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Billet de blog 28 mars 2013

Faut-il redouter un génocide des musulmans de Birmanie?

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Soucieux d'attirer l'attention sur la situation des Rohingya, une population musulmane de Birmanie considérée par les Nations unies comme l'une des minorités les plus persécutées du monde, certains militants ont eu recours depuis de nombreux mois au mot “ génocide ”. Il est fréquent que ce terme soit utilisé de manière abusive, dans l'espoir de faire comprendre à l'opinion la gravité d'une situation. On peut et doit reprocher aux militants qui l'emploient avec légèreté leur manque de rigueur : il y a un risque, à employer le mot à tout va, de le vider de son sens. Et ce n'est pas parce qu'une situation ne peut pas être qualifiée de génocide qu'elle n'est pas grave.

En outre, cette précipitation à employer un terme dont ils maîtrisent mal la définition peut empêcher certains militants de saisir le moment où la mise en œuvre d'un génocide succèderait à de simples violences.

Qu'est-ce qu'un génocide? Et la situation des musulmans de Birmanie (et non plus des seuls Rohingya) justifie-t-elle de recourir à ce vocabulaire?

Crime contre l'humanité et génocide

Le mot “ génocide ” a été inventé en 1944 par le juriste Raphaël Lemkin. L'historien américain Raul Hilberg, décédé en 2007, évoque dans son livre La Destruction des Juifs d'Europe le processus qui conduira à l'adoption par les Nations unies d'une Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide : « Sur le plan international, Raphaël Lemkin fut presque seul, au début, à entreprendre la campagne qui devait aboutir à la rédaction d’une convention visant les auteurs d’actes commis dans l’intention de détruire en totalité ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux » (1). Cette définition du génocide, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1948, est reprise telle quelle par la Cour pénale internationale. Le génocide est donc à distinguer du “ simple ” crime contre l'humanité, consistant en des actes « commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile et en connaissance de cette attaque ». La différence est notamment dans l'intentionnalité : la volonté non pas de soumission d'un groupe, mais de destruction de ce dernier. Dans son texte Le crime de génocide, Raphaël Lemkin rappelle que les Allemands (comprendre : l'Etat allemand) désiraient “ l'extermination totale ” des Juifs. Il écrit également : « Le génocide peut être perpétré par des actes frappant des individus, lorsque l'intention finale est l'annihilation du groupe entier dont ces individus font partie ». La préméditation, l'intention délibérée et un “ état de criminalité systématique ” caractérisent le génocide.

Quels sont les auteurs du génocide? L'auteur, écrit Lemkin, « est l'Etat ou des groupes puissants ayant l'appui de cet Etat ». Quelle en est la mécanique? Lemkin parle de « complot visant la destruction ou l'affaiblissement d'un groupe national, racial ou religieux ». Pour la Cour pénale internationale, le génocide se caractérise à la fois par l'intention d'extermination totale ou partielle d'une population et la mise en œuvre de cette volonté. Raul Hilberg s'intéresse dans La Destruction des Juifs d'Europe au « mécanisme de la destruction », un « processus organisé ».

L'exemple du génocide des Tutsi

Si l'on prend l'exemple du génocide des Tutsi du Rwanda (celui que l'auteur de ces lignes connaît le mieux), on remarque que la propagande d'incitation à la haine des Tutsi a précédé leur extermination. Des organes de presse extrémistes comme le journal Kangura et la fameuse Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) ont préparé les esprits non seulement à accepter l'élimination des Tutsi mais aussi à prendre part à leur extermination. Dans le même temps – soit au début des années quatre-vingt-dix – se sont constituées les milices interahamwe et impuzamugambi. Des pogroms ont eu lieu avant que le génocide proprement dit – c'est-à-dire une entreprise d'élimination systématique – n'entraîne la disparition de huit cent mille à un million de personnes entre avril et juillet 1994.

