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Billet de blog 10 oct. 2022

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À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie

CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

(photos et graphiques © Clément Neyrial. Papier réalisé suite à une rencontre en septembre 2019, puis deux itv, l'une en janvier 2021, l'autre les 8 et 9 octobre 2022.)

Une usine presque autonome

À une heure de Clermont-Ferrand, voici Brioude, sa basilique romane et cette maison du XVIe siècle visitée un jour par le contrebandier Mandrin, ce qui a suffi à en faire un lieu majeur du tourisme local. Loin de là, à 300 mètres de la gare, on ne fait pas d’enluminures, on grave en épaisseur. L’entreprise CN Industrie est spécialisée dans les logos en relief, elle travaille en conséquence pour les maisons de cosmétiques qui adorent les boîtes en carton sur lesquelles les doigts aiment à s’attarder. « Fallait bien faire quelque chose, » se souvient Clément Neyrial, le P.-D.G. « J’avais 22 ans quand j’ai créé la société. Je n’avais pas beaucoup de diplômes, j’avais travaillé dans le commerce, dans le service, et j’ai découvert l’industrie. Ça m’a beaucoup plu, car on démontre facilement la valeur ajoutée d’une production industrielle. Et puis j’ai découvert les arts graphiques. »

Le dessin, la couleur, les formes, l’imbrication de tout cela pour façonner des identités particulières. La magie de l’impression, la difficulté à pérenniser les objets quand un client réclame un emballage, un présentoir suffisamment flatteur pour que les chalands aient envie de le conserver. Le façonnage de logo en relief est un métier plein de techniques qui consiste, grossièrement, à couler des résines, embosser, découper… « On fait du Doming, de l’EcoChrome, du MiniChrome, pour chaque techno un usage et des caractéristiques bien distinctes” Et ça tient sur des boîtes de parfum comme sur des casques de motos.

Illustration 1

Autonomie en lumière

Cependant, les procédés sont voraces. « Quand j’ai commencé à regarder la consommation électrique, je me suis vite intéressé aux panneaux solaires, j’ai réfléchi à l’autoconsommation. C’était en 2012, trop tôt : techniquement et réglementairement, c’était impossible. » L’entreprise aurait perdu son temps à remplir ce qu’il fallait pour, peut-être, bénéficier un jour d’aides et de subventions. Clément Neyrial a préféré aller voir son banquier. Avec l’idée d’utiliser vraiment de l’électricité à partir du soleil, c’est-à-dire de produire des électrons le jour pour emmagasiner les inutilisés en prévision de la nuit. Il aime le compliqué, Clément Neyrial.

Quand les girouettes ont commencé à tourner dans le même sens, que tout le monde s’est mis à parler de solaire après l’avoir oublié (la France en faisait beaucoup dans les années 1990, et puis, elle a pensé à autre chose, à un monde sans industrie), le P.-D.G. a fait sans rien demander à personne, attendant d’avoir de quoi stocker. « Enfin, en mai 2015, Tesla a commercialisé son pack de batteries, alors j’ai validé la commande pour le PowerPack. Mais face à la demande, Tesla s’est occupé d’autres clients. On a donc dû patienter et, lorsqu’on a su que les batteries allaient arriver, on a installé la centrale photovoltaïque à l’été 2017, et mis en service la batterie en janvier 2018. »

Trois cent quatre-vingts panneaux sur 650 m2 de toitures, délivrant une puissance de 112 kilowatts-crêtes [puissance moyenne possible dans des conditions optimales d'ensoleillement et de température], reliés à ces fameuses batteries Tesla d’une capacité de 100 kilowatts/h. Sur le papier, l’autoproduction, soit grossièrement le niveau d’autonomie par rapport au réseau, serait de 52 %. Sans le stockage. Avec celui-là, on allait pouvoir atteindre les 71 %, un ratio énorme. « En pratique, on va souvent au-delà de 80 %. »

L’installation a coûté 65 000 euros en panneaux, autant en batteries, plus 20 000 euros de panneaux supplémentaires disposés en ombrières sur le parking de l’usine. Aucune subvention, tout à crédit, on l’a compris. « Avec les économies d’énergie réalisées sur ce que je payais à EDF, en 10 ans maximum, j’aurai remboursé le crédit au coût de l’énergie actuel. Donc c’est neutre, c’est ce que j’ai démontré au banquier. » L’année suivante, en 2019, l’entreprise se développe, elle réinvestit dans des machines, et la consommation double. Ayant été surdimensionnée, l’installation peut absorber la hausse de la courbe.

