Le climat et les chasseurs, nouveaux idiots utiles

Il faut toujours se méfier des gens de petite taille appariés à des personnes de haute taille. Ils sautillent pour s’ajouter des centimètres, remuent les épaules, lancent des phrases toutes faites en tendant le doigt, se font des brushings, tout cela pour avoir l’air plus méchant qu’ils ne sont vraiment. Parfois, dans un excès d’émotivité, certains déclenchent-ils une guerre pour montrer qu’ils savent faire pipi tout seul, ou faire taire le dictateur qui, lorsqu’il était utile, leur donnait des sous. Malgré tout, ces petites personnes sont attachantes. Car elles nous ramènent en enfance. Regardez lorsque la Justice les soupçonne : elles en rajoutent, comme le petit d’homme qui tente de détourner l’attention de sa mère alors qu’elle l’a surpris le feutre à la main en train d’écrire des cochonneries sur le canapé ; elles font l’intéressant, c’est un théâtre de mots et de gestes dont personne n’est dupe car il dure depuis que l’humanité existe. Il faut regarder l’enfant dans l’adulte inaccompli afin de ne jamais oublier qu’on l’a été.

Ainsi, lorsque l’un deux dit en grand public que le réchauffement climatique ça suffit, la preuve, quand il faisait bon en plein Sahara, l’homme n’y était pour rien car il n’avait pas encore découvert le diesel ; ou bien que nos ancêtres sont les Gaulois et avaient tous des prénoms se terminant par le suffixe -ix ; ou bien encore que les chercheurs feraient mieux de trouver, ah ah, sans oublier que le curé est plus important pour notre civilisation que l’instituteur, ni que savoir un peu de La Princesse de Clèves pour passer un concours de la fonction publique territoriale c’est grotesque, ne prenez pas ombrage : l’être modique qui dit tout cela avec un sourire de fin de banquet et une veste trop large ne croît pas à ce qu’il dit, car il fait le pitre. En utilisant la grosse ficelle de la communication depuis que la politique existe : dire ce que l’on pense que l’auditoire a envie d’entendre, comme on caresse son chien. D’autres font de mêmes, ils sont tout aussi rabougris bien que de port élancé, mais on les reconnaît à la vêture quasi permanente d’une parka de couleur rouge. Ceux-là affirment régulièrement que l’écologie à la campagne est le fait de méchants bobos conceptuels qu’il s’agit d’assécher en détournant les subsides qui les font vivre vers le monde forcément plus concret et simple de la chasse. Et puis, les foires au boudin avec de l’accordéon, c’est quand même plus rigolo que les soirées chauve-souris où on a toujours froid.

Sauf que ces fatigants avortons se trompent. Ils trompent. Car d’expérience, je peux vous dire que plus grand monde en France ne doute du réchauffement climatique ni de la responsabilité de l’homme en cela. Je peux vous dire aussi qu’à la campagne, l’écolo de terrain qui conchie assez souvent l’écolo parisien réputé ne savoir que donner des leçons en réunion, discute tout le temps avec le chasseur de terrain qui partage avec lui le juste le goût de la nature. Alors pourquoi disent-ils de telles énormités, ces rapetissés ? Parce qu’ils estiment que le peuple est bas, et qu’en étant en bas, tout en bas, il ne faut lui servir que des restes capables d’exciter son cerveau reptilien, car c’est bien connu, le peuple est une masse spongieuse animée seulement par des actes réflexes. Ce n’est pas du populisme, lequel est noble dès lors qu’on regarde sa définition et son histoire, ce n’est même pas du mépris, ce n’est pas autrement du dégoût, c’est juste du dédain : pour ces riquiquis, le peuple c’est le nègre de maison, c’est la bonne qui est née sous les combles et sera enterrée au fond du parc, avec les chiens. Flatté par un rare compliment, apeuré toujours par la perspective qu’on le remplace, et qui, chaque fois, va docilement voter pour un de ses maîtres. Pourquoi se priveraient-ils, les agités du pouvoir ? Après tout, même s’ils sont parés de plus jolies plumes, les piteux exercent aussi à gauche, preuve de leur supériorité.