Médias extrémistes, milices : ce ne sont pas là les seuls acteurs du génocide, ni ses instigateurs. La responsabilité du gouvernement intérimaire rwandais, comme l'implication de l'armée rwandaise, sont choses connues. Mais il est important de noter que la préparation et la perpétration d’un génocide sont secrètes et dissimulées : les nazis n'ont pas rendu public leur plan d'élimination des Juifs et des Tziganes. De même, le gouvernement intérimaire rwandais a prétendu, s'agissant du massacre des Tutsi, que rien n'avait été planifié : « Les massacres qui ont eu lieu », affirmait l'un de ses ministres, « ont été des massacres organisés par la population spontanément » (2). Il se serait agi d'une forme d'auto-défense, la population devant se défendre de la menace que constituait l'existence des Tutsi. De la même façon, les nazis avaient affirmé que les Juifs menaçaient l'Allemagne.

Un renversement est donc opéré : ceux qui mettent en œuvre une politique d'extermination d'une population prétendent que l'existence de la majorité est menacée par cette population même qu'ils comptent éliminer.

Des moines bouddhistes extrémistes

Ce type de rhétorique victimaire, caractéristique du discours génocidaire, se retrouve dans les mots de Wirathu, le moine bouddhiste birman qui prêche la haine des musulmans. Wirathu recourt à la figure classique de l'ennemi intérieur : les musulmans de Birmanie prendraient progressivement le contrôle du pays. Leur intolérance religieuse – l'extrémiste, c'est l'autre – mettrait en péril à la fois la nation birmane et la religion bouddhiste, consubstantielles l'une à l'autre.

On aurait tort de prendre cet extrémiste à la légère. Car Wirathu n'est pas seul : les militants du mouvement 969, qu'il appelle à soutenir, diffusent la même propagande. Ces moines extrémistes, que soutiennent des militants laïcs, demandent notamment à leurs coreligionnaires bouddhistes de boycotter les commerces des musulmans pour favoriser ceux qui arborent le sigle 969. D'après un article de Kosak Tuscangate paru dans Asia Sentinel et récemment traduit dans Courrier international, on trouverait désormais dans tout le pays « des comités locaux du mouvement qui organisent des évènements, proposent des sermons religieux et distribuent des CD, des livres et des tracts anti-musulmans ». Mark Farmaner, de l'organisation Burma Campaign UK, affirme avoir eu connaissance de telles actions dans les Etats mon, shan, kachin et karen.

C'est une chose de constater l'existence d'une propagande, c'en est une autre d'en mesurer l'impact. Or à l'évidence, un événement aussi banal que celui survenu le 20 mars dernier – une querelle entre clients bouddhistes et commerçants musulmans dans la boutique tenue par ces derniers – n'aurait pas dû entraîner des conséquences aussi graves que celles auxquelles nous avons assisté ces derniers jours : meurtres de dizaines de personnes, déplacements de population. Pour qu'un tel déferlement de violence soit possible, il faut bien évidemment qu'existe une tension préalable. Cette tension est-elle, en premier lieu, le fruit de la campagne du mouvement 969 ou l'expression de préjugés bien établis dans la société birmane? En tout état de cause, si l'extrémisme prend, c'est qu'il rencontre un terrain favorable : l'idée qu'être birman c'est être bouddhiste, combiné aux difficultés de la vie quotidienne, sont un terrain propice à la montée de l'extrémisme anti-musulmans.

Mais le plus inquiétant est que les extrémistes bouddhistes ne se contentent pas de propager la haine : ils incitent à la violence. D'après un article de Libération, « les exactions commises ces derniers jours ont souvent le même mode opératoire : des pamphlets et des vidéos sont diffusés à la population et se mêlent à des prêches radicaux de bonzes intégristes. Puis des émeutiers sont amenés en camion pour casser, incendier et chasser les habitants ». Les violences ne sont pas le simple fruit de la propagande : elles sont organisées. 