Les entreprises restent à l’ombre

Ce n’était toutefois pas encore suffisant pour Clément Neyrial. « Un jour, je me suis dit que c’était quand même dommage de ne pas revendre ce qu’on n’utilisait ou ne stockait pas, alors on est allés chez Planète Oui [société qui a depuis cette interview réalisée en janvier 2021 fait faillite, Clément Neyrial est en négociation avec Mylight pour continuer la revente], qui nous rachète le surplus pour le vendre à d’autres clients en énergie verte. Grâce à cela, on a eu parfois des factures négatives… » C’est-à-dire que le distributeur a payé son fournisseur !

Je n’en ai vu qu’une, celle de juin 2020 d’un montant de -327,04 €, j’ai eu aussi accès à quelques factures mensuelles dont les montants de quelques dizaines d’euros démontrent, selon M. Neyrial, que « la production d’énergie, en vue de la consommer sur place, est le seul investissement à garantie de rentabilité : pour nous, le retour sur investissement est de 6 ans et 2 mois pour les panneaux ; avec le stockage, 9 ans et 4 mois ».

Le président de CN Industrie s’étonne pourtant de l’invariante frilosité de ses collègues chefs et cheffes d’entreprise qui se cachent derrière le coût des choses pour ne rien faire. « Rien ne bouge. Je fais beaucoup d’interventions, mon usine est ouverte aux visites, mais ça ne change pas. La priorité [pour le gouvernement] ça devrait être les entreprises, les usines, car ce sont elles qui consomment le plus, elles ont le pouvoir d’achat et peuvent servir de pub pour les particuliers, mais… » Et puis elles ont toutes des toits de grandes surfaces, sans ces cheminées qui font des ombres malheureuses. Si toutes les sociétés faisaient du solaire, les coûts baisseraient, les énergies renouvelables s’inscriraient dans le paysage quotidien. Cela les rendrait évidentes, tout le monde s’y mettrait.

Les entrepreneurs se cachent derrière l’argument de la complexité des dossiers d’aides, Clément Neyrial leur répond : « Eh bien, faites sans, c’est rentable, vous aurez des crédits. » Ils soulèvent des problèmes de structure, les panneaux faisant leur poids sur les charpentes pas forcément prévues pour cela. Ce n’est pas faux. Ça ne va plus durer : pour les bâtiments neufs, la loi Climat du 24 août 2021 impose à partir du 1er janvier 2023 que les nouveaux « bâtiments commerciaux, artisanaux, industriels, entrepôts et hangars » de plus de 500 m2, ainsi que les bâtiments de bureaux de plus de 1 000 m2 soient couverts de panneaux solaires ou de végétation sur au moins 30 % de leur surface. Idem en rénovation, si la charpente est assez forte. Un an après, en 2024, l’obligation s’imposera aux parkings de plus de 500 m2 qui devront connaître la fraîcheur des ombrières.

Illustration 2

L’inutile étape de l’hydrogène

Voici où on est, au jour où je publie ce papier : depuis le début de l’année 2022, CN Industrie produit 80 % de l’électricité qu’il utilise sur place (autoproduction), et consomme près de la moitié - 49 % - de l’électricité totale qu’il produit (autoconsommation). La différence vient du fait que l’installation ne produit pas toujours au moment où l’usine en a le plus besoin. Dans ce cas, il lui faut injecter le surplus sur le réseau, ou importer le manque depuis celui-ci au moment où la consommation est beaucoup plus importante que ce que les panneaux peuvent fournir.

