Après Cash Investigation : Perturbateurs endocriniens, la pensée magique des industriels et des médecins

L’industrie, l’agriculture, la société s’est longtemps abandonnée au totem du progrès, sans trop savoir ce qu’elle y voyait. Elle a préféré rester aveugle aux blessés pour n’entendre que le son des rendements fabuleux, chaussant pour cela les lunettes de la statistique sur lesquelles est écrit « il faut attendre la preuve absolue ». Ce fétichisme du chiffre qui dit tout est un autre Grand-Tout…

… tel que je l’ai dénoncé avant-hier. Démonstration par l’histoire du Distilbène®, dans un livre que j’ai écrit il y a cinq ans. Un médicament qui a démontré le rôle très perturbateur pour notre système hormonal de molécules de la même famille, celles dont on a parlé dans Cash Investigation, et la mécanique du déni des industriels.

Texte extrait de Les nouvelles pollutions invisibles, paru chez Delachaux & Niestlé en 2011 (pour la seconde édition)

 

Une molécule miracle pour la grossesse

Entre 1966 et 1969, les cancérologues de l’hôpital général de Boston diagnostiquent huit cas d’un cancer extrêmement rare, l’adénocarcinome vaginal à cellules claires. Une tumeur maligne qui, d’ordinaire, ne frappe que les femmes ménopausées. Et que l’on soigne le plus souvent par l’ablation totale du vagin et de l’utérus. Une mutilation d’autant plus épouvantable qu’à Boston, les huit malades sont toutes âgées de moins de trente ans. Pourquoi tant de cas, ici, d’une maladie quasi-inexistante ailleurs ? Pourquoi les patientes sont-elles aussi jeunes ? Il faut envisager une cause commune. Pour tenter de la trouver, l’équipe des professeurs Herbst et Ulfelder récupèrent les dossiers médicaux de chaque famille. Le 22 avril 1971, dans le New England Journal of Medicine, ils dénoncent le responsable de ce cas unique dans l’histoire de la médecine américaine : Distilbène®. Les mères de sept de leurs huit patientes avaient pris ce médicament durant les trois premiers mois de leur grossesse.

Synthétisé en 1938 par Edward Charles Dodds, un médecin anglais, le Distilbène®, ou diéthylstilbestrol, ou encore DES, est la première hormone artificielle de l’histoire. Dès sa commercialisation, cette molécule qui agit comme une hormone femelle du groupe des œstrogènes, l’œstradiol, est auréolée de toutes les vertus. Du coup, on l’emploie à tout va. D’abord pour lutter contre les grossesses difficiles, qu’on croyait alors être la conséquence d’une insuffisance en œstrogènes. Puis, au lendemain de la guerre, pour soutenir toute grossesse, mal ou bien engagée, prévenir les risques de prématurité, stopper la montée de lait, faciliter la ménopause, réduire l’acné ou encore… traiter le cancer de la prostate. Les éleveurs de bétail s’en servent aussi comme anabolisant : le Distilbène® accroît de 10 à 20 % le poids des bovins, de 15 à 25 % celui des poulets et de 5 à 12 % le rendement du fourrage. Entre 1948 et 1971, près de 6 millions de femmes américaines et européennes ont été traitées au Distilbène®. En France, de 1950 à 1977, la molécule, également vendue sous le nom de stilbestrolborne®, a été administrée à plusieurs centaines de milliers de patientes.

Les travaux de l’équipe de Boston ont eu un retentissement énorme dans le monde médical. D’abord parce qu’ils accusèrent une molécule qu’on présentait encore comme miraculeuse. Ensuite, parce qu’ils montraient pour la première fois qu’une espèce chimique mimant une hormone, administrée à des doses extrêmement faibles, était susceptible d’entraîner de graves désordres quelques décennies plus tard. Enfin, l’étude détruisait le dogme de la barrière placentaire, censée bloquer tout contaminant présent dans les tissus de la mère.