Une question doit être posée : pourquoi Wirathu et les militants du mouvement 969 ne sont-ils pas empêchés de prêcher la haine? Car enfin, le régime birman sait parfaitement réprimer ceux qui le dérangent. On peut formuler ici plusieurs hypothèses. La première : le régime birman serait le complice, voire l'instigateur, de ces violences. Cette hypothèse est avancée par différents observateurs : il s'agirait de créer une situation de chaos justifiant le retour à une dictature absolue. Il existe une variante à cette hypothèse : ce ne serait pas le régime qui serait l'instigateur, ou le complice, de la campagne anti-musulmans, mais une partie du régime souhaitant en finir avec le processus d'ouverture politique initié par le président Thein Sein. Ces hypothèses (surtout la deuxième) ne sont pas à rejeter. Il faut cependant signaler qu'elles semblent jusqu'à présent s'appuyer davantage sur l'intime conviction de ceux qui les formulent que sur des faits – à moins, et c'est possible, que des informations aient échappé à l'auteur de ces lignes. Un analyste, Maung Zarni, évoque bien sur sa page Facebook des « sources proches de Naypyidaw » affirmant que des ministres seraient impliqués dans l'organisation des violences mais il ne nous sera pas possible, en l'absence d'éléments plus précis, d'assurer la fiabilité de ces informations. Il existe une autre possibilité, que ne devraient pas négliger les analystes : la possibilité qu'il n'y ait personne au-dessus des moines extrémistes. On peut alors imaginer que le régime hésite à réprimer un mouvement populaire mené par des moines (on notera cependant qu'en 2007 la “ révolution safran ” des moines bouddhistes birmans a été matée par la dictature). 

Supposons donc que le régime ne soit pas impliqué : serait-ce plus rassurant? On aurait tort de le penser. En laissant les moines extrémistes poursuivre leur campagne, le régime ferait preuve d'inconscience : on ne peut exclure que le mouvement 969 prenne alors progressivement une ampleur telle qu'il finisse par représenter un danger pour le régime lui-même. Dans un contexte où la popularité de Wirathu et des siens irait croissante, le ralliement de militaires et de politiques à leur cause ne saurait être exclu. Rappelons ici que le remaniement ministériel du 27 août 2012, favorable à la garde rapprochée du président Thein Sein, perçue comme réformatrice, a pu générer des frustrations. Il faut de même penser aux parlementaires de l'USDP – le parti majoritaire, émanation de la dictature – qui auraient tout à perdre à la marginalisation progressive de leur formation politique en cas de victoire de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d'Aung San Suu Kyi, aux élections législatives de 2015. Prendre en compte la situation de ces personnels militaires et politiques conforte deux hypothèses : celle qui veut qu'une fraction du régime joue un rôle dans l'organisation de la violence anti-musulmans ; celle qui envisage un ralliement d'une partie de l'armée aux moines extrémistes en cas de popularité croissante de ces derniers.

Dans le contexte d'un ralliement de l'armée aux moines extrémistes, la mise en œuvre d'un plan d'extermination programmé des musulmans de Birmanie ne serait pas à exclure.

Laissons maintenant la prospective pour en revenir à la situation actuelle. Peut-on parler de génocide pour la qualifier? Premier constat : le caractère organisé des violences doit nous inquiéter. Il faut cependant distinguer pogroms et génocide : aucun plan d'élimination systématique des musulmans de Birmanie n'est aujourd'hui apparent. Nous ne devons cependant pas conclure à l'inexistence d'un tel plan : les auteurs de génocide, nous l'avons noté, n'avouent jamais leur projet. En outre, qu'un tel plan n'ait peut-être pas encore été pensé ne signifie pas que l'idée n'en vienne pas aux extrémistes. Wurathu et les militants du mouvement 969 sont assurément dans les dispositions psychologiques qui mènent à de telles idées. Je dirai donc que nous sommes plus probablement aujourd'hui dans une situation potentiellement pré-génocidaire que dans une situation de génocide à proprement parler. Au Rwanda, dans les années quatre-vingt-dix, la mise en place d'une organisation et les pogroms à l'encontre des Tutsi ont précédé le génocide proprement dit.

Des Rohingya en particulier aux musulmans en général

Un génocide des musulmans de Birmanie est-il seulement possible?

On aurait tort de répondre : "mais non". Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre le danger de laisser s'étendre un mouvement extrémiste comme le mouvement 969. 