Comme le résume le logiciel de Clément Neyrial, « Vous avez couvert 49 % de vos besoins en électricité. Vous avez autoconsommé 80 % de votre production totale. » C’est plus clair. C’est d’autant plus flatteur que la consommation d’énergie de l’usine a beaucoup augmenté depuis l’année 2021 après le rachat d’un des concurrents de CN Industrie, et le rapatriement dans les locaux de Brioude des machines de celui-ci, ce qui a dégradé le système, l’installation solaire-batteries n’ayant pas été adaptée. « On consomme beaucoup plus, c’est pour cela que j’ai acheté un bout de terrain sur lequel je vais installer des ombrières. »

Pour augmenter le taux d’autoconsommation, il faudrait accroître la part de stockage. Il y a les batteries au lithium, il y a l’hydrogène, ne cesse-t-on d’entendre. M. Neyrial regarde H2 d’un œil un peu moqueur. D’abord, il s’énerve : « on nous parle de voitures et de camions à hydrogène. Mais, en mobilité, faut m’expliquer l’intérêt de mettre une usine à gaz sur quatre roues avec une efficience énergétique inférieure à celle du thermique ! » L’hydrogène, c’est complexe ; sous forme liquéfiée dans des bonbonnes très lourdes, c’est hasardeux.

Qui plus est, la fabrication du combustible nécessite beaucoup d’énergie, rarement verte ailleurs qu’en France, avec un rendement relativement faible, y compris par électrolyse avec du courant sortant d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques… plongé dans des retenues d’eau qui n’ont pas vraiment la côte après cet été caniculaire. « H2, ce n’est pas plus efficace qu’un moteur électrique et, dans presque tous les cas, ça passe par une batterie [la pile à combustible, ou PAC], alors pourquoi ne pas juste faire des voitures à batterie électrique ! ? »

Entre l’électricité produite et la PAC, il y a perte par cette conversion énergétique supplémentaire qu’est l’hydrogène. À quoi bon ? Les piles à combustible, ces batteries à hydrogène inventées dès le début de la conquête spatiale, ne trouvent pas grâce à ses yeux. « Le seul intérêt de cette filière, c’est qu’on maintient des unités de fabrication lourdes, un système d’entretien de moteurs complexes à durée de vie limitée et un réseau de distribution avec une taxation à la clé. » L’hydrogène est, selon Clément Neyrial, la énième manifestation d’un État voulant conserver son pouvoir en imposant des façons de produire et de distribuer un vecteur d’énergie qui ne changera pas le système centralisé d’aujourd’hui. En d’autres termes, hydrogène ou nucléaire, même combat : la mainmise de l’État et des grands énergéticiens, via de grosses unités, sur la production et la distribution du kilowatt.

La décentralisation renouvelée

Je soulève un autre souci : on ne peut pas dire que la voiture électrique, les éoliennes et les panneaux photovoltaïques aient une empreinte environnementale microscopique. « Non ! », me répond-il, « les bilans sont faussés par des comparaisons à durées de vie similaires, alors qu’elles ne sont pas les mêmes du tout. Une Tesla n’a pas d’usure par exemple, car il n’y a pas beaucoup de pièces mécaniques. La batterie est annoncée pour 1,6 million de kilomètres [soit 131 années du kilométrage moyen d’un Français en 2019]. C’est équivalent à 20 véhicules thermiques. C’est pareil pour les panneaux solaires : après 25 ans, on mesure toujours 88 % de performances par rapport à l’origine, et il y a des panneaux vieux de 40 ans qui fournissent encore. »

Il me dit cela d’après une étude menée uniquement aux États-Unis. Je ne suis pas certain non plus qu’un propriétaire de Tesla (au hasard, M. Neyrial), véhicule statutaire s’il en est, ne soit différent du conducteur d’une grosse Audi qui la change tous les 5 à 9 ans, auquel cas le bilan écologique de l’électrique se dégrade : un propriétaire de voiture électrique doit rouler plus longtemps, plus souvent, pour amortir la dette carbone de son véhicule, qui, selon les rapports publiés ici et là, se situe entre 50 000 km et 100 000 km. Ce n’est qu’au-delà de cette limite qu’une électrique n’émet plus rien par rapport à une thermique. Dans son Impact report 2021, Tesla minimise à peine : la firme d’Elon Musk y reconnaît que ses véhicules propres émettent tout de même 30 tonnes de CO2 au cours de leur vie, tandis que les voitures à essence en exhalent 70 tonnes.