Rien qu’en France, on estime que 160 000 personnes ont été empoisonnées. Parmi elles, 80 000 femmes. Combien ont développé des anomalies ? Mystère : l’épidémiologie n’est pas une discipline très en vogue chez nous. Mais une chose est sûre : une majorité a eu, a et aura de grandes difficultés à enfanter. En effet, le Distilbène® perturbe l’élaboration des organes sexuels chez l’embryon. Les victimes ne s’en rendent compte que lorsqu’elles sont en âge de devenir mères. Le nombre de grossesses extra-utérines, de fausses couches et de grande prématurité est plus élevé chez elles que chez les autres femmes. Elles sont aussi plus exposées aux cancers du vagin ou du col de l’utérus.

 

Souris, hommes, égales victimes

Les hommes nés de mères sous traitement ne sont pas épargnés. En 1975, un jeune scientifique de l’Institut national de médecine de l’environnement de Caroline du Nord publia dans Science un article explosif sur la molécule merveilleuse. Selon John MacLachlan, des souris mâles exposées pendant leur vie embryonnaire développent des anomalies de l’appareil génital : testicules non descendus ou trop petits, kystes divers, spermatozoïdes difformes, entre autres joyeusetés. Pendant qu’il menait ses travaux, MacLachlan recevait des informations d’Arthur Haney, du centre médical de l’université de Duke. Affecté à l’épidémiologie des victimes du DES, ce dernier téléphonait à son collègue dès qu’il dénichait une nouvelle anomalie chez ses malades de sexe mâle. Invariablement, MacLachlan découvrait la même affection quelques jours plus tard chez les souris. Parfois, c’était l’inverse ! En mars 2002, une étude publiée par The Lancet nous apprit qu’aux Pays-Bas la prise de Distilbène® (interdit là-bas en 1978) se serait traduite par des malformations chez les… petits-fils des femmes traitées ! La fréquence de l’hypospadias (malformation de la verge chez laquelle l’orifice de l’urètre se trouve non pas à son extrémité, mais sur sa face inférieure) serait plus élevée chez les petits garçons nés de mères contaminées au stade fœtal. Le médicament conserverait donc sa nocivité sur trois générations, ce que semble confirmer une étude menée par Nicolas Kalfa, de l’Unité d’Endocrinologie-Gynécologie Pédiatrique du CHU de Montpellier, parue en 2011 : parmi les petits-fils de grands-mères placées sous DES, on compterait près de 8 % de cas d’hypospadias, contre… 0,2 % dans une population témoin.

 

En France, que de temps perdu !

En 1971, les États-Unis interdisent le Distilbène® sur leur territoire. Dès 1952, pas moins de quatre travaux américains avaient prouvé que le remède révolutionnaire ne servait à rien, voire augmentait la prévalence ce qu’il était censé prévenir : fausses couches, accouchements avant terme, enfants mort-nés. En 1959, à la suite d’expériences menées sur l’animal qui avaient mis en évidence l’effet tératogène de la molécule, celle-ci fut interdite pour l’élevage des volailles. Mais personne ne pouvait alors imaginer qu’une molécule, qui plus est administrée à des doses très faibles, forcément bloquée par le placenta (le mythe sécuritaire de l’époque), était capable de bouleverser sans signe avant-coureur l’anatomie de la génération suivante. La France n’interdit le médicament qu’en 1977. À cette date, le dictionnaire Vidal informait médecins et pharmaciens que la molécule « est formellement contre-indiquée chez la femme enceinte car elle peut entraîner dans la descendance, chez les garçons, des aberrations de l’appareil génital ; chez les filles en âge de procréer, des difformités cervico-génitales, des anomalies utérines responsables de stérilité primaire ou d’accidents de la grossesse ». Le médicament sera consommé en Espagne jusqu’en 1983.