Rappelons d'abord que les violences survenues ces derniers jours ont été précédées de violences dans l'Etat d'Arakan, une région de l'Ouest du pays où cohabitent difficilement Rohingya musulmans et Rakhine bouddhistes. Le 28 mai 2012, une jeune rakhine était violée et tuée et le crime immédiatement attribué à trois Rohingya. Dès lors, ce fut l'escalade : les représailles succédèrent aux représailles, entraînant le déplacement d'au moins 100 000 personnes. Les Rohingya furent les principales victimes de ces violences. L'ONG Human Rights Watch accusait notamment l'armée et la police birmane, ainsi que la NaSaKa (une milice déployée de longue date par le pouvoir sur la frontière entre l'Etat d'Arakan et le Bangladesh), de commettre de graves violations des droits de l'homme à l'encontre des Rohingya (meurtres, arrestations massives, viols, obstruction à l'aide humanitaire). Tomás Ojea Quintana, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Birmanie, interrogeait le comportement du gouvernement birman face à cette crise: « Il est pour moi clair qu’il y a au sein du gouvernement un groupe de jusqu’au-boutistes qui s’emploie à appliquer cette politique de discrimination au travers de mesures concrètes à l’encontre des Rohingya […] Ma préoccupation est que je ne sais pas ce qu’est la position du président Thein Sein sur cette question. » Tun Khin, un militant rohingya établi en Grande-Bretagne, remarquait que le gouvernement – doté de « l’une des forces militaires les plus importantes de l’Asie du Sud-est ainsi que des forces de police et de sécurité parmi les plus redoutées de la région » – n'avait rien entrepris pour faire cesser les violences. D'après lui, le régime permettait aux violences de se poursuivre parce que cela servait son agenda : l'exclusion des Rohingya du pays. Pour Tomás Ojea Quintana, la crise en Arakan « ne [devait] pas être l'occasion d'exclure de façon permanente une communauté jugée indésirable ». Quelle fut, dans ce contexte, l'attitude du parti d'Aung San Suu Kyi, fer de lance du combat pour la démocratie? Pour l'essentiel, un grand silence. Mais pas tout à fait : dans un communiqué daté du 24 octobre 2012, la Ligue nationale pour la démocratie utilisa le terme “ bengalis ” pour désigner les Rohingya, comme tous ceux qui refusaient de les considérer comme des nationaux. Pressée de justifier son quasi mutisme, Aung San Suu Kyi évoqua sa volonté de demeurer neutre dans le conflit opposant Rakhine et Rohingya. Renvoyer les parties dos à dos n'était pourtant pas pertinent : la discrimination dont les Rohingya font l'objet est sans équivalent chez les Rakhine. Aucune loi n'a jamais déchu les Rakhine de leur citoyenneté et aucune volonté de les contraindre à quitter le pays ne s'est jamais manifestée. Sur la nécessaire révision de la loi de 1982, qui a privé les Rohingya de leurs droits les plus élémentaires, Aung San Suu Kyi n'a pas souhaité se prononcer.

Une absence de réaction, propice à la montée de l'extrémisme

Une autre attitude du régime et de la Ligue nationale pour la démocratie aurait peut-être contribué à éviter que la haine ne s'étende des seuls Rohingya aux musulmans de Birmanie en général. 

Or, nous l'avons indiqué, le régime birman n'a pas empêché les moines extrémistes de mener campagne. Et lorsque des violences ont éclaté le 20 mars dernier dans la ville de Meiktila, les forces de sécurité ont passivement regardé les gens se faire tuer. Le président Thein Sein a depuis proclamé l'état d'urgence dans la principale zone de conflit. Il a également déclaré que les efforts des « extrémistes religieux » pour propager la haine en Birmanie ne seraient « pas tolérés », mais sans désigner clairement les fauteurs de trouble. Sa déclaration laisse donc supposer que des extrémistes des deux bords, bouddhistes et musulmans, seraient à l'origine des violences. La réalité, on l'a vu, est un peu différente. Il ne serait en outre pas prudent de prendre ce que dit Thein Sein pour argent comptant. La possibilité qu'il joue un double jeu ne doit pas être écartée : ses déclarations viseraient alors à faire croire au monde extérieur que le régime n'est en rien lié aux propagandistes anti-musulmans, ce qui reste à confirmer. L'important est maintenant de voir dans quelle mesure les déclarations de Thein Sein seront suivies de faits.