 

 

Quand la Gauche joue au train électrique

C’est d’ailleurs à gauche que tout récemment l’on a assisté à l’énième représentation de « L’État ne sait pas où il va, de toutes façons il s’en fout, car il n’a pas de vision ». Le train. Alstom  Belfort. Une usine qui avait annoncé qu’elle fermerait un jour, qui annonce donc qu’elle va fermer, qu’on va néanmoins laisser entrouverte parce que les élections approchent, en lui commandant des trains que la SNCF ne réclamait pas, que la SNCF n’a d’ailleurs pas les moyens de payer, et qui rouleront finalement sur des voies qui ne sont pas faites pour eux, d’autant que, comme la plupart des voies de chemins de fer, celles-ci sont mal en point. Faute de sous. 

Le rond François Hollande a joué au train électrique comme il fait du scooter, cela le rend sympathique. Tout ce que la patrie reconnaissante a de candidats à la candidature présidentielle a dit son opinion, et l’opinion en a été bouleversée. Cinq cents emplois préservés quand vingt-cinq mille éleveurs laitiers menacent ruine, c’est un succès aussi ébouriffant que les politiques conduites depuis trente ans contre le chômage. Mais voilà, derrière ce nouveau triomphe se cache à peine l’absence totale de vision du pouvoir, pourtant exercé par toutes ces belles poules élevées dans la batterie des grandes écoles, réputées les meilleures écoles du monde. Des poules ingénieures qui, c’est un affreux hasard, se détournent de la chose industrielle aussitôt leur bizutage terminé pour exercer leur passion de la pantoufle dans les cabinets publics ou privés, ce qui n’est pas incompatible avec le goût du patrimoine immobilier qu’une solide carrière dans la finance peut aisément soutenir, surtout que les taux sont bas, en ce moment. 

Cela dit, que l’État ait agi dans la précipitation, c’est tout à fait normal, car les politiques, quels qu’ils soient, chaque fois qu’ils sont confrontés à un possible fait médiatique et électoral, font comme ils font depuis toujours : gros, vite, et mal. Avec les femmes, c’est pareil. Délicats, pensés, subtils, l’élégance à la française. À propos des trains qu’ils ne prennent jamais et des ouvriers dont ils ont redécouvert l’existence, ils ont donc roté pour le 20h, se sont essuyés la bouche et ont ensuite fait la sieste. Le lendemain matin, ils sont passés à autre chose.

Il n’en reste pas moins un sauvetage qui n’en est pas un, à 1 million d’euros l’emploi non pas sauvé, mais maintenu sur place, tant mieux pour les Bélifortains concernés, qui ne va faire qu’enfoncer un peu plus le chemin de fer français sous le ballast de l’ordinaire abdication. La fascinante perspective de voyager dans des TGV dernier cri (on espère avec des prises de courant en seconde classe) sur le Nîmes-Mende ouvre de jolies visions de village Potemkine : un rutilant machin qui capte le regard afin de ne surtout pas regarder ce qu’il y a dessous. C’est-à-dire une catastrophe industrielle et politique, celle de l’abandon de toute idée d’avoir une organisation cohérente et durable du transport des voyageurs et des marchandises en France.

 

 

Le Grand-Déshabillage et vroum-vroum Macron

Le train est laissé en décrépitude depuis une trentaine d’années, au profit du tout-voiture. Le train de tous les jours, celui du RER et du TER, a été appauvri par le tout-TGV. Les Corail, qu’il faut aujourd’hui appeler « Coradia-Liner », car quand on veut masquer une réalité, on l’habille d’anglais, sont condamnés par les cars Macron. Offerts au moins offrant, ces merveilles qui proposent au voyageur peu habitué la joie des embouteillages et du mal de mer, seront un jour tous rachetés par les trois géants du secteur, dont la SNCF, via sa filiale Ouibus. Les prix grimperont alors pour atteindre le niveau des prix du train : la logique d’Uber, au détriment de tous, avec comme acteur la régie nationale, allez comprendre. Quant au TGV, lui aussi frappé par le sous-investissement qui le vieillit à toute vitesse, il subit désormais la concurrence du covoiturage qui a poussé la SNCF a entasser les impécunieux dans des rames Low-Cost rattachées à des gares exotiques.

Le résultat de cette renonciation est visible par quiconque passe sa vie dans les transports en commun, en l’occurence le train de banlieue et de grandes lignes, ce qui est mon cas. Les retards sont devenus banalités, les trains supprimés ne sont plus rares, les rames pleines comme des métros non plus, le TGV lui-même a perdu sa ponctualité et les couleurs de ses sièges et fermera, demain, son bar. Je n’ose vous parler du RER. Allez, si : sur ma ligne D, qui va de Brunoy à Paris, le départ ou l’arrivée en retard, la suppression, l’arrêt inopiné, la « panne électrique », la « panne loco » et l’indépassable « retard pour raison de régulation », c’est tous les jours. Des rames bondées, même à minuit trente pour le dernier qui repart de Gare de Lyon, non climatisées, moches, qui donnent envie de taguer des sexes sur les portes et de reprendre l’auto. Ça tombe bien, je n’ai pas d’auto.