Le 24 mai 2002, le tribunal de grande instance de Nanterre reconnut la « responsabilité sans faute » du laboratoire UCB Pharma (fabricant en France) dans les cancers génitaux de deux jeunes femmes. Dix ans de procédure, une victoire pour l’association DES-France qui regroupe les personnes victimes de ce médicament-poison. « Le laboratoire étant redevable d’une obligation de sécurité », le tribunal estima « qu’à partir du moment où il ne l’a pas respectée, il n’est pas nécessaire de rechercher une faute particulière pour entrer en voie de condamnation ». Ce qui n’empêcha pas UCB Pharma de se retrancher derrière l’opportune découverte, en Norvège, où le Distilbène® n’a jamais été distribué, de patientes atteintes des mêmes cancers exceptionnellement précoces. Autrement dit, pour les avocats d’UCB Pharma, le lien statistique liant les adénocarcinomes à la prise de ce médicament par les mères de ces plaignantes n’était pas suffisamment épais pour être considéré comme une preuve. Pas de lien de cause à effet. Défense classique. Nathalie X., 35 ans, et Ingrid X., 30 ans, débarrassées de leur utérus et de leur vagin tumoraux (mais dédommagées à hauteur de 15 244 euros chacune), furent pourtant soulagées : le laboratoire affirma dans un communiqué publié après sa condamnation, être conscient de leur douleur. Et de ses intérêts : il s’est pourvu en appel, lequel a été rejeté le 30 avril 2004 par le tribunal de Versailles. Le jugement fut plus sévère qu’à Nanterre : « Cette société a manqué à son obligation de vigilance et commit une série de fautes en ne surveillant pas l’efficacité du produit litigieux et ce, nonobstant les avertissements contenus dans la littérature médico-scientifique, notamment en 1939 et en 1962/63. » UCB Pharma a demandé la récusation des experts médicaux et s’est pourvu en Cassation. Le 24 septembre 2009, la plus haute juridiction les a déboutés, leur demandant, de fait, de prouver que les plaignantes ont tort. Une inversion de la charge de la preuve pas très courante en France.

Cela dit, la justice devrait aussi s’interroger sur les responsabilités de l’ensemble du corps médical français qui, en toute conscience ou, pire, en toute inculture de la littérature spécialisée, continua de prescrire le produit en dépit des risques avérés. Petit détail amusant, quand le Parisien a relaté le travail du Pr Kalfa, il a demandé le 5 avril 2011 à Mohamed Chaoui, DG d’UCB (Mise à jour : c’est aujourd’hui Jean-Christophe Tellier qui est le directeur général de l’entreprise), ce qu’il en pensait. « UCB a toujours assumé ses responsabilités quand elles sont établies. Mais, à notre connaissance, il n'y a aucun lien scientifique établi entre le Distilbène et la troisième génération de personnes concernées ».

Bon marché car non brevetée, « n’exhibant » aucune toxicité aiguë (ainsi que l’on cause chez les épidémiologistes), réputée moderne parce que totalement artificielle, la molécule a aveuglé le monde scientifique avant d’empoisonner des milliers de femmes. La publication de travaux démontrant non seulement l’inefficacité du produit, mais aussi, et surtout, sa toxicité chronique et transgénérationnelle pour l’être humain, n’a pas éveillé de doute chez les praticiens, qui se sont persuadés de son efficacité. Une méthode Coué à l’origine de la plus grande erreur médicale du siècle dernier. Le Distilbène® est le seul perturbateur endocrinien dont on a pu suivre le parcours sur plusieurs générations. « Grâce » à lui, chercheurs et médecins savent désormais à quoi s’attendre avec les perturbateurs endocriniens.

Mise à jour du 3/2/2016 : le déni continue, comme en témoignent les confrères et consœurs de L’Express. Novartis est un autre laboratoire condamné. 

 

Du sexe au cerveau, des Grands lacs au Mexique

Malgré l’épaississement du faisceau de présomptions, il est encore possible d’ergoter, en arguant que les doses utilisées sur les animaux de laboratoire sont toujours supérieures à celles auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés. On oublie pourtant que les systèmes endocrines, immunitaires et génétiques des vertébrés supérieurs sont quasi identiques. Que les perturbateurs endocriniens concernent aussi notre espèce. Les drames du Distilbène® et du bénomyl® l’ont montré. Les Inuits de Broughton (nord-est du Canada, en zone arctique) en sont la démonstration. Leurs enfants doivent sans doute leurs infections à répétition et leurs difficultés d’apprentissage aux PCB accumulés pendant une trentaine d’années dans la graisse des animaux dont ils se nourrissent et transmis par leurs mères.