Aung San Suu Kyi a été, quant à elle, quasi muette depuis le 20 mars. Son seul commentaire signifiant a consisté à excuser les forces de sécurité birmanes, qui « manqueraient d'entraînement », de ne pas empêcher les tueries.

Dire que la réaction d'Aung San Suu Kyi est très en-dessous de ce que requiert la situation est un euphémisme. Peut-être la “ dame ” craint-elle d'avoir l'air de donner raison au moine extrémiste Wirathu, qui l'accuse d'être instrumentalisée par les musulmans, si elle dénonce la haine à leur encontre? Ou peut-être craint-elle de perdre une partie de son assise populaire ou simplement de mécontenter certains membres de son parti? Dans tous les cas, sa réaction, qui est pour l'essentiel une absence de réaction, est la plus inconséquente qui soit : laisser dire et laisser faire offre aux extrémistes l'opportunité de gagner toujours plus de terrain.

L'opposition au régime ne se limite certes pas à la seule Ligue nationale pour la démocratie. Les organisations portant les revendications des minorités nationales se montreront-elles plus solidaires des musulmans de Birmanie? Cela n'est pas certain : jusqu'à présent, les organisations rohingya n'ont pas été acceptées au sein des plateformes fédérant l'opposition au régime. D'après Harn Yawnghwe, de l'Euro Burma Office, cela s'explique par la volonté des minorités de ne pas s'aliéner les Rakhine.

Aucun des acteurs birmans – dont le clergé bouddhiste – n'ayant encore véritablement pris ses responsabilités face à la montée d'un extrémisme anti-Rohingya et anti-musulmans en Birmanie, il incombe à la communauté internationale de prendre les siennes. Va-t-elle faire le choix de la cécité pour ne pas compromettre ses investissements? L'Union européenne lèvera-t-elle les sanctions visant un régime qui laisse se développer l'extrémisme religieux? Il peut être confortable de se dire : “ certes, des problèmes demeurent en Birmanie mais l'essentiel est le processus d'ouverture initié par le président Thein Sein et nous n'allons pas taper sur un régime qui consent enfin à l'ouverture ; quant à Aung San Suu Kyi, elle n'est pas parfaite mais nous n'allons pas pour autant la critiquer car c'est tout de même elle que nous souhaitons voir parvenir au pouvoir ”.

Répondre à l'extrémisme par le laisser-faire est pourtant grandement inconséquent. Si nul, au niveau national comme international, n'entreprend rien pour décourager Wirathu et ses adeptes, ceux-ci pourraient bien progresser et constituer une menace plus sérieuse encore pour l'avenir du pays. Le terrain est propice : les paysans victimes d'accaparements de terres, s'ils ne trouvent pas le soutien nécessaire auprès d'Aung San Suu Kyi et de sa formation, resteront-ils tous imperméables à la propagande disant que la Ligue nationale pour la démocratie est aux mains des musulmans et que ceux-ci doivent être chassés ou exterminés? Dans un tel contexte, un extrémisme musulman ne risque-t-il pas de se développer en miroir? Et tout cela d'aboutir au chaos?

(1) Il peut s'agir aussi d'un groupe politique. L'URSS aurait fait retirer la référence au politique de la définition onusienne pour se protéger.

(2) Olivier Bramanti et Frédéric Debomy, Turquoise, Les Cahiers dessinés, 2012.

Frédéric Debomy

Ancien coordinateur et président de l'association Info Birmanie, à l'origine du dialogue entre Aung San Suu Kyi et Stéphane Hessel publié dans le livre "Résistances" (Don Quichotte, 2011). Auteur, avec Olivier Bramanti, d'une fiction sur le génocice des Tutsi du Rwanda ("Turquoise", Les Cahiers dessinés, 2012). En janvier 2010, j'ai pris part, comme chercheur, à un colloque de l'Ecole des hautes études en sciences sociales sur les entreprises de "réécriture" de l'histoire du génocide des Tutsi du Rwanda.

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