 

 

Le Grand-Abandon et la parka rouge à hélice

Depuis 2005, tout de même, des sous sont arrivés pour tenter de réduire la misère. L’accident de Brétigny nous invite néanmoins à mesurer notre optimisme. De même que la multiplication des arrêts de lignes Province-Province, des fermetures de gares d’hommes ou de fret, et des zones où les motrices sont obligées de ralentir, de peur de déraper. De même que la multiplication de gares façon aéroport, installées dans des champs, loin des centres-villes, sur des voies à grande vitesse conçues comme des lignes aériennes. On ne freine pas comme cela un convoi lancé à 320 km/h. Mais voilà, l’élu d’importance régionale veut avoir un gros machin à afficher pour sa réélection et le TGV, cet avion qui ne décolle jamais, est plus impressionnant qu’une collection de ronds-points ou, pourquoi pas, qu’un efficace TER roulant rapidement sur des voies classiques rénovées. Pourtant, l’élu d’importance régionale ne prend pas souvent le train, car il préfère l’avion. Remuer la truffe à Paris ne souffre d’aucun retard. L’une de ces édiles, portant parka rouge, tiens, encore un, a même sa ligne d’avion dédiée. Hex’air, qu’elle s’appelle. Se rendre à Paris depuis le Puy-en-Velay en Beechcraft, pour un tiers de smig, c’est il est vrai trois fois moins long que de se faire véhiculer par un train. Et le contribuable subventionne par la voie des conseils départementaux et régionaux, sans lesquels, d’ailleurs, ces modèles d’ultralibéralisme que sont les compagnies aériennes low cost n’auraient aucune rentabilité. Pourquoi donc se priver de priver le train !?

 

 

Le Grand-Vide et Alleluia, la Transition énergétique !

Oui, pourquoi se priver de financer tout ce qui condamne à mort le train ?

Un jour, tentez une expérience. Prononcez « fret ferré », ou même « SNCF » durant une table ronde sur le transport de marchandises. Vous n’entendrez personne pleurer ou râler, car on a passé l’âge et l’on est mûr dans le milieu de la logistique. Au mieux entendrez-vous certains rire, car au bout d’un moment, il vaut mieux rire (noir, jaune) que pleurer. L’État subventionnant le transport routier, l’État subventionnant les autoroutes, l’État refusant de mettre en œuvre une réelle taxe carbone, l’État refusant de régler le problème de la dette de la SNCF, les collectivités finançant des infrastructures routières surdimensionnées, la SNCF exigeant des trains complets, les syndicats de la SNCF n’ayant aucune envie de la rendre compétitive face à la concurrence, les trains, en France, ne transportent au mieux que 10% des marchandises. Certes, c’est quatre fois plus que le fluvial. Mais évidemment, dans le cadre de la transition énergétique, du le-camion-c’est-pas-bien, l’État va remédier à la situation.

Car en effet, le train, c’est, avec le porte-container, ce qu’on fait de mieux en matière d’émissions de carbone. Un wagon avec des gens dedans équivaut à une quinzaine de voiture évitées, un wagon de marchandises à deux semi-remorques. Et puis le train, cela vous structure magnifiquement un territoire, attachent les petits bourgs à la Préfecture, les entreprises qui chargent et celles qui déchargent, désenclavant les cantons, permettant à chacun de se déplacer au loin à coût moindre que celui de l’automobile, tout en travaillant sans avoir le portable sur les dents ni l’envie de vomir à chaque virage. Le train a une fonction sociale, aussi bien pour les gens que pour les marchandises.

 

La voiture relie, le train réunit. L’avion joint, le train assemble.

Mais non. L’État et les élus préfèrent l’avion low-cost, la voiture et le camion.

 

Demain, dans une France réduite à ses quinze métropoles, seuls les plus aisés pourront emprunter les lignes les moins déficitaires de la SNCF, ils regarderont la file de droite de l’autoroute métallisée par des camions se suivant comme des éléphants de cirque, ils verront les jolies petites routes départementales aplaties par les autocars, se plairont à évaluer les embouteillages à l’entrée de villes refermées, en pensant au succès international du TGV « à la française » et, peut-être, au bon temps des trains de nuit.