Une note un peu lourde qui selon le constructeur ne peut que baisser à mesure que le réseau sera maillé d’un nombre croisant d’unités de production d’énergie renouvelable. « En fait, l’amortissement carbone continue tant que l’auto roule : la Tesla revendue ne va pas à la casse, elle continue sa vie sur le marché de l’occasion, et permet au plus petit budget de passer à l’électrique à leur tour. » C’est le paradoxe de toute voiture : plus elle roule, plus sa durée de vie est longue, moins ses émissions par kilogramme transporté et kilomètre parcouru sont importantes. Pour verdir le parc, il s’agit de développer l’occasion, le covoiturage, la location et le taxi plutôt que de promouvoir le renouvellement de la flotte.

Penser écolo, c’est tout prendre en compte, pour se projeter sur le long terme. C’est aussi penser local : « L’intérêt de faire des énergies renouvelables, c’est de produire soi-même. Il faut une production décentralisée au maximum, avec des tampons locaux sous forme de batterie. Plus on sera nombreux, plus les problèmes de tension sur le réseau seront réduits », car le gestionnaire, Enedis, aura plus de leviers sur lesquels appuyer pour le pilotage quotidien de l’intermittence du vent et du soleil.

« En réalité, avec le maillage d’unités décentralisées, on peut arriver facilement à 50 % d’énergies renouvelables en France, et même à 90 %, je pense. Mais il faut investir. Or, une centrale nucléaire, c’est 10 milliards, sur 10 ans, alors que si l’on investit la même somme sur le solaire et l’éolien, on gagne du gisement… » après toutefois un délai d'études et de recours comparable à celui de la construction d'un EPR, car personne n’en veut, en particulier nombre de naturalistes, effrayés à la fois par l’emprise au sol (et en mer) des éoliennes, et le hachage d’oiseaux et de chauve-souris par les grandes pales. Le 26 septembre, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, qui fait déjà hurler les associations de protection de l’environnement et du patrimoine.

Illustration 3

Les lenteurs de la ville

Les élections municipales de mars 2020 ont conduit Clément Neyrial à la fonction de conseiller municipal en charge de la transition énergétique. Il aurait aimé pouvoir transposer à la ville ce qu’il a réussi pour son usine. Sur le fond comme sur la forme. « Faut des réunions, et des réunions, ce n’est pas un système efficace… » fait mine de s’étonner le P.-D.G. de sa PME leader sur son marché. Une municipalité n’est pas une entreprise, elle est une démocratie, elle a son inertie. « Mon objectif reste l’autoconsommation partagée, en solaire, faire en sorte que la commune produise autant d’énergie qu’elle en consomme. N’importe quel citoyen, en maison ou en appartement, pourrait ainsi partager, revendre et acheter son énergie localement. »

Avec le compteur Linky, tout est possible, on peut s’échanger des électrons « Normalement, à la fin du mandat, la commune ne dépensera plus un sou pour son électricité. » Peut-être les employés municipaux seront-ils alors équipés de voitures Tesla, comme Monsieur le conseiller municipal ? Pas sûr. Aux dires des élus locaux et des spécialistes de l'énergie du département et de la région, Clément Neyrial va trop vite, il s’est détaché du peloton il y a longtemps et continue de courir loin devant. La guerre en Ukraine lui a en plus donné raison. « J’avais pour projet de couvrir de panneaux photovoltaïques 10 000 m2 de toitures de bâtiments municipaux - le centre-ville c’est impossible, trop d’ombres et l’architecte des bâtiments de France dit non. Ça fait une puissance d’1 MWc, qui aurait pu fournir à peu près la consommation électrique annuelle de la ville. C’était un investissement d’1 million d’euros sur la mandature : soit, 200 000 € par an pendant cinq ans. La facture électrique de la ville étant de 272 000 euros par an, elle pourrait ainsi tomber à presque rien. On m’a dit : on verra. Depuis que la guerre a commencé, on regarde enfin mon projet. »