La preuve est toutefois impossible : ces produits agissent à des doses si faibles et sur une échelle si longue que le lien entre l’exposition et la pathologie ne peut être établi. Mais de nombreux chercheurs ont observé que les enfants nés de mères vivant dans des régions très polluées avaient des attitudes proches de celles de rats ou de primates contaminés en laboratoire. Comme ces cobayes, ils sont hyperactifs et plutôt lents intellectuellement. Leur mémoire à court et à long terme est faible, ils ont des difficultés à lire et à apprendre, leur QI est souvent inférieur à la moyenne. Leurs réflexes sont amoindris et beaucoup ont des problèmes pour coordonner leurs mouvements. La plupart de ces études ont été menées dans la région des Grands Lacs. Un seul exemple : selon Sandra et Joseph Jacobson, de l’Université du Nebraska, les retards dans le développement psychomoteur d’enfants nés de mères ayant mangé du poisson pêché dans ces lacs poubelles s’explique par la pollution. Dans la cohorte étudiée par les deux scientifiques, ces enfants pesaient à leur naissance moins que les enfants témoins, et leur diamètre crânien était inférieur. À sept mois, presque tous présentaient des désordres neurologiques – notamment des mouvements plus saccadés et des réflexes plus lents. À quatre ans, ils obtenaient de plus mauvais scores sur des tests classiques de mémoire et d’acquisition du langage. À cause de quoi ? Sandra et Joseph Jacobson accusent les PCB, sans preuve, car il leur a été impossible de séparer ces polluants des 2 800 autres décelés dans l’eau des Grands Lacs…

Pour Helen Daly, de l’université de l’État de New York à Oswego, les comportements des enfants étudiés par les Jacobson sont tout à fait semblables à ce qu’elle a observé sur des rats soumis au même régime alimentaire. Selon la chercheuse, les effets psychiques et neurologiques des perturbateurs endocriniens seraient impossibles à déceler tant que la vie des gens contaminés resterait normale. Mais face à un problème, ces personnes réagiraient beaucoup plus violemment que les autres. Autrement dit, les hommes comme les rats contaminés par les polluants invisibles naîtraient avec une plus grande sensibilité au stress. Et transmettraient ce handicap non seulement à la deuxième génération, mais aussi à la troisième.

Au Mexique, une équipe internationale a effectué des tests intellectuels chez des enfants de 4 à 5 ans vivant dans la vallée de Yaqui. Ils constituèrent deux groupes : l’un formé d’enfants d’agriculteurs n’utilisant pas de pesticides, habitant sur les contreforts montagneux ; l’autre composé d’enfants vivant au fond de la vallée, où des tas d’organochlorés étaient employés. Dans le lait maternel et le sang du cordon ombilical des fœtus du second groupe, les chercheurs ont décelé aldrine, endrine, dieldrine, heptachlore et DDE. Les enfants manifestaient une moindre résistance physique, un défaut de coordination des yeux et des mains (l’expérience consistait tout simplement à attraper une balle), une mémoire plus faible et une incapacité évidente à représenter leurs semblables par des dessins. Parmi ces derniers, seuls ceux réalisés par les enfants montagnards montraient des personnages pourvus d’une tête, d’yeux, d’un nez, d’un ventre, de bras et de jambes ! Des résultats corroborés par ceux extraits d’une longue étude portant sur des enfants habitant près du lac Michigan, aux États-Unis. Puis par d’autres études, notamment celles du programme PCB-risk conduites en Slovaquie, qui font référence depuis 2006 et celle, au Canada, menée par l’INSPQ en 2007 : au stade prénatal, l’exposition de l’homme aux PCB augmente la probabilité de développer des retards psychomoteurs, des problèmes d’audition et de vision, de présenter un QI plus faible, une mauvaise acquisition du langage, une mémoire défaillante, voire une féminisation du jeu chez le petit garçon. Même chez l’adulte, l’exposition aux PCB entraînerait des problèmes neurologiques, en particulier au niveau de la vision et de l’audition. La corrélation est d’ailleurs tellement forte que les tests auditifs sont devenus des marqueurs d’imprégnation, d’autant plus utiles qu’ils sont insensibles au milieu socioculturel des sujets étudiés, qui influence forcément leur développement psychomoteur et cognitif.