 

 

Voies sur berge et diagonales du vide

Voyons tout de même les choses du bon côté : enfin l’État, faisant fi des règles européennes, agissant tel le gouvernement américain, a passé outre les très emmerdants appels d’offre pour décider. Dé-ci-der. Et protéger l’industrie française. Ouf. On ne va pas s’en plaindre. Et puis, en corrigeant son réseau ferré, gommant les concentriques de la toile d’araignée pour n’en garder que l’étoile centrale, l’État, qui est sage, est cohérent avec le redéploiement territorial qu’il a imposé aux citoyens : de grandes régions délimitées selon une mystérieuse comparaison européenne, sans fondements culturels, géographiques ou économiques, pour servir de grandes métropoles prévues ainsi pour être compétitives internationalement. Dans la double diagonale du vide dégagée entre celles-ci, point besoin de petits trains. Les six Français sur dix qui y vivent chichement ont assez d’autoroutes.

Quant aux banlieusards à qui l’on a fait acheter des diesel pour sauver le soldat PSA, et qui ont parfois du mal à aller de banlieue à banlieue en RER surchargé et non fiable, tant pis. Le marketing des capitales imposait que Paris fût présentable. Excipant de la découverte sensationnelle que le gasoil est toxique pour les poumons comme le cerveau, la Mairie a donc décidé d’afficher son interdiction et, pour le bien faire comprendre, de fermer les voies sur berge. Tant mieux ! Moi qui n’aime pas l’auto, j’applaudis. On verra cependant les résultats dans quelques mois. Non sur les itinéraires de délestage, le boulevard Saint-germain en l’occurence, mais dans les RER et les métros. Car s’il y a bien évaporation du trafic routier, il y aura forcément condensation dans les transports en commun. La RATP et la SNCF y sont-ils prêts ? Ils font ce qu’ils peuvent avec un réseau qui n’est pas extensible. La mairesse de Paris, qui aime la planète et Arnold Schwarzenegger  a-t-elle prévu des parkings pour accueillir les Franciliens automobilistes à l’entrée de sa forteresse ? Neni. Par contre a-t-elle débloqué près d’1 million d’euros pour aider les Franciliens les plus pauvres, ceux qui sont propriétaires de jardins en sa ville, à planter des arbres. Car Paris pense au climat de la planète. Comme Lyon, Bordeaux ou Londres. C’est en fait très cohérent : des métropoles, du vide entre elles traversé par avions et TGV ; et pour le reste, ami prolo, démerde-toi.

 

 

La fission du nucléaire

Rien n’est pensé à l’échelle des territoires, rien n’est ordonné ni homogène. Il n’y a pas de politique nationale des transports, pas plus qu’il n’existe une planification de la logistique. 

Non plus de vision de l’énergie.

Du temps de la préhistoire, l’État avait construit quarante-neuf réacteurs nucléaires en douze petites années. Oui, douze ! Le dernier a été branché sur le réseau en 1991. Depuis, plus rien. Aujourd’hui, il faut dix ans pour faire tourner une éolienne. Si l’élite de l’élite, celle qui coupe les atomes en morceaux, avait été… cohérente, ont peut imaginer qu’elle aurait méthodiquement prévu de construire des centrales tous les dix à quinze ans afin de remplacer un jour les tranches mises à la retraite et maintenir le haut niveau de compétences des techniciens et des ingénieurs du compteur Geiger. Elle aurait aussi provisionné assez pour entretenir, puis démanteler, enfin stocker les déchets. Et parce que la science avance et que l’uranium est rare, l’État aurait alimenté la recherche sur la quatrième génération de réacteurs et la filière au thorium. Mais voilà, l’État n’a rien fait. Dès 1991, il a tout arrêté, se contentant de favoriser la pose de radiateurs électriques pour avaler les gigawattheures dégagés par la fission de l’atome.

Mais il n’a rien fait, pourquoi ? Parce que l’industrie est devenue sale. La modernité exigeait qu’on les chassât, au profit des services. Parce que les ingénieurs gagnent plus dans la finance ou le cryptage de données. Parce que les étudiants préfèrent faire de l’économie que de la science. Quand j’ai passé mon bac C en 1987, les B passaient pour des ploucs, et les C qui se destinaient à HEC pour des ratés. Parce que la société est devenue verte, alors le nucléaire, qui ne l’est pas, est devenu barbare. Parce que les politiques allongés sur le transat du court-termisme, se sont engraissés en se nourrissant de petites phrases. Parce que nous sommes un pays où parler d’énergie, de transport, bref, d’aménagement du territoire, c’est moins noble que de tourner en rond avec de grands débats culturels.

