.
par Justine Brabant

La sélection du Club

Billet de blog
Ceci n'est pas mon féminisme
Mardi 20 septembre, un article publié sur Mediapart intitulé « Face à l’immobilisme, les féministes se radicalisent » a attiré mon attention. Depuis quelque temps, je me questionne sur cette branche radicale du féminisme qu’on entend de plus en plus, surtout dans les médias.
par Agnès Druel
Billet de blog
Cher Jean-Luc
Tu as dit samedi soir sur France 2 qu’on pouvait ne pas être d’accord entre féministes. Je prends ça comme une invitation à une discussion politique. Je l'ouvre donc ici.
par carolinedehaas
Billet de blog
La diffamation comme garde-fou démocratique ?
À quoi s’attaque le mouvement #MeToo par le truchement des réseaux sociaux ? À la « fama », à la réputation, à la légende dorée. Autrement dit à ce qui affecte le plus les femmes et les hommes publics : leur empreinte discursive dans l’Histoire. Ce nerf sensible peut faire crier à la diffamation, mais n’est-ce pas sain, en démocratie, de ne jamais s’en laisser conter ?
par Bertrand ROUZIES
Billet de blog
Il n’y a pas que la justice qui dit le juste
Dans les débats sur les violences sexistes et sexuelles, il y a un malentendu. Il n’y a pas que l’institution judiciaire qui dit le juste. La société civile peut se donner des règles qui peuvent être plus exigeantes que la loi. Ce sont alors d’autres instances que l’institution judiciaire qui disent le juste et sanctionnent son non respect, et ce n’est pas moins légitime.
par stephane@lavignotte.org