 

Interdire les perturbateurs, les remplacer par quoi ?

Ces tests seront sans doute pratiqués pour décider du classement des polluants émergents — PBDE, PFLO, phtalates, parabènes, phénoxyéthanol, bisphénol A – parmi les perturbateurs endocriniens. Les travaux en labo semblent donner raison aux associations qui militent pour ce projet. Ils nourrissent en tout cas l’évidence qu’avec ce genre de molécules, il ne faut plus envisager la toxicologie uniquement sous l’angle du principe de « la dose fait le poison ». La toxicité des perturbateurs endocriniens, qu’on devrait d’ailleurs rebaptiser en perturbateurs des grandes fonctions de l’organisme si ce n’était pas si moche, est, à certaines périodes de la vie, pour certains publics, moins une question de dose que de moment. Pour le fœtus, il n’y a peut-être pas de valeurs seuils, il s’agirait donc d’interdire purement et simplement l’exposition à ces produits. Mais interdire, sous prétexte d’effets sans seuil est illusoire autant qu’inefficace : nous vivons en permanence dans un bain d’hormones, d’œstrogènes apportées, d’abord, et en quantité bien plus importante que les molécules promises à la vindicte, par nous-mêmes, le bétail et les plantes (elles fabriquent des phyto-œstrogènes). Les bioessais et les biosurveillances réalisées en Europe depuis 2006 ont déterminé que, pour le bisphénol A par exemple, son potentiel œstrogénique compte pour 1/10000e à peine du potentiel total mesuré dans l’eau douce et du robinet ainsi que dans le lait maternel, 1/1000e dans les aliments et le plasma sanguin. Dans du lait placé dans un biberon chauffé, tout change : le potentiel du BPA grimpe à plus de 3 % pour le lait de vache, à 1 % pour le lait maternel. Des pourcentages faibles, qui n’en prouvent pas moins que, contrairement à ce que serinent les industriels, cette molécule relarguée par les contenants a un impact mesurable. Réduit, mais qui peut s’avérer désastreux pour les bébés et les personnes fragiles. Les embouteilleurs d’eau devraient se poser des questions concernant les phtalates qui s’échappent, eux aussi, de leurs plastiques ! Et les consommateurs ne devraient jamais chauffer un récipient alimentaire…

 

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En 2011, au terme d’un débat très médiatisé, l’Europe a interdit la fabrication, la mise sur le marché et l’importation des biberons contenant du BPA. Tout le monde a applaudi, alors que cette décision ne changera rien à l’exposition des bébés : le biberon ne compte que pour 6 % à peine de son apport en BPA, la molécule étant présente dans toutes les boîtes de conserve, dans les boîtes de lait. La logique voulait que la molécule soit prohibée, pas un des innombrables produits qui en sont constitués. C’est cette logique qu’a suivie le Parlement français en 2011 (en attendant le vote du Sénat) pour bannir phtalates, parabènes et alkylphénols du territoire. Mais sera-ce efficace en terme de santé publique ? Rien n’est moins sûr. D’autant que nul ne sait par quoi l’industrie remplacera ces molécules, ni leur potentiel toxique. On ne sait d’ailleurs toujours pas si les résines synthétiques censées être moins nocives que les plombages le sont réellement. Mieux vaut parfois une toxicité certaine mais traçable qu’une incertitude. Dans ces résines, tiens, il y a du bisphénol A.

Oui, il faut interdire toute substance suspecte de perturber le système hormonal, mais par quoi remplacer celles qui sont utiles ? Par celles à qui on laissera le temps de révéler leurs travers en laboratoire. Or le temps est l’ennemi du retour sur investissement. Il coûte cher. Et il semble ne pas exciter le cerveau limbique de ces élus filmés par Cash Investigation, qui avaient du mal à étouffer un rot de satisfaction en mangeant avec le patron d’un industriel français du produit « de protection des plantes ». Des mâles dominants, vieux, qui se font rincer dans un grand restaurant par un autre mâle dominant, vieux. Mais c’était pour travailler.

 

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