Alors l’État a abandonné ce qu’il avait lancé avec force, perdant son expertise mondiale, ses ingénieurs, condamnant EDF et Areva à la faillite. Il a eu une vision, il n’en a plus. Car il n’a pas réorienté sa politique énergétique en faveur d’autre chose. Sinon, les éoliennes tourneraient et les panneaux solaires miroiteraient partout en France. Il n’a pas non plus méthodiquement enseigné les vertus de l’économie aux Français. Cela, c’était pour les années des crises pétrolières, que l’État avait justement promis d’oublier en lançant, fermement, le programme électronucléaire. Tout de même avons-nous voté une loi sur la Transition énergétique.

 

 

En attendant le vent marin dans les pales flottantes

Mais où sont les éoliennes, les méthaniseurs et les panneaux photovoltaïques ? Il faut aujourd’hui huit à dix ans pour ériger un mât. Les communes ont les pires difficultés pour mettre en œuvre des projets, tant les contraintes réglementaires et procédurales sont désespérantes. Elles sont livrées à elles-mêmes, sans plan d’ensemble. Au mojns en existe-t-il en mer. Car la France, première façade maritime du continent, seconde surface maritime de la planète, a décidé de devenir leader, évidemment, de l’éolien off-shore. Pour cela, elle a lancé un vaste programme de fermes à vent à implanter devant nos côtes. Aucune hélice ne tourne encore. À terme, je n’ose avancer une date, tant les recours d’associations s’additionnent, chacune défendant sa vision de la mer, son appropriation personnelle, il y aura donc six champs posés au large. Mais voilà, pour les professionnels de la chose - constructeurs, assembleurs, logisticiens, marins, portuaires - ce n’est pas assez, il en faudrait trois fois plus pour qu’ils puissent avoir une visibilité sur dix ans, et pas sur deux comme actuellement, compte tenu des investissements à engager et des personnels à embaucher. Areva, qui tente d’éviter la faillite du nucléaire, vient de jeter l’éponge. Trop coûteux, l’éolien offshore, trop aléatoire, trop peu rentable dans l’absence de perspectives actuelle. L’éolien encore plus offshore, flottant, celui-là, qui n’a pas besoin de fondations ni de petites profondeurs et peut accéder à des vents plus réguliers, serait plus profitable. Un premier démonstrateur a été mis à l’eau le mois dernier devant Le Croisic. On se hâte lentement. 

En réalité, on voudrait tuer dans l’œuf la filière du offshore qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Pas de sous, pas de visibilité, pas de cohérence, à quoi bon ?

En attendant, les factures des clients d’EDF vont exploser pour permettre à l’entreprise issue du Conseil national de la résistance de provisionner enfin de quoi entretenir les centrales et creuser son trou à Bure. En attendant, puisque des centrales nucléaires fermeront, inévitablement, tandis qu’elles n’auront pas été remplacées par suffisamment de moyens renouvelables, une chute de la production d’électricité est pressentie pour la décennie 2020. Mais nullement anticipée. Pas besoin, les gens ont acheté des chaudières à condensation et isolé leurs combles. Ils n’auront qu’à baisser le chauffage.

 

 

Sans vision, sans courage, dirigé par des incultes oisifs qui accusent l’Europe, la Chine ou les États-Unis aussitôt qu’on les prend en défaut, l’État vogue au gré des vents médiatiques. L’aménagement du territoire ne l’intéresse pas, il n’intéresse pas de toutes façons les journalistes politiques. Envisager la carte de leurs territoires pour la génération à venir, les élus locaux sont obligés de le faire, les collectivités se plient à des compétences que l’État leur a attribué sans les moyens financiers et humains qui vont avec. À l’échelle du pays, par contre c’est fatiguant. Dire ce que sera la France du transport et de l’énergie, demain, c’est d’un pénible… Alors ce sont les événements qui décident, c’est l’air du temps qui dicte la température, c’est les acteurs et usagers des territoires qui font, innovent, colmatent, avancent, sans plus rien demander, dans une forme douce de sécession. C’est cette mâle médiocrité consanguine et sans surprises qui se donne en ce moment au spectacle de l’élection du nouveau souverain. Je préfère quant à moi regarder la France telle qu’elle est au travers des vitres de mes trains. Texte diffusé depuis le Lyon-Montélimar. À l’heure.

 

© FD

 

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