Mais pour ne surtout prendre aucune responsabilité et retarder au plus tard une éventuelle décision, la commune a très classiquement mandaté un bureau d’études qui après six mois et plusieurs dizaines de milliers d’euros, proposera sans doute la même chose que ce que Clément défend en conseil municipal depuis 2020. Quand même, le patron de CN Industrie a pu faire remplacer les ampoules des lampadaires municipaux par des LED, pilotés par un système qui en réduit la luminosité de 85 % au cours de la nuit. La facture sera divisée par trois à quatre, a priori, « et ce sera tout bénéfice pour les insectes, les oiseaux et les chauves-souris : le ciel nocturne doit rester noir. »

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Consommer ce que l’on produit, point final

Clément Neyrial est las. De la lenteur et des « conneries de la presse nationale, qui ne sait pas de quoi on parle en matière d’énergie. » Par exemple : « le problème n’est pas de consommer moins tout le temps comme on l’entend à longueur de journaux, la sobriété, il est de consommer moins au moment des pics, de façon à ne jamais dépasser la capacité de production. Et donc, de stocker au maximum le reste du temps, où l’on produit énormément sans beaucoup de consommation, durant la journée de travail. » En Californie, m’explique-t-il, 5 000 maisons équipées de batteries comme les siennes sont déchargées lors des pics de consommation, pour les soutenir, et n’ont le droit de se recharger que durant les heures où la consommation est faible.

Il rêve d’une France équipée de la sorte, dont chaque maison, chaque immeuble, chaque entreprise, chaque exploitation agricole, chaque friche industrielle, serait un même producteur d’électricité, déjouant de la sorte l’intermittence inhérente aux énergies renouvelables en multipliant à la fois les sites de production et les unités de stockage. Y aura-t-il néanmoins assez d’argent, de terres rares et de métaux lourds pour fabriquer tant de batteries, le réseau qui devra les relier, les convertisseurs à 50 Hz sans lesquels la tension chute, les éoliennes et les panneaux solaires ? Saura-t-on maintenir la stabilité du réseau électrique qui devra s’ajuster en permanence entre des millions de consommateurs… et de producteurs alors qu’aujourd’hui RTE estime qu’à partir de 30 % de sources intermittentes, il ne gère plus rien ? Dernière interrogation : au-delà de 25 °C, le panneau solaire voit son rendement commencer à chuter, alors, que produira-t-il lors des étés aussi brûlants que celui que l’on vient de vivre qui sont amenés à devenir la norme météorologique ? Personne ne sait répondre à ces questions.

C’est l’angle mort des rapports de RTE, de l’IEA et de l’Ademe, souvent cités, rarement lus jusqu’aux notes de bas de page : en théorie (et en gros), un carré de 700 km de côté de panneaux solaires suffirait à couvrir la consommation énergétique de l’humanité ; en pratique, c’est réalisable à condition de savoir emmagasiner l’électricité, d’ajuster à la seconde l’offre et la demande, de posséder un réseau reliant des millions de points de productions et de consommation, et de diminuer fortement la demande. C’est tout cela ensemble ou rien, soit autant de probabilités à multiplier, pour un résultat qui mathématiquement s’approche de zéro. À moins que tout d’un coup, notre société ne se mette à vouloir changer de course, comme elle a su le faire aux lendemains de la Seconde guerre mondiale.

En attendant, Clément Neyrial démontre que l’on peut faire tourner une usine et sans doute une petite commune en utilisant le soleil et beaucoup de lithium. Si son modèle se multipliait, les citoyens se retrouveraient comme avant la Libération, inégaux devant la production d’énergie. D’un bassin de vie à un autre, selon les gisements en vent, en soleil et en biomasse, ils ne disposeraient pas des mêmes facilités. À moins que l’hydroélectrique et le nucléaire ne continuent d’assurer le minimum vital pour tous et la stabilité en fréquence du réseau électrique. L’avenir sera ni l’un ni l’autre, il sera hybride.

Illustration